‹ Bossuet. Préf. de V. GiraudChapitre 32 sur 47 · LA VIE ET L'ŒUVRE DE BOSSUET · texte numérisé non relu

LA VIE ET L'ŒUVRE DE BOSSUET

La vie de ce grand homme, très simple et tout unie, peut se diviser en trois époques, à chacune desquelles se trouve avoir en fait répondu, sinon précisément un aspect nouveau de son génie, du moins des occupations ou des travaux qui ne sont point tout à fait de la même nature, et qui nous le montrent, par suite, sous un jour assez différent. On n'aperçoit d'abord en lui qu'un orateur, le plus grand peut-être qui ait jamais paru dans la chaire chrétienne, plus grand que Chrysostome et plus grand qu'Augustin, le seul homme dont le nom

1. Cet article, le dernier que Brnnetière ait écrit sur Bossuet, n'a paru jusqu'ici qu'en anglais, dans The Calholic Enci/clopedia de iNew-York, dont le directeur, M. Condé B. Pallen, nous a fort aimablement autorisés à reproduire le texte français original. En 1888, Brunetière avait écrit un autre article d'ensemble sur le même sujet pour la Grande Eîicyclopédie. Gomme cet autre article figure déjà dans la 68 série des Études critiques, où l'on pourra aisément le retrouver, il nous a paru préférable de publier ici ces pages presque inédites qui, datant de la dernière année de la vie de l'écrivain, ont véritablement quelque chose de testamentaire.

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puisse être corapart', dans l'art de la parole, à ceux de Cicéron et de Démosthène, 1627- 1670. Nommé précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, il se consacre alors tout entier à cette lourde tftche, pendant plus de dix ans, 1(j70-1()81; ne reparait plus dans la chaire qu'à de rares intervalles; retourne à des études qu'il avait un peu négligées; et compose, pour son élève, les ouvrages dont \e Discours sur l' histoire universelle est demeuré le plus célèbre. Enfin, dans jine^dernière période, 1()81-1704, devenu évêque de Meaux. s'il prend encore quelquefois la parole Hmm des occasions solennelles, — pour ouvrir l'Assemblée du clergé de France, en 1681, ou pour prononcer ÏOraison funrbre du Prince de Condé, en 1687, et s'il prêche régulièrement son troupeau, — c'est surtout le grand controversiste que ses contemporains admirent en lui; le défenseur de la « Tradition » contre toutes les « nouveautés » qui essaient de l'ébranler; l'infatigable adversaire des Jurieu, des Richard Simon, de Mme Guyon, — et à cette occasion, de Fénelon lui-même ; — c'est le théologien de la Providence, et, contraste saisissant, à la veille de la Régence, c'est « le dernier des Pères de l'Kglisg)).

\PREMIÈRE PÉRIODE, 1627-1670l

Il fait ses premières études chez les Jésuites de sa ville natale; les achève à Paris, au collège de Navarre; et, ordonné prêtre, entre en possession de l'archidiaconé de Sarrebourg. au diocèse d«^ Metz, pn MX^i, Partout ailleurs qu'à Metz, et en quelque lieu du monde que ce soit, il eût sans doute été lui-même!

En histoire littéraire, la composition des « milieux » ne rend généralement compte que de la formation des médiocrités. Mais, puisqu'il existait à Metz une communauté juive assez considérable et — en quelque sorte la seule en France qui fôt reconnue par l'État, — et puisque, dans cette région voisine de l'Alsace, les protestants étaient nombreux, et encore ardents, on peut croire que la tendance naturelle de Bossuet à. prendre la religion par le côté apologétique fut encouragée ou fortifiée par ces circonstances. On en trou-

vera la preuve, si Ton le veut, dans ce fait, que le manuscrit de l'un de ses premiers Sermons : sur la loi de Dieu, 1653, porte encore cette mention de sa main : « Prêché à Metz, contre les Juifs »; et dans cet autre faitque le premier ouvrage qu'ilait fait imprimer, est une Réfutation du cathéchisme de Paul Ferr^y, en 1655. Paul Ferry est un pasteur renommé de l'église de Metz. Quoi qu'il en soit, dès que le jeune archidiacre eut commencé de prêcher, sa réputation ne tarda pas à s'étendre, et bientôt, 1656, les chaires

