ÉTUDE DES PÈRES. LES PÈRES GRECS
cours. Bossuet n'était pas helléniste en sortant du collège ; il ne l'est même devenu à fond que beaucoup plus tard, pendant sa résidence à Saint-Germain et à Versailles. C'est là que, pour composer les ouvrages qu'il destinait au Dauphin, il se familiarisa avec les historiens et les poètes de la Grèce profane, et apprit Homère par cœur; c'est là aussi que, pour éclaircir le texte de la Bible ou pour fixer en vue de la controverse la tradition de l'Église, il reconnut la nécessité de recourir aux originaux dans toutes les langues, aborda, mais trop tard, l'étude de l'hébreu, et sut le grec à ce point que le nom de Père grec* lui fut donné tout d'une voix par les membres de cette réunion formée sous ses auspices qu'on appelait avec respect le « petit concile. »
Mais il était déjà entré dans^ cette voie, pendant son séjour à Metz. Vers 1655, on voit paraître dans les manuscrits des textes en grec cités en tête du sermon, ou, ce qui est plus significatif, dans la suite même du développement, soit comme témoignages, et au même titre que les textes en latin, soit comme «1rs variantes qui méritent qu'on en tienne compte. Enfin les caractères grecs redeviennent 'plus rares ou disparaissent, précisément parce que Bossuet ne cite plus en écolier, ni saint Anathase, ni saint Basile, ni « le grand saint Grégoire de Nazianze, » ni saint Chrysostome, « le plus éloquent des prédi-
1. Lettre de l'abbé Ledieu, citée par M. Floquet, t. I, p. 237.
Dateurs. » En les citant, il se conforme à l'usage, en toute simplicité, sans prendre un soin qui ressemblerait moins à un scrupule d'exactitude qu'à une affectation de pédantisme. Il possède assez leurs ouvrages pour en tirer parti, sans effort et sans étude, et, lors des premières stations prêchées à Paris, nous aurons lieu de déterminer l'action exercée sur les progrès de son éloquence par les homélies de saint Chrysostome *, dont le crédit affaiblissait insensiblement celui de Tertullien et de saint Cyprien.
Mais au-dessus de Tertullien et de saint Chrysostome, dès ce temps-là comme dans la suite, Bossuet place le « maître de tous les prédicateurs de l'Evangile, le docteur des docteurs, l'aigle des Pères8, » le grand, l'admirable, l'incomparable saint Augustin.
A mesure que son génie mûrira, sa prédilection pour saint Augustin sera plus marquée ; il le consultera sans cesse ; il sera entré si profondément dans ses opinions et dans son tour d'esprit, qu'il sera capable de suppléer d'inspiration aux lacunes de ses ouvrages dans les manuscrits 3. De tous les discours de Bossuet qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, l'un des plus regrettables assurément est un Panégyrique de saint Augustin qu'il avait pro-
1. Voy. Hv. IL chap. u. — 2. Sermon de vêture prêché à Metz vers IG.jS. — :J,. Ledieu, Mémoire, p, 51.