‹ Bossuet orateurChapitre 69 sur 192 · ÉTUDE DES PÈRES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES PÈRES DE L'ÉGLISE

prit aux grandes et subtiles considérations ; » seulement, on risquerait, en n'étudiant que lui, de prendre « une manière de dire un peu trop abstraite. » Les homélies de saint Chrysostome offrent à l'orateur d'excellents modèles d'une éloquence plus simple, mesurée « à la capacité du peuple, » très propre à l'instruire et à l'émouvoir. En ce qui touche les Pères, Bossuet a soin d'ajouter que ce qu'il propose de lire « n'est pas si long qu'il paraît. Il n'est pas croyable, poursuit-il, combien on avance, pourvu qu'on y donne quelque temps, et qu'on suive un peu. » Mais l'esprit de suite était la chose du monde dont le cardinal de Bouillon s'est toujours montré le moins capable, et les encouragements de Bossuet ne devaient pas avoir plus de prise que les exhortations de Turenne sur un jeune homme très pressé de jouir de sa haute fortune, et qui bientôt ne se mit plus en peine de la justifier.

Au surplus, en lisant cette consultation rédigée en toute hâte, on ne songe guère au client de Bossuet; c'est de Bossuet seul qu'on est occupé; on aime à recueillir de sa bouche quelques indications, trop rapides sans doute, mais certaines, sur les études par lesquelles il s'était préparé lui-même à remplir dignement le ministère apostolique. Il est évident que le peu dont il se contenterait pour un autre n'avait point suffi à ses scrupules, ni à raideur de sa jeunesse. Mais sur 1rs points essentiels, chacun des conseils qu'il donne a gardé la forme d'un souvenir; il les appuie sur sa propre expé-

rience, et recommande avec une entière simplicité, comme la plus sûre, la méthode même qu'il a suivie.

Nous avons vu Bossuet, au sortir de sa rhétorique, à Dijon, quitter brusquement pour la Bible les poètes et les orateurs profanes; puis, à Navarre, faire une étude approfondie des Ecritures, en même temps qu'il méditait les écrits des théologiens et du chef de l'école, le grand saint Thomas l. Les scolastiques devaient, à leur tour, céder la place aux Pères de l'Eglise. Ledieu nous a conservé, sur ce point, le propre témoignage de Bossuet : « Il disait souvent que c était à Metz où, vivant sans distraction, il avait le plus lu les Saints Pères \ » Arrêtons-nous sur ce souvenir, qui explique, non plus telle particularité des opinions de Bossuet, de sa vie ou de ses ouvrages, mais sa vie tout entière, et le caractère propre de son génie.

De ce point de vue, il est curieux de mettre à part et de lire avec attention les sermons composés à Metz; on y ressaisit en quelque sorie la trace des lectures de Bossuet, et on voit avec quelle ardeur il étudiait alors les Pères, avec quelle vénération toute filiale il se glorifiait de reproduire, sans y rien changer, « l'excellente doctrine, » les « admirables raisonnements, » les «beliesparoles » de ces « grands personnages. »

1. Voy. le chapitre I de ces Études.— 2. Mémoires, p. 21. Voyez aussi p. 45 et 58.

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