mêmes de Paris se le disputèrent. Aussi peut-on dire que, de 1656 à 1670, il se donne tout entier au minislère de la prédication ; et, en effet, c'est de cette

période que datent les trois quarts des Sermons de lui qui nous sont parvenus, par fragments ou en entier, au nombre d'environ 200, ou un peu davantage. On distingue parmi ces Serinonsj les Sermons proprement dits, les Panégyriques de Saints, et les Oraisons funèbres. Ces dernières sont en tout au nombre de dix. On met encore à part, dans quelques éditions, les Sermons de Vèlure ou de Profession^ dont le plus célèbre est le Sermon prononcé en 1674 pour la Pro-

fession de Mme de la V<dUère\ et les Smnmis pour (>•$ fêles de la Vierge.

Quels sont les caractères essentiels de réloquence de Bossïiet? C'est, en premier lieu, la force, ou, pour mieux dire peut-être, « l'énerKie de la parole » ou du verbe, et j'entends par là tout ensemble la justesse et la précision, la propriélé du lerhie, la nellelé du tour, l'autorité du geste inclus ou inscrit dans la phrase, et généralement, toutes les qualités de l'écrivain français qui, sans doute, avec Pascal, ayant eu le plus d'horreur des artifices de la rhétorique, a, pour celte raison même, le mieux connu les ressources de la prose française. Il n'y a rien, en français, qui soit audessus d'une belle page de Hossuet. Un second caractère de cette éloqu<'uce. c'est ce qu'Alexandre Vinet, quoique protestant, n'a pas craint d'en appeler, dans une lit II de sur Hourdalnue, la profondeur et la portée philosophique.. 11 voulait dire que, tandis que l'illustre jésuite, en ses Sermons, est toujours strictement et visiblement catholique, Bossuel ne l'est pas moins, assurément, mais il excelle de plus à montrer, en dehors même du catholicisme, dans le fond de notre nature, et dans la suite de l'histoire, les raisons péremptoires qu'il y a, sans être catholique, de sentir et de penser catholiquement. Ceux qui voudront vérifier celte opinion de VineHiront les Sermons de Bossuet sur la Mort, sur iAjnOitioUy sur la Providence, sur l'Honneur du Monde, sur nos Dispositions à ièrjard des nécessites de la vie, sur l' Hvxinente diijuih' des Pauvres, sur la Justice^ sur la Soumission à la Loi de Dieu, et même les Sermons pour les fêles de la Vierge. Le Sermon pour la profession de Mme de la

Vallière est encore un bel exemple de ce caractère philosophique de l'éloquence de Bossuet. Enrin,Je troisième caractère de cette éloquence, c'en est le mouvement et la puissance lyrique. Bossuet, le Bossuet des Sermons et des Oraisons funèbres, est un poète, un grand poète ; et il est lyrique par la manière dont il mêle, à l'expression des vérités qu'il développe, celle des émotions personnelles et intérieures qu'excite en lui la contemplation de ces vérités. Elévations sur les Mystères, Méditations sur l'Evangile, ce sont les titres de deux de ses plus beaux ouvrages, où il a comme ramassé, dans sa vieillesse, la substance de ses Sermons. Mais on peut bien dire qu'il n'y a pas un Sermon de lui qui ne soit une Méditation ou une Elévation. Et n'est-ce pas une chose curieuse qu'au début du xix" siècle, ces titres d'Elévations et de Méditations soient ceux que les Lamartine et les Vigny croiront devoir donner à leurs premières poésies? Tels sont les caractères essentiels de l'éloquence de Bossuet, auxquels on en pourrait ajouter facilement bien d'autres, et peut-être de plus « voyants », mais qu'on retrouverait aussi chez d'autres prédicateurs, tandis que ceux que nous venons de dire n'appartiennent qu'à lui.

