LE PREMIER ÉDITEUR DES SERMONS. XI
pour continuer l'édition des œuvres de Bossuet, il s'absorba dans l'accomplissement de cette grande tâche pendant vingt-quatre ans, sans qu'il lui ait été donné de la conduire jusqu'à la fin. 11 venait d'être dénoncé à l'Assemblée du clergé comme janséniste, poursuivi par l'Assemblée devant le garde des sceaux comme un éditeur infidèle, lorsque la Révolution éclata. On voulut, dans quelques journaux, lui faire honneur de la Constitution civile du clergé. Déforis n'était pas homme à céder au courant de l'opinion, ni à se taire jamais par calcul : il protesta. C'était se perdre, et il le savait. Devenu suspect, il avait pris, pour les précieux papiers dont il était le dépositaire, les précautions qu'il ne prenait pas pour sa vie; la personne à laquelle il les confia avait ordre de les remettre au libraire Lamy, « vingt-quatre heures après sa mort1». On voit qu'il ne se faisait point illusion sur le sort qui lui était réservé. Arrêté à la suite des massacres de septembre, emprisonné pendant dix-huit mois, puis condamné à mort, la tradition rapporte que, jusque sur l'échafaud,il exhorta les autres victimes de cette journée, voulut mourir le dernier, et mourut avec la sérénité d'un martyr (25 juin 1794) 2. Ce long commerce avec la pensée de Bossuet était fait pour affermir sa foi et pour retremper son courage.
Peu s'en faut que le premier éditeur des sermons de Bossuet n'ait été, pour dernière disgrâce, honni, de son
1. Lettre adressée par le libraire Lamy au ministre de l'intérieur, le 27 février 1817. 8 pages in-4<>, p. 7. (Documents, f. 138.)— 2. Biographie universelle,, art. Déforis. L'article est rédigé par Tabaraud, sur un mémoire de Dom Brial : à ce titre, il doit faire foi. — Vbyes aussi L'article consacré à Déforis, dans l'ouvrage de l'abbé Guillon h s Martyre de la foi pendant la Révolution française. Paris, 1821, in-S°, t. IL