In Cantica, s^-m, XX VL
Ce récit, que j'ai abrégeaient peu déplace dans notre panégyrique. Bossuet a supprimé tous les détails, laissé dans l'ombre Barthélémy, André , Gérard lui-même, dont le seul souvenir l'aurait exposé à oublier l'objet et les proportions de son discours.
Gui est le seul qu'il ait nommé ; mais, en rappelant sa conversion, il a pris soin d'omettre ou d'indiquer à peine les circonstances qui pouvaient jeter le trouble dans les consciences et inspirer le mépris des devoirs ordinaires de la vie; le mieux est de rester dans la mesure, même en prêchant le dégoût du monde et le soin de l'éternité.
... Youlez-vous que nous voyions le commencement de l'apostolat de saint Bernard ? Ce fut sur sa famille qu'il répandit ses premières lumières, commençant dès sa tendre jeunesse à prêcher la croix de Jésus à ses oncles et à ses frères, aux amis, aux voisins, à tous ceux qui fréquentaient la maison de son père. Dès lors, il leur parlait de l'éternité avec une telle énergie qu'il leur laissait je ne sais quoi dans l'âme qui ne leur permettait pas de se plaire au monde. Son bon oncle Gaudri, homme très considérable dans le pays, fut le premier disciple de ce cher neveu. Ses aînés, ses cadets, tous se rangeaient sous sa discipline; et Dieu voulut que tous ses frères, après avoir résisté quelque temps, vinssent à lui, l'un après Vautre, dans les moments marqués par sa providence. Gui, l'aîné de cette maison, quitta tous les emplois militaires et les douceurs de son nouveau mariage. Tous ensemble ils renoncèrent aux charges qu'ils avaient ou qu'ils prétendaient dans la guerre; et ces braves, ces
généreux militaires, accoutumés au commandement et
à ce noble tumulte des armes, ne dédaignent ni le silence, ni la bassesse, ni l'oisiveté de Citeaux, si saintement occupée. Ils vont commencer de plus beaux combats où la mort même donne la victoire *.
Bossuet n'aurait eu garde de négliger le trait qui couronne cel épisode. Guillaume de Saint-Thierry rapporte que le jour où Bernard sortit de la maison paternelle, emmenant avec lui ses frères, devenus ses fils spirituels, Gui aperçut Nivard, le plus jeune de la famille, jouant sur la place avec d'autres enfants de son âge : « Allons, lui dit-il , Nivard, mon frère, c'est à toi seul qu'appartiendra désormais l'héritage de notre maison. — Ainsi, répliqua l'enfant, vous aurez le ciel et moi la terre? Les parts ne sont pas égales. » Parole sublime, et qui n'est pas de cet âge, observe le narrateur. Bossuet ménage la vraisemblance en ne la mettant pas sur les lèvres d'un enfant que l'adieu de ses frères surprend dans l'ardeur du jeu, au milieu de ses compagnons :
Ces quatre frères allaient ainsi, disant au monde le dernier adieu, accompagnés de plusieurs gentilshommes que Bernard, ce jeune pécheur, avait pris dans les filets de Jésus. Nivard, le dernier de tous, qu'ils laissaient avec leur bon père pour être le support de sa caduque vieillesse, les <:(<nit venu embrasser : < Vous aurez, lui disaient-ils, tous nos biens.» Cet entant, inspiré de Dieu,