ÉTDDE DES PÈRES DE L ÉGLISE
la reine d Angleterre et prêchait au Louvre son dernier Avent.
Ces pages sont vraiment précieuses , quoique l'auteur s'excuse d'écrire « ce qui lui vient, sans donner repos à sa plume: » il n'a pas même « le temps de relire. j> C'est qu'en effet, il n'y avait pas un moment à perdre. L'abbé d'Albret, neveu de Turenne, venait d'être nommé cardinal à vingt-six ans : l'exemple n'était pas tout à fait nouveau; on en riait cependant un peu à la cour et dans l'Église. Il importait au nouveau cardinal de Bouillon, qui avait de l'amour-propre (il ne Ta que trop prouvé dans la suite), d'établir au plus vite et d'une manière éclatante, s'il était possible, que les victoires et l'abjuration récente de son oncle n'étaient pas ses seuls titres à la faveur de la cour de France et do Saint-Siège.
Pour donner publiquement la mesure de son mérite, la chaire lui offrait un moyen prompt, mais périlleux. Etait-il assez sûr de lui-même, assez préparé? On eut recours à l'expérience de Bossuet, si dévoué à l'honneur de la maison de Bouillon, et si capable de dire quelles étaient les études indispensables « pour former un orateur. » Bossuet le dit tout au juste, el B'en tient au strict nécessaire ; mais le nécessaire, à ses yeux, lorsqu'il s'agissait de la prédication évangélique, allait assez loin. Comment parler avant de s'être fait un style et surtout un fonds de doctrine ?
Il passe assez vite sur !•> premier poinl ; même
pour former le style, l'essentiel est d'avoir appris « les choses, » de beaucoup savoir, de pénétrer le « fond de tout. » C'est la plénitude qui fait la fécondité de l'esprit, et la fécondité de l'esprit qui fait la variété du discours « sans laquelle nul agrément. » Et d'abord, le « fond de tout, » c'est de « savoir très bien les Ecritures, » en s 'attachant aux a beaux endroits qu'on entend, » sans se trop « mettre en peine des obscurs, » sans se piquer de savoir tout, <t car jamais on ne sait tout dans ce livre, » sans trop perdre à résoudre les difficultés , à consulter les commentaires, le temps qui doit être employé « à bien posséder ce qu'on a trouvé de plus clair et de plus certain, » à se remplir l'esprit « de toute la substance » des Livres saints, pour en nourrir sa piété.
Aux commentaires scolastiques , Bossuet veut qu'on substitue les ouvrages des Pères de l'Eglise; il entre dans le détail de ce qu'il faut lire de chacun d'eux ; il nomme saint Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire le Grand; il recommande saint Cyprien, de qui l'on peut apprendre admirablement « le divin art de manier les Ecritures » et de « se donner de l'autorité en faisant parler Dieu sur tous les sujets; » il insiste sur les « beaux livres de Tertullien. » qui « fournissent beaucoup de sentences. » Mais les maîtres par excellence, c'est saint Augustin, c'est saint Chrysostome. Saint Augustin peut donner « toute la doctrine ; » sa théologie est admirable ; il « élève Tes-