LIS BOSSUET A DIJON
encore,, sans aucun doute, il remonte en chaire dans cette chapelle de Navarre où il avait fait le premier essai de ses forces; dans l'intervalle, il saisit les occasions qui lui sont offertes de prêcher dans les paroisses pour les grandes fêtes 4 ; il arrive ainsi, par degrés, aux épreuves décisives, aux actions cl éclat, comme on disait, et prononce dans 1rs abbayes les plus célèbres, aux Jacobins, aux Feuillants, à Saint- Victor, devant des auditoires très imposants, des Panégyriques qui furent le commencement de sa renommée 2.
De Paris, Bossuet commença par se rendre à Dijon, et il y prêcha, le troisième dimanche après Pâques (7 mai 1656), un sermon sur la Providence. Ce fait qui tirait à conséquence, comme on le verra par la suite, a été établi par M. Floquet, d'une manière très neuve et complètement décisive. Je saisirai l'occasion qui s'offre naturellement à moi, pour montrer clairement, par un exemple, quelle est la nature des services très nombreux que le biographe de Bossuet a rendus à l'histoire littéraire, et aussi quelle pouvait être, en ce qui touche nos sermons, au point de vue même du goût, l'importance de ces
1. Sermons pour V Ascension, pour la Pentecôte, pour la Trinité. — 2. Panégyrique de saint Thomas d'Aquin, de saint Joseph, de saint Victor (7 et 19 mars, 21 juillet 1G57).
sermon sri; LA providence. 149
questions de dates que M. Floquet a contribué plus que personne à éclaircir.
Une le sermon sur la Providence ait été prononcé à Dijon, cela n'a jamais pu faire question pour personne. L'orateur, dans son exorde, se plaît à témoigner la part qu'il prend aux avantages de sa patrie, et la chapelle royale, dont il est parlé dans l'exorde, est, sans aucun doute, la célèbre chapelle des ducs de Bourgogne. Mais quel était le personnage auquel Bossuet adresse un compliment h la fin de son avant-propos? C'était le prince de Gondé , s'il en faut croire D. Déforis, les éditeurs de Versailles, l'abbé Vaillant * ; et ce dernier, par des raisons assez plausibles en apparence, assigne pour date au discours le lendemain de la brillante campagne où Condé conquit en quinze jours la Franche-Comté (1668).
Il a suffi à M. Floquet de peser rigoureusement, selon sa coutume, chacune des paroles de l'orateur pour en signaler plusieurs qui n'ont pu être adressées au prince de Condé : Bossuet aurait manqué de justesse si, pour faire honneur à un descendant de saint Louis, il s'était borné à glorifier un sang a mêlé si souvent dans le sang des rois. » Il aurait falsifié l'histoire s'il lui avait parlé de la reconnaissance de la ville de Metz 2 « si longtemps heureuse sous sa
1. P. 122 3. — 2. Le texte porte : <( Dans cette ville illustre et fanieute que l'empire nous a rendue. » Allusion très claire à Y upation de 1.V2, aux traités de 1i34S. D'ailleurs, Bossuet avait écrit
ioO BOSSUET A DIJON.
conduite. » Il aurait blessé les convenances de la façon la plus maladroite et la plus coupable, s'il avait rappelé au chef de la seconde Fronde, en propres termes, ses trophées de Guyenne, c'est-àdire le commencement de sa rébellion ouverte, accusé l'envie de les avoir couverts pour un temps, et donné pour une « illusion de quelques années, » dissipée enfin par « l'éclat solide d d'une vertu sans tache, les fautes « si sincèrement reconnues et si glorieusement réparées » qu'il devait plus tard nommer de leur nom sur la tombe même du prince et dans une oraison funèbre.
Toutes ces expressions, au contraire, étaient de la dernière exactitude, très bien placées, d'ailleurs, dans la bouche de Bossuet, lorsqu'il les adressait au duc Bernard d'Epernon, allié, par plusieurs mariages, à « des races souveraines; » longtemps gouverneur de Metz, comme l'avait été son père; injustement tombé en disgrâce sous Richelieu, qui alla jusqu'à le faire condamner à mort ; réhabilité sous la Régence; défenseur quelquefois malheureux et compromettant, mais fidèle, de la cause royale pendant l'une et l'autre Fronde, et dont l'épée, après avoir défendu la Guyenne contre Condé et les Espagnols, venait encore de rendre la paix à la Bourgogne. C'est ainsi que M. Floquet a été conduit à établir que le sermon sur la Providence a été prêché,
d'abord en toute lettres : a Dans la célèbre ville de Metz. » Ms., t. XIV, f. 121.