BOSSUET A DIJON
Parti de ce principe, je suis fort à l'aise pour critiquer le premier sermon sur la Providence. Je dirai d'ailleurs qu'il a été écrit très vite. Il est sensible que le jeune archidiacre de Metz, à peine arrivé dans sa ville natale, invité à parler sur l'heure, a été pris de court : dans le premier point, il y a des phrases inachevées ; quant au second et au troisième, bien qu'il ait pris soin de les fondre ensemble, il n'en a jeté sur le papier qu'une esquisse rapide. Mais on y aperçoit bientôt des défauts qui ne tiennent pas seulement à la précipitation du travail.
Le plan du discours, la façon même dont le sujet a été conçu, manquent de netteté. Le thème, indiqué par l'orateur dès le début de l'avant-propos, est que les joies de ce monde sont des joies trompeuses; que l'homme de bien, par conséquent, « doit considérer sans envie les enfants du siècle qui se réjouissent; » qu'il doit « tirer de l'utilité des disgrâces que Dieu lui envoie ; » qu'il doit se consoler de ses afflictions et les recevoir comme une grâce, puisque, par une vicissitude inévitable et faite pour effrayer les heureux, Jésus-Christ n'admettra que ceux qui souffrent avec lui, à partager « l'éternité de sa gloire. » Chacun de ces points suffira aisément un jour'pour remplir un discours entier, et nous savons d'avance avec quelle abondance et quel éclat Bossue t déploiera son éloquence en parlant soit de la vanité des biens du monde, de ses honneurs ou de ses plaisirs, soit de l'utilité, de la nécessité des souffrances, soit des menaces et des promesses attachées au ju-