‹ Bossuet orateurChapitre 59 sur 192 · II» partie, chap. xxm · texte numérisé non relu

II» partie, chap. xxm

Il y a trop de raffinement dans le patriotisme de Josèphe et parfois aussi dans son éloquence. A Dieu ne plaise qu'il soit impassible en racontant la ruine de son pays, et l'une des plus hideuses désolations dont l'histoire ait gardé les souvenir. Souvent il est forcé d'interrompre son récit pour laisser échapper sesplaintes, et jeluisais gré, quoiqu'il s'en excuse, de n'avoir pas réussi à maîtriser sa douleur ; mais cette douleur, dans une âme plus fortement trempée, aurait été moins verbeuse et moins subtile.

Josèphe se perd dans les détails, en homme qui connaît trop toutes les ressources de l'amplification oratoire. Il lui est arrivé d'être assez peu ému ou assez mal inspiré pour égayer par des traits d'esprit la sombre horreur de son sujet. C'est une épouvantable histoire, sans doute, que celle d'une mère assez exaspérée par la souffrance pour tuer et pour manger son propre fils. Josèphe imagine de mettre en scène cette dénaturée, et de lui faire tenir deux discours : l'un à l'enfant qu'elle arrache de sa mamelle, pour lui prouver en trois points qu'il est bon qu'il meure ; l'autre à des bandits, qui sont restés saisis de stupeur en voyant les misérables restes du repas dont leur brutale avidité voulait sa part. Elle les brave :

« Oui, c'est mon propre fils que vous voyez, et c'est moi-même qui ai trempé mes mains dans son sang. Vous pouvez bien en manger, puisque j'en ai mangé la pre-

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