‹ Bossuet orateurChapitre 54 sur 192 · SERMON SUR JÉSUS-CHRIST ROI ET PONTIFE · texte numérisé non relu

SERMON SUR JÉSUS-CHRIST ROI ET PONTIFE

ques de sa bonté, ne laissant aucun endroit de ce monde vide de ses bienfaits et de ses largesses l. »

Mais les rois qui tiennent de Dieu leur puissance, doivent, comme lui, se faire connaître par leur justice, se faire aimer par leur bonté. Le modèle que Bossuet leur propose, c'est Jésus-Christ, réunissant en sa personne la royauté et le sacerdoce, mais pontife et roi parce qu'il est le sauveur des hommes, au prix de son sang. C'est pour ce roi sauveur que, dans une ville restée fidèle au milieu de la rébellion, l'orateur réclame une soumission prouvée par des œuvres et poussée jusqu'au sacrifice :

Certes , peuple de Metz , je vous donnerai cet éloge que vous êtes fidèle à nos rois. On ne vous a jamais vu entrer, non pas même d'affection, dans les divers partis qui se sont formés contre leur service. Votre obéissance n'est pas douteuse, ni votre fidélité chancelante. Quand on parlait ces jours passés de ces lâches qui avaient vendu aux ennemis de l'État les places que le Roi leur a confiées -, on Vous a vu frémir d'une juste indignation. Vous les nommiez des traîtres, indignes devoir le jour, pour avoir ainsi lâchement trompé la conliance du prince et manqué de foi à leur roi. Fidèles aux rois de la terre, pourquoi ne sommes-nous traîtres qu'au Roi des rois? Pourquoi est-ce qu'il n'y a qu'envers lui que le nom de perfides ne nous déplaît pas, qui serait le plus sensible

1. Ihid. 1er point. — 2. 11 s'agit ici, comme M. Floquet l'a très Dieu montré (t. I, p. 25!)), du traité par lequel le comte d'Harcourt avait promis de livrer à l'empereur Brisach et rhili[isbourg. (Décembre 1053.)

reproche que l'on nous pût faire en toute autre rencontre?...

Figurez-vous, chrétiens, qu'aujourd'hui, au milieu de cette assemblée paraît tout à coup un ange de Dieu qui fait retentir à nos oreilles ce que disait autrefois Élie aux Samaritains : « Peuples, jusqu'à quand chancellerez- « vous entre deux partis? » Quousque claudicatis in duas partes1? Si le Dieu d'Israël est le vrai Dieu, il faut l'adorer; siBaal est Dieu, il faut l'adorer.

Chers frères, les prédicateurs sont les anges du Dieu des armées. Je vous dis donc aujourd'hui à tous, et Dieu veuille que je me dise à moi-même comme il faut : Quousque claudicatis ? Jusqu'à quand serez-vous chancelants? Si Jésus est votre roi, rendez-lui vos obéissances; si Satan est votre roi, rangez-vous du côté de Satan...

Et le sermon se termine par cette belle prière :

Mes frères, ne voulez-vous pas bien que je renouvelle aujourd'hui le serment de fidélité que nous devons tous à notre grand roi? 0 roi Jésus, à qui nous appartenons à si juste titre, qui nous avez rachetés par un prix d'amour et de charité infinie, je vous reconnais pour mon souverain. C'est à vous seul que je me dévoue. Votre amour sera ma vie, votre loi sera la loi de mon cœur. Je chanterai vos louanges, jamais je ne cesserai de publier vos miséricordes. Je veux vous être fidèle, je veux être à vous sans réserve, je veux vous consacrer tous mes soins, je veux vivre et mourir à votre service.

Dans ce discours, où l'ardeur d'une conviction ingénue s'élève par degrés jusqu'à l'enthousiasme,

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