Cependant la réputation du prédicateur grandissait tous les jours. Deux stations de Carême prêchées devant la Cour, en 1(362 et en 1666, l'avaient surtout mis en lumière, particulièrement la seconde, à laquelle appartiennent quelques-uns de ses plus beaux Sermons. Les protestants, d'autre part, n'ayant pas d'adversaire plus modéré, n'en avaient pas de plus redoutable; et s'il se produisait quelque conversion

éclataote, comme celle de Turenne, on en faisait honneur ou grief à l'abbé Bossuel. Un petit livre de lui, qui courait en manuscrit, sous le titre d'Exposi- ~tion de^ia doctrine de CEglise catholique sur tes ma Hères ds controverse, embarrassa[t les pasteurs plus que ne l'avait fait depuis ciiujuanle ans aucun infolio. La voix publique le désignait pour Tépiscopat. Nous savons d'autre part, — s'il l'a sans doute ignoré lui-même, — que son nom tigurait, depuis 1667, parmi les candidats aux fonctions de précepteur du Dauphin, choisis sur l'ordre du Hoi par les soins de Colberl. Et ù, la vérité, ce n'était pas lui que désignait alors Louis XIV : il lui préférait le président de Périgny. Mais, en 1669, Bossuet^tait nommé évéc[ue de CondoiHk C'est en cette qualité qu'il prononçait, au mois de septembre de la même année, VOraison funèbre d'Henriette^ de France, et qu'il était appelé à prêcher devant la Cour VAvmt de 1669. La tille ayant suivi de près la mère dans la tombe, c'était encore à lui qu'on demandait, en 1670, VOraison funèbre de Madame, Duchesse d'Orléans. C'est sur ces entrefaites que le président de Périgny mourait, tout à fait inopinément, et cette fois le choix de Louis XIV allaitdroit à Bossuct. jlétait nommé précepteur du Dauphin le 5 septembre 1670. et une période nouvelle commençait dans l'histoire de sa vie.

DEUXIEME PERIODE, 1670-i68<

Pour s'appliquer uniquement i'i sa tâche, il se démettait de son évéché de Condom, qu'il ne devait ainsi jamàTs^ voir, et revenait aux études 'proianés

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qu'il avait dû abandonner. H a tracé lui-même, dans sa Lettre au Pape Innocent XI, le prosramme qu'il fit suivre à son royal élève, et on ne peut qu'en admirer l'intelligent « libéralisme ». Mais, tout en dirigeant de près l'éducation du Dauphin, son propre génie achevait en quelque sorte de mûrir lui-même au contact de l'antiquité; ses idées se ramassaient et se précisaient; il prenait possession et conscience de ce qu'on pourrait appeler son « originalité de penseur », il se faisait à lui comme un domaine privé dans le vaste champ de l'apologétique; et c'est alors aussi que, comme d'autres Pères ont été, dans l'histoire de la pensée chrétienne, celui-ci le théologien de l'Incarnation, et celui-là le théologien de la Grâce, il devenait, entre tous, le théologien de la Providence.

Donnons-nous ici un bel exemple de ce que l'on appelle aujourd'hui le développement ou l'évolution d'une vérité dogmatique.L'idée de la Providence fait assurément le fond de la croyance chrétienne, en tout ce qui touche les rapports de l'homme avec Dieu, et^ à ce^égard, on a pu dire que le Discours sur V Histoire Universelle était déjà tout entier dans la Citij dp /Hph. de saint Augustin, ou dans le de Gubernalione Dei, de Salvien. Nous ajouterons volontiers qu'en oe sens large et même un peu vague, il est aussi dans l'Ancieji Testament, et notamment dans le livre de Daniel. Mais cela n'empêche pas que Bossuet ne se soit à son tour approprié cette idée de la Providence; qu'il l'ait faite profondément sienne; et que, sans y rien, « innover », — toute innovation en ce genre lui faisant horreur, — il en ait tiré des conséquences qu'on n'y avait pas vueTjusqu'à îui^L'idée de la Providence,

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dans la thôoloKie de Bossuct, nous apparaît k la fois comme la sancti(^n de la loi morale: — comme la loi même de riiistoirr: — et comme le l'ondt'ment ^\^l rai)(jli>Kéli(iiie.

