SERMONS CONTRE LES PROTESTANTS ET LES JUIFS
Il ne faut pas se faire une idée trop haute des privilèges dont jouissaient les Juifs de Metz ; peu nombreux et sans appui, relégués , comme des lépreux, moins encore par les prescriptions de la loi que par une répulsion instinctive et universelle, dans leur pauvre quartier Saint-Féroy, obligés d'exhausser souvent leurs tristes maisons sans qu'il fût jamais permis à aucun d'eux de franchir l'enceinte primitive pour aller bâtir au soleil; réduils à s'y enfermer les jours de fêtes et les dimanches , à n'en sortir que coiffés du chapeau jaune qui les désignait de loin à la risée des enfants et aux invectives delà populace : on voit qu'ils étaient loin d'être, devant la loi, défl hommes comme les autres hommes. Mais o'étail alors la seule communauté juive qui eût, dans le royaume, sous toutes réserves , le droit de posséder) de bâtir, de garder et de pratiquer ouvertement le culte de ses pères {. Dès les premiers pas de la route, la foi de Bossuet se heurtait à l'hérésie, qui rompait Funité de l'Eglise, à l'incrédulité , qui ébranlait le fondement même du christianisme.
Il est à regretter que nous n'ayons pas une « très docte et très éloquente exhortation » qu'il prononça le 27 avril 1653, dans la cathédrale de Toul, pour L'abjuration solennelle d'un avocat calviniste à la conversion duquel un témoin digne de foi nous ap-
1. Emiwry, Heoueil deë é>/if-< tnfègittrèl au Parlement de Mit:.
Ch. A bel, Les Juifs à M<t: (Met/.. Lorette, i -
prend qu'il avait grandement coopéré *. Vers le même temps, il donnait volontiers ses soins à une maison fondée à Metz pour servir d'asile aux nouvelles catholiques, et dont la direction devait lui être confiée dans la suite et pour plusieurs années (1658-1662). Parmi les sermons prêches dans la chapelle de la Propagation de la Foi, il en est deux qui remontent certainement à une époque antérieure. L'un doit avoir été le plus ancien sermon de vêture de Bossuet. Déforis l'a composé de deux fragments qui'ne se suivent pas, mais qui pourraient bien, comme il le suppose, avoir été écrits Tun après l'autre en vue du même discours, dont nous aurions ainsi, d'abord une ébauche confuse, puis une rédaction définitive, mais qui s'arrête vers la fin du premier point. Dans le plus court des deux morceaux2, l'orateur veut réfuter ce que € le ministre de cette ville » a a prêché » et écrit contre l'Eglise catholique. Ces paroles font manifestement allusion aux sermons dont Paul Ferry avait fait un livre sous le titre de « Catéchisme général de la ré formation de la religion 3, » et cette apostrophe un peu vive : « 0 ministre d'iniquité , vous ne connaissez pas la virginité de l'Eglise, » semble annoncer la Réfutation que Bossuet devait en faire quelques mois plus tard.
1. M'Jm. manuscrits de Jean du Pasquier, cités par M. Floquet, t. I, p. 323. — 2. Deuxième sermon pour la Vêture d'une nouvelle Catholique. 2* point. — 3. Sedan, 1654, in-8<>.