SERMONS CONTRE LES PROTESTANTS ET LES JUIFS
l'orateur s'inspire tour à tour de deux sentiments qui se fortifient l'un l'autre et sont bien près de se confondre : le sujet fidèle s'engage sur l'honneur à servir Dieu,, le chrétien sincère s'engage sur l'Évangile à servir le roi. On voit quelle est l'origine de la foi politique de Bossuet, et quelle en est la véritable nature. Le sermon sur la Royauté de Jésus-Christ a été prononcé dans la cathédrale de Metz, le 1er janvier 16o4 *. Ce n'est donc pas au déclin du règne, alors que les violences de Louis XIV auraient pu lui apprendre qu'il ne suffit pas d'établir une distinction logique entre le gouvernement absolu et le gouvernement arbitraire, c'est au milieu des luttes civiles, sous l'impression des calamités et des hontes où entraîne l'esprit de division, que Bossuet a cru trouver la garantie de la paix, de la justice et même de la liberté dans la séduisante chimère d'une royauté « absolue, inviolable,!) mais «paternelle et toujours conforme à la raison 2. »
La royauté et le sacerdoce étaient, dans la doctrine du jeune orateur, les deux parts de l'héritage de Jésus-Christ , deux puissances distinctes , mais , en vertu de leur commune origine, également sacrées, également nécessaires au salut des peuples.
1. Floquet, t. I, p. 269-261. — 2. Politique tirée des propres paroles de V Écriture sainte, livres m, IV et V.
L'une et Fautre étaient en péril, et Bossuet eut à défendre, en même temps que le drok divin des rois, le droit divin de l'Église et son autorité souveraine.
Sur ce point, il n'était pas de ville en France qui fût plus divisée que la ville de Metz. C'était, depuis un siècle, un champ clos où les luthériens, les calvinistes, d'abord séparés, puis réunis, serraient de près les défenseurs de l'Église romaine ; les deux partis s'attribuaient la victoire, et il ressort des requêtes au roi, où Protestants et Catholiques articulent souvent les mêmes faits, ceux-ci pour provoquer des mesures de rigueur, les autres pour réclamer le droit commun, que, vers le milieu du dixseptième siècle , les Réformés étaient en minorité parmi le peuple, mais comptaient dans leurs rangs une très grande partie des familles nobles, disséminées dans les châteaux du voisinage, et la moitié des riches bourgeois de la cité.
Mais ce qui faisait la singularité du séjour de Metz, ce n'était pas le nombre croissant des Protestants mêlés aux Catholiques, ni leur temple de Chambière où parlaient Paul Ferry, le ministre à la bouche d'or, et son jeune émule, David Ancillon. En face de Chaumière, sur l'autre rive de la Moselle, vivaient, serrées les unes contre les autres, une centaine de familles juives, réunies en communauté, sous une garantie expresse, renouvelée au début de chaque règne par des lettres patentes solennellement enregistrées au Parlement.