SERMONS ET ENTRETIENS
vraisemblance, à Navarre, devant la Confrérie du Rosaire, mais en 1656, et non en 1650 ou 1654, comme D. Déforis ■ et M. Lâchât - l'ont pensé.
L'archidiacre de Metz s'est montré dans ces discours plus théologien qu'orateur ; c'était, en effet, le lieu de revenir à cette a belle théologie, » comme il dit5, d'éclaircir les mystères de la religion, « selon qu<> l'Eglise les lui enseigne, » et en suivant cette méthode qui « tend à l'unité des esprits dans la science et dans la doctrine 4. » Souvent il laisse échapper l'aveu de son impuissance :
0 Dieu ! mon esprit se confond; je me perds, je m'abîme clans cet océan; mes yeux faibles et languissants ne peuvent plus supporter un si grand éclat.
Pour que cette lumière ne l'aveugle pas, il la regarde « comme réfléchie dans ce beau miroir des Écritures divines 8; » pour ne pas se méprendre sur le sens des Ecritures, il suit « pas à pas » le plus grand des Apôtres et le plus profond de ses interprètes 6 ; sur les points que l'Église n'a pas encore décidés, il a soin de se ranger aux opinions de cette « célèbre école des théologiens de Paris, » dont il se glorifie d'avoir sucé le lait et dont il aime à suivre les intentions avec une docilité toute filiale \ On
I. Préface des Sermons, t. IV, p. lxxxviii, — 2. T. XI, p. i. - 8. Exordedu sermon pour la Trinité. — i. lbid., 2« point. — 5. Ibid. 1« point. — 6. Sermon poiw la Pentecôte, 1" point. — 7. Sermon tur la Conception de la Sainti Vierge, Fin du 1er point.
comprend qu'il serre de près l'expression de sa pensée et affecte quelque dédain pour la « manière des rhétoriciens â, » dans des matières où rien ne supplée à la solidité des principes et à la rigoureuse exactitude du langage.
L'orateur ne respire à l'aise, il n'ose abandonner les rênes à sa pensée que lorsqu'il a épuisé la matière ardue de ses doctes méditations. Alors l'esprit se détend et le cœur parle. Une discussion très serrée et très subtile sur la Conception de la Sainte Vierge se termine par une exhortation à la pureté ; Bossuet, pour entrer en communication plus étroite avec ceux qui Fécoutent, se met lui-même en cause, et fait l'aveu de ses proprés infirmités :
Mes frères bien-aimés, écoutez le narré de ma maladie; vous trouverez sans doute que vous avez à peu près
les mêmes infirmités Blessé dans toutes les facultés
de mon âme, épuisé de force par de si profondes blessures, je ne fais que de vains efforts. Ai-je jamais pris une généreuse résolution, que l'effet n'ait démentie bientôt? Ai-je jamais eu une bonne pensée, qui n'ait été contrariée par quelque mauvais désir ? Ai-je jamais commencé une action vertueuse, où le péché ne se soit jeté à la traverse? Il s'y mêle presque toujours certaines complaisances qui viennent de l'amour- propre, et tant d'autres péchés inconnus qui se cachent dans les replis de ma conscience, qui est un abîme sans tond, impénétrable à moi-même