SIÈGE DE JÉRUSALEM
sans réserve le style qu'Arnauld d'Andilly lui a prêté ? J'en doute, et, sur ce point, pour une fois, je prendrais volontiers son parti môme contre sa mère. Deux choses me gâtent le récit de Josèphe, quels que soient d'ailleurs l'intérêt des faits qu'il rapporte et la sincérité de son témoignage; car je veux y croire. L'une, c'est de voir ce Juif dans le camp des Romains : tombé aux mains de Vespasien, après avoir défendu contre lui la ville de Jotapat, Josèphe avait apaisé sa colère en lui annonçant qu'il allait être appelé à l'Empire, et, chose triste, ainsi que Bossuet lui-même en conviendra plus tard dans son Histoire universelle *, il avait pris sa prophétie tellement au sérieux, que Yespasien, proclamé empereur en Judée, était devenu à ses yeux ce Messie, roi des nations, promis tant de fois à la tribu de Juda par les Ecritures. C'est ainsi qu'il a pu, sans prendre en dégoût son rôle, s'attacher à la forlune de Titus, le seconder dans ses desseins, gourmander, pour lui obéir, les Juifs enfermés dans Jérusalem, puis, dans son livre., célébrer à la face du monde entier les vertus de son héros, et jusqu'à la lin rejeter les malheurs de sa patrie, le temple réduit en cendres, et cette ville immense noyée dans le sang, rejeter tout sans partage sur la fureur impie de ceux qui avaient mieux aimé périr jusqu'au dernier que d'ouvrir leurs portes au libérateur envoyé de Dieu.