A. — La sanction de la loi njorale, d'abord, si, ne pouvant jamais agir que sous le regard de Dieu, pas un de nos actes n'est donc indilTérenl, puisqu'il n'en est pas un qui ne nous soit une occasion, et pour mieux dire, une manière de « mériter » ou de « démériter ». C'est du moins sous cet aspect qu'il semble que l'idée de la Providence se soit présentée premièrement h Bossuet, et qu'on la retrouve en quelque sorte éparse ou dilTuse dans ses plus anciens Sermons. Mais puisque rien aussi ne nous arrive qui ne soit un effet de la volonté de Dieu, nous ne devons donc toujours voir dans ce qui nous arrive d'heureux ou de malheureux selon le monde, qu'un chAtiment, une épreuve ou une tentation, dont il nousap|)artient de faire un instrument de salut ou de damnation. C'est ici le mystère de la douleur, et c'est la solution du problème du mal. Si nous ne mettions pas une confiance entière dans la Providence, l'existence du mal et la « prospérité des méchants » ne serait pour l'esprit humain qu'une occasion de scandale; cl si nous n'acceptions pas nos souffrances comme « une vue de Dieu » sur nous, nous tomberions dans le désespoir. Source- de résignation, la confiance dans la Providence, l'est donc aussi d'énergie, et elle gouverne, pour ainsi parler, le domaine entier de l'action morale. Si nos actions sont « morales », c'est en raison de leur conformité ou tout au moins de leur analogie avec les vues de la Providence, et ainsi la

la vie du chrétien n'est qu'une perpétuelle réalisation des volontés de Dieu. Nous « méritons » dans la mesure où nous nous appliquons à les connaître pour les réaliser; et, au contraire, « démériter », c'est proprement, par négligence, orgueil ou entêtement, ne tenir compte ni de la volonté, ni des avertissements de Dieu.

B. — C'est pourquoi l'idée de la Providence est en même temps la loi de l'histoire. Si le fracas des Empires qui « tombent les uns sur les autres » n'exprime pas en effet un dessein de Dieu sur l'humanité, l'histoire, ou ce que l'on appelle de ce nom, n'est plus à vrai dire qu'une chronologie chaotique, dont on s'efforcerait vainement de débrouiller le sens. C'est en ce cas la « Fortune », ou plutôt le « Hasard »,.qui serait le maître des événements; et l'existence de l'humanité ne serait qu'un mauvais rêve ou une fantasmagorie, dont la figure changeante ne saurait nous dissimuler le néant. Nous nous agiterions dans le vide, sans raison et presque sans cause; nos gestes eux-mêmes ne seraient que des simulacres; et, de tant d'efforts accumulés depuis tant de milliers d'années il ne résulterait enfin qu'une conscience tous les jours plus claire de leur inutilité, ce qui serait un autre néant. Et, en effet, pourquoi des Grecs et pourquoi des Romains? A quoi bon Salamine? Actium? PoitiersZ. Lépante? Pourquoi César et pourquoi Charlemagne? Convenons donc franchement que, s'il ne circule pas quelque chose de divin dans l'histoire, elle n'est plus l'histoire. Les nations, comme les individus, ne vivent que de la communicationperpétuelle qu'elles entretiennentavec

Dieu; et, précisément, c'est celle condition de leur existence qu'on nomme du nom de Providence. L'hypothèse de la Providence est la condition de possibilité de l'histoire, comme l'hypothèse de la stabililé des lois de la nature est la condition de possibilité de la science. Et, après en avoir fait la sanction de la morale, c'est ainsi que nous nous trouvons amenés à en Taire maintenant le fondement de l'apologétique.

C. — Car, s'il y a en fait plus d'un chemin qui mène à Dieu, ou, en d'autres termes, plusieurs moyens d'établir la vérité de la religion chrétienne, il n'y en a pas, aux yeux de liossuet, de plus démonstralif que ce qui est à la fois la plus haute expression et le résumé de l'histoire de l'humanité, c'est-à-dire « la suite même de la religion », ou « le rapport des deux Testaments »; et, d'une manière plus objeclive, la manifestation visible de la Providence dans l'établissement du christianisme. C'est la Providence qui, du peuple juif a fait un peuple à part, un peuple unique, le peuple élu, chargé de maintenir et de défendre à travers les siècles païens, contre le prestige d'une idolâtrie qui consistait essentiellement dans la divinisation des énergies de la nature, le culte du vrai Dieu. C'est elle qui, par le moyen de l'unité romaine et de son extension à l'univers connu, a rendu non seulement possible, mais facile et presque nécessaire la conversion du monde au christianisme. C'est elle, toujours, qui du désurdre des invasions barbares, a dégagé la figure du monde moderne, et, sous la loi du Christ, réconcilié les deux antiquités. On comprendra toute l'importance de ces vues de Bossuel, — puisque nous ne faisons ici que

