‹ Bossuet orateurChapitre 85 sur 192 · S;iiut Augustin, Conf., Il · texte numérisé non relu

S;iiut Augustin, Conf., Il

une souplesse d'expressions qu'Aristole n'a pas connues. Ce que le philosophe sait et explique,, l'orateur le sent, il le fait sentir, il le fait voir; tel est le privilège de l'éloquence, qui fait, dans les efforts de la raison pour répandre la vérité, la part de l'imagination et du cœur :

Certes, quand nous nous voyons penchants sur le retour de notre âge, que nous comptons déjà une longue suite de nos jours écoulés, que nos forces se diminuent, et que, le passé occupant la partie la plus considérable de notre vie, nous ne tenons plus au monde que par un avenir incertain : ah ! le présent ne nous touche plus guère. Mais la jeunesse qui ne songe pas que rien lui soit encore échappé, qui sent sa vigueur entière et présente, ne songe aussi qu'au présent et y attache toutes ses pensées. Dites-moi, je vous prie, celui qui croit avoir le présent tellement à soi, quand est-ce qu'il s'adonnera aux pensés sérieuses de l'avenir ? Quelle apparence de quitter le monde dans un âge où il ne nous présente rien que de plaisant ? Nous voyons toutes choses selon la disposition où nous sommes : de sorte que la jeunesse, qui semble n'être formée que pour la joie et pour les plaisirs, ah ! elle ne trouve rien de fâcheux; tout lui rit, tout lui applaudit. Elle n'a point encore d'expérience des maux du monde, ni des traverses qui nous arrivent : de là vient qu'elle s'imagine qu'il n'y a point de dégoût, de disgrâce pour elle ; comme elle se sent forte et vigoureuse, elle bannit la crainte et tend les voiles de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et qui la conduit.

Jusqu'à la fin on reconnaît des traits presque mot pour mot dans Aristote ; mais quel mouvement et

quel éclat ! Par ces vives expressions qui nous montrent les gens de condition « bâtissant toujours sur les honneurs de leurs ancêtres, » la jeunesse animant du feu de ses passions les vicissitudes les plus ingrates de la vie ; « tout lui rit, tout lui applaudit, 1 et surtout par cette noble image du navire aux voiles hardies, enflées par l'espérance, Bossuet rivalise avec les poètes, il unit à la grâce de Virgile la hardiesse des Psaumes.

Et si l'on joint aux séductions de la jeunesse la naissance de saint Bernard, ses qualités personnelles, les exemples de ses compagnons et les <r amitiés orageuses , » pour emprunter au biographe du douzième siècle une expression qui n'estpas indigne de Bossuet, « ah! que de puissants liens pour demeurer attaché à la terre! » Ni les entretiens dune pieuse mère, ni le courage et l'innocence dont il a de bonne heure donné des preuves éclatantes ne suffiront pas pour le détacher. Il y faudra l'action de la grâce que Bossuet appelle sur lui, comme s'il était arrivé, tant il se passionne pour son sujet, à se reporter au temps où Bernard hésitait encore entre le siècle et la pénitence. Il fait entrer ses auditeurs Le secret de ses rêveries solitaires. Ces! Bernard lui-même qui s'interroge sur la vanité des biens du monde et la rapidité de la vie :

« Bernard, que prétends-tu dans le monde ? Y vois-tu

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