SERMON SIR LA PROVIDENCE
sionnée où l'auteur s'adressait d'abord familièrement à Dieu lui-même :
Ah f qu'il est bien vrai, ô Seigneur, que vos pensées ne sont pas les pensées des hommes, et que vos voies ne sont pas nos voies l ! 0 vanité et grandeur humaine, triomphe d'un jour, superbe néant, que tu parais peu à ma vue, quand je te regarde par cet endroit ! Ouvrons les yeux à cette lumière; laissons, laissons réjouir le monde, et ne lui envions pas sa prospérité. Elle passe, et le monde passe; elle fleurit avec quelque honneur dans la confusion de'ce siècle; viendra le temps du discernement. « Vous la dissiperez, ô Seigneur, comme un songe de ceux qui s'éveillent 2 »
Par conséquent, ô juste, 6 fidèle, recherche uniquement les biens véritables que Dieu ne donne qu'à ses serviteurs ; apprends à mépriser les biens apparents qui, bien loin de nous faire heureux, sont souvent un commencement de supplice. Oui, cette félicité des enfants du siècle, lorsqu'ils nagent dans les plaisirs illicites, que tout ieur rit, que tout leur succède, cette paix, ce repos que nous admirons, qui, selon l'expression du prophète, «fait sortir l'iniquité de leur graisse : prodiit quasi ex adipe iniquitas eorum 3, » qui les enfle, qui les enivre jusqu'à leur taire oublier la mort : c'est un supplice, c'est une vengeance que Dieu commence d'exercer sur eux; cette impunité, c'est une peine qui les précipite au sens réprouvé, qui les livre aux désirs de leurs cœurs, leur amassant ainsi un trésor de haine dans ce jour d'indignation, de vengeance et de fureur éternelle 4
1. Isaïe, lv, 8. — 2. Pu., lxxii, 20. — 3. lbid. 7. — 4. Fin du 1er point.
Ces beaux passages sont de pures improvisations ; on sent courir la plume dans le manuscrit. Bossuet en a transporté de semblables dans le sermon qu'il prêcha au Louvre; ils tiennent dignement la place qui leur était assignée d'avance dans une composition plus achevée.
Le sermon du 7 mai 1636 est désormais un point de repère dans la chronologie des sermons de Bossuet. On peut, d'après une comparaison attentive des manuscrits, assigner, par analogie et sous toute réserve !, une date à des sermons qui ne renferment d'ailleurs aucune allusion historique. Ainsi, j'inclinerais à rapporter à cette même année trois sermons prêches pour les fêtes de l'Ascension, de la Pentecôte et de la Trinité 2, et aussi une Méditation 3 sur la Conception de la Sainte Vierge, prononcée le 7 décembre, veille de cette fête 4, et, selon toute
1. Les indices tirés de l'écriture et du style ont leur prix ; mais je dois dire qu'à ce moment de la carrière de Bossuet, ils ne peuvent être que rarement décisifs. — 2. M. Lâchât est, je crois, le premier qui ait assigné une date à ces trois discours : le sermon pour V Ascension aurait été prêché ce vers 1656 » et « chez les Nouvelles Catholiques D (ces deux conjectures paraissent fondées), mais à Metz : ce dernier point fait difficulté. Le sermon pour la Pentecôte aurait été prêché également a à Metz, vers 1657. » Enfin, M. Lâchât place oc vers 1659 » le sermonneur la Trinité. Ils peuvent avoir été prêches tous trois en 1656, et à Paris. — 3. Le'mot est de Bossu*t. - 4. Voyez le discours.