MÉDITATION STR LA BRIÈVETÉ DE LA VIE
reine de Bossuet, le tressaillement de la vocation.
Vers le même temps, par une rencontre mémorable, Pascal écrivait le premier de ses écrits qui n'appartînt pas à la Géométrie et à la Physique. C'était aussi une prière, la belle Prière pour demander à Dieu le bon usage de la maladie. Ainsi les deux plus grands écrivains du dix-septième siècle eurent, presque à la même heure, sans que personne alors y pût songer, la conscience de leur génie et de leur destinée. L'un et l'autre nous apparaît aussitôt marqué du trait distinctif de son caractère. Pascal, sous l'aiguillon de la maladie, demande à Dieu la consolation, la force ; c'est la souffrance qui lui a donné le désir d'écrire avec l'impérieux besoin de croire. Bossuet se dégage des habitudes de l'école et se trouve dans son naturel dès qu'il s'empare de cette grande pensée de la mort et de l'éternité, qui remplira les Oraisons funèbres.
Dans la carrière qui s'ouvre devant lui, on peut d'avance compter les pas qu'il lui reste à faire. Les réflexions de l'écolier de Navarre passeront bientôt sur les lèvres de saint Bernard, dans un Panégyrique qui fut l'honneur de sa jeunesse; puis, du Sermon sur la mort, honneur de son âge mûr, dans son chef-d'œuvre, l'Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre. L'éloquence ira croissant avec les années ; n'allons pas plus loin sans observer qu'elle offre, dès le principe, une qualité précieuse entre toutes bis autres, la sincérité. Avant d'étaler aux princes de la terre, dans un magnifique langage, le néant de
la vie et de la puissance, on voit que Bossuet avait médité, dans les plus intimes profondeurs de sa conscience, la grande leçon de la mort, qu'il y avait cherché, avec une émotion étrangère à tout calcul d'amour-propre ou d'art, non pas une matière commode pour des discours étudiés, mais la mesure de ses espérances et la règle de ses actions.