‹ Bossuet orateurChapitre 83 sur 192 · PANÉGYRIQUE DE S. FRANÇOIS I»' ASSISE · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE S. FRANÇOIS I»' ASSISE

et chantée et peinte au moyen âge; elle est au début, dans notre Panégyrique, d'un effet pénible, parce que François, pour épouser la Pauvreté, ne se durcit pas seulement le front contre cette « molle et lâche pudeur du siècle ; » il a fallu qu'il durcît son cœur contre des affections qui sont des devoirs, brisât les liens de la famille et reniât solennellement son père. La rupture est ménagée dans la légende : c'est le père qui, par degrés, volontairement, a presque cessé d'être un père; il n'a pas seulement averti et gourmande son fils ; il n'a pas seulement menacé de déshériter le prodigue incorrigible qui le ruine par la folie de ses aumônes : il l'a enfermé dans un cachot, outragé, battu !. Bossuet, entraîné par le même rxcès de zèle que son héros,, dédaigne et supprime, comme un détail inutile, ces circonstances. Il va droit aux paroles par lesquelles François, pressé de renoncer à ses biens, renonce à son père comme au monde et à toutes choses pour suivre en liberté l'élan de charité qui l'emporte :

.... 0 Dieu éternel ! que vous inspirez de belles réponses à vos serviteurs, quand ils se laissent conduire à voire Esprit-Saint! a Tenez, dit François animé d'un instinct céleste, tenez, o mon père, je vous donne plus que vous ne voulez; »et, dans le même moment, jetant à ses pieds ses habits : « Jusqu'ici, poursuit-il, je vous avais appelé mon père; maintenant que je n'attendrai plus aucun bien de vous, j'en dirai plus hardiment et avec

|i S. lîonav., Liytnda aancti Francise'), cap. il,

une confiance plus pleine : « Notre Père qui êtes aux cieux ! »

Quelle éloquence assez forte , quels raisonnements assez magnifiques pourraient ici égaler la majesté de cette parole ? 0 la belle banqueroute que fait aujourd'hui ce marchand ! ... Enfin il a rencontré cette pauvreté si ardemment désirée, en laquelle il avait mis son

trésor Il a trouvé un père qui ne l'empêchera pas de

donner, ni ce qu'il gagnera par le travail de ses mains, ni ce qu'il pourra obtenir de la charité des fidèles. Heureux de n'avoir plus rien dans le siècle, son habit même lui venant d'aumône 1 Heureux de n'avoir d'autre bien que Dieu, de n'attendre rien que de lui, de ne recevoir rien que pour l'amour de lui ! Grâce à la miséricorde divine, il n'a plus aucune affaire que de servir Dieu; toute sa nourriture est de faire sa volonté....

Dirai-je ce qui peut manquer, pour le fond même de la pensée, à la beauté d'un tel discours? De sens rassis, peut-être y voudrait-on plus de mesure, un mot çà et là qui avertît que « l'heureuse folie » du saint est un idéal propre à ranimer dans les cœurs l'ardeur de la charité, plutôt que la règle de la vie chrétienne. Mais il vaut mieux céder à l'impétueux élan qui emporte l'orateur et suivre comme lui jusqu'au bout les efforts surhumains d'une âme blessée par l'amour divin qui cherche ses délices dans la souffrance et dans l'immolation volontaire.

Ce sont là des maximes sévères, qui font frémir les sens et qui scandalisent la raison : Bossuet le sait et il en triomphe, comme saint François. Peu leur

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