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résumer le Discours sur VHistoire Universelle, — si l'on prend garde que, de nos jours, quand ils ont voulu nous raconter à leur manière les origines du christianisme, les Strauss et les Renan n'ont rien trouvé de plus ni d'autre; et tout leur artifice a été de conclure que les choses se sont passées dans la réalité de l'histoire comme si quelque volonté mystérieuse avait de toute éternité proportionné les effets et les causes. Mais la vérité vraie, c'est que le christianisme « s'est prouvé » en se propageant. Si l'action de la Providence est évidente quel^que part, c'est dans la suite de son histoire! Et quoi de plus naturel, en de semblables conditions, que de faire de son histoire la démonstration de sa vérité?

11 convenait d'insister sur cette idée de la Providence, qui est, en quelque sorte, « la pièce maîtresse » de la théoliigie de Bossuet. 11 a d'ailleurs écrit d'autres ouvrages que son Discours, pour l'éducation du Dauphin, et notamment son Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même et sa Politique tirée des propres paroles de VÉcriture Sainte, qui n'ont paru qu'après sa mort : la Politique en 1709, et le Traité en 1722. On rapporte encore à la même origine le Traité du Libre arbitre et le Traité de la concupiscence, également posthumes. Mais on se trompe certainement, et ces deux écrits, qui contiennent quelques-unes des plus belles pages de Bossuet, n'ont pas été faits pour son royal élève, lequel sans doute n'y eût rien compris. Â-t-il seulement compris le Discours sur l'Histoire Universelle? Et à ce propos, on s'est demandé si, dans son rôle de « précepteur », Bossuet n'avait pas manqué à la première de ses obligations, laquelle

eût, dit-on, été, de s'accommoder lui-môme à Tintelligence de son élève? Nous répondrons ici, sans vouloir examiner le fond de la question, quil ne s'agissait pas d'une éducation ordinaire, mais de celle d'un futur roi de F'rance, et que, par conséquent, la première obligation qui s'imposait à son précepteur était de le traiter en Roi. C'est d'ailleurs ainsi que dans nos Universités, nous voyons que nos professeurs ne M subordonnent » point le caractère de leur enseignement k la capacité de leurs élèves, mais aux exigences de ia science qu'ils enseignent. Et nous ajouterons qu'au surplus, le Dauphin nayant pas régné, personne, en vérité, ne peut dire dans queUe mesure il avait ou non profité d'un précepteur tel que Bossuet.

L'éducation d'un prince se terminait ordinaircjiient, et assez naturellement, au mariage de ce prince. Les fonctions de liossuet comme précepteur prirent donc fin en 1681. Il avait été nommé évéque de Meaux ; on le fit i< Aumônier de la Dauphine », ce qui n'était d'ailleurs que conforme aux usages ; et le Roi l'honora du titre de son « conseiller en tous ses conseils ». On nous permettra de faire observer que ce n'était là qu'un « titre » d'honneur; et il n'en faudrait pas conclure, comme on l'a semblé faire quelquefois, que Bossuet ait u siégé » et « opiné » dans ce que l'on appelait, par exemple, le Conseil des dépêches, qui était le Conseil des ail'aires étrangères, ou dans le « Conseil du Roi » proprement dit, qui s'occupait des affaires intérieun-s. .Mais, au cours de son préceptorat, et indépendamment de tout accès aux Conseils, son autorité n'en était pas moins

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devenue considérable à la Cour, et auprès de Louis XIV en particulier. Personne, dans le clergé français, n'était dès lors plus en vue que lui, aucun prédicateur ni aucun évêque. Il n'avait donc pas à craindre qu'après avoir achevé l'éducation du Dauphin, la besogne fît défaut à son activité. Et en effet, la dernière époque de sa vie allait en être la plus remplie. '

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