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quelque chose qui te satisfasse ? Les fausses voluptés, après lesquelles les mortels ignorants courent d'une telle fureur, qu'ont -elles après tout qu'une illusion de peu de durée ? Sitôt que cette première ardeur qui leur donne tout leur agrément a été un peu ralentie par le temps, leurs plus violents sectateurs s'étonnent le plus souvent de s'être si fort travaillés pour rien. L'âge et l'expérience nous font voir combien sont vaines les choses que nous avions le plus désirées; et encore ces plaisirs tels quels, combien sont-ils rares dans la vie ! Quelle joie peut-on ressentir où la douleur ne se jette comme à la traverse ? Et s'il nous fallait retrancher de nos jours tous ceux que nous avons mal passés, même selon les maximes du monde, pourrions-nous bien trouver en toute la vie de quoi faire trois ou quatre mois ? Mais accordons aux fols amateurs du siècle que ce qu'ils aiment est considérable : combien dure cette félicité ? Elle fuit, elle fuit comme un fantôme, qui, nous ayant donné quelque espèce de contentement pendant qu'il demeure avec nous, ne nous laisse en nous quittant que du trouble. »
L'orateur s'attache toujours plus fortement à sa pensée, il en creuse tous les replis. Insensiblement il amène ceux qui Fécoutent à faire un mélancolique retour sur eux-mêmes, à sonder avec lui l'abîme obscur de nos destinées. Le recueillement est devenu plus profond encore par une sorte d'illusion à laquelle on s'abandonne; il n'y a plus là rien qui ressemble à une figure de rhétorique ; on médite avec Bossue t, on prête l'oreille aux paroles de saint Bernard :
PANEGYRIQUE DE s. BERNARD. 120
« Bernard. Bernard, disait-il, cette ve nnp««e ne
durera pas toujours; cette heure fatale viendra qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence; la vie nuus manquera, comme un faux ami, au milieu de nos entreprises. Là, tous nos beaux desseins tomberont par terre; là s'évanouiront toutes nos pensées. Les riches de la terre qui, durant cette vie, jouissant de la tromperie d'un songe agréable, s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout à coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tous étonnés de se trouver les mains vides. La mort, cette fatale ennemie, entraînera avec elle tous nos plaisirs et tous nos honneurs dans l'oubli et dans le néant. Hélas f on ne parle que de passer le temps : le temps passe, en effet, et nous passons avec lui; et ce qui passe à mon égard parle moyen du temps qui s'écoule entre dans l'éternité qui ne passe pas, et tout se ramasse dans le trésor de la science divine qui subsiste toujours. 0 Dieu éternel ! quel sera notre étonnement, lorsque le juge sévère qui préside dans l'autre siècle, où celui-ci nous conduit malgré nous, nous représentant en un instant toute notre vie, nous dira d'une voix terrible : « Insensés que vous êtes, qui avez tant estimé les plaisirs qui passent, et qui n'avez pas considéré la suite qui ne passe pas ! »
Amenée ainsi sans effort, rendue avec cetti briété expressive, ridée du Jugement achève deporhr dans 1rs âmes, brusquement détachées et du monde et de la vie, les angoisses de l'incertitude. Elles y échappent avec une joie secrète, elles se sentent consolées et affermies par ces paroles viriles :
Allons, concluait Bernard, et puisque notre vie est
toujours emportée par Je temps qui ne cesse de nous échapper, tâchons d'y attacher quelque chose qui nous demeure. » Puis retournant à son grand livre qu'il étudiait continuellement avec une douceur incroyable, je veux dire à la croix de Jésus, il se rassasiait de son sang, et avec cette divine liqueur il humait le mépris du monde. « Je viens, disait-il, ô mon maître, je viens me crucifier avec vous. Je vois que ces yeux si doux, dont un regard a fait fondre saint Pierre en larmes, ne rendent plus de lumières : je tiendrai les miens fermés à jamais à la pompe du siècle; ils n'auront plus de lumières pour les vanités. Cette bouche divine, de laquelle découlaient des fleuves de cette eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle, je vois que la mort l'a fermée : je condamnerai la mienne au silence, et ne l'ouvrirai que pour confesser mes péchés et votre miséricorde. Mon cœur sera de glace pour les vains plaisirs, et comme je ne vois sur tout votre corps aucune partie entière, je veux porter de tous côtés sur moi-môme les marques de vos souffrances, afin d'être un jour revêtu de votre glorieuse résurrection. Enfin je me jetterai à corps perdu sur vous, ô aimable mort, et je mourrai avec vous; je m'envelopperai avec vous dans votre drap mortuaire : aussi bien j'apprends de l'Apôtre que nous sommes ensevelis avec vous dans le saint baptême *•. »
C'est ainsi que Bossuet, animé par le souvenir d'un grand exemple, s'enflamme et qu'il enflammait les fidèles « au mépris du monde. » J'ai tenu à reproduire, jusqu'à la fin et tout d'une suite, cette mé-