SYSTÈMES ET MÉTHODES
dont les usages physiologiques , d'une bien plus haute valeur que ceux des autres parties de la fleur, pouvaient être considérés comme une découverte encore récente. Linné, d’ailleurs, sut lier cette innovation à plusieurs autres d'une grande importance : il fit disparaître la confusion qui résultait de la multitude des variétés, qu'il réduisit ainsi que les espèces douteuses à celles qu'il savait nettement circonscrire. Il diminua aussi le nombre des genres, et compléta leur signalement par l'emploi des étamines et de certaines parties du pistil. Mais surtout, grâce à des lois qui sont encore et resteront probablement en vigueur, il introduisit une admirable réforme dans la langue et la nomenclature botanique , en définissant rigoureusement chacun des termes destinés à exprimer toutes les modifications d'organes qu’il devait employer comme caractères, et en réduisant l’appellation de toute plante à deux mots : le premier, substantif , qui désigne son genre ; le second, adjectif, qui désigne son espèce. Avant lui, chaque genre portait bien un nom unique ; mais, pour l’espèce, ce nom devait être suivi d’une phrase entière récapitulant tous ses signes distinctifs ; plus il y avait d’espèces dans un genre, plus il fallait de signes pour les distinguer entre elles; les phrases, s’allongeant ainsi par les progrès mômes de la botanique, surchargeaient la mémoire au delà de ses forces et embarrassaient le discours, au milieu duquel la mention d’une plante venait à chaque instant jeter toute une phrase incidente. C’était la confusion qui s’introduirait dans la société et dans le langage si, au lieu de distinguer chacun par un nom de famille et un nom do baptême, on supprimait le second en y substituant l’énumération de plusieurs qualités distinctives de la personne. La nomenclature linnéonne déchargea donc la mémoire au profit d autres facultés et dégagea l’allure de l’idiome botanique. Les ouvrages où la série des plantes se trouvait exposée suivant son nouveau système devaient donc, offrant à la fois tous ces avantages, obtenir dès leur apparition une vogue presque universelle. C’est ce qui arriva. La réforme fut adoptée de tous les côtés et dans tous ses points : le système do Linné détrôna tous les autres et régna jusqu’à la lin du dix-huitième siècle presque sans contestation, si ce n’est de la part de quelques esprits plus retardés ou, au contraire, plus avancés que la généralité. On y classa toutes les plantes nouvelles à mesure qu’on les découvrait, et les tableaux du règne végétal continuèrent à s’agrandir sans qu’on consentit à changer les cadres. Comme on possède un nombre considérable d’ouvrages rédigés suivant le système de Linné et môme de nos jours ; comme à cause de la nomenclature binaire, dès lors adoptée, ils sont consultés fréquemment et facile ment, comme, au contraire, la plupart des ouvrages antérieur* .
écrits dans une langue qui n’est plus l'usuelle, ne le sont rarement et n’ont conservé, pour la plupart, qu’un intérêt historique, nous avons dû omettre les autres systèmes que l'élève n’est pas obligé de connaître. Mais il doit se familiariser avec celui de Linné, et nous devons l'exposer ici avec plus de détail.
§ 509. On est habitué à définir ce système comme fondé sur le nombre des étamines , mais tout à fait à tort , puisque Linné , tout en choisissant dans ces organes ses principaux caractères, a égard en premier lieu à d’autres considérations : celle de leurs rapports avec le pistil, séparé des étamines dans une fieur différente, ou rapproché dans la même fleur ; celle de leurs rapports entre elles, soit d’adhérence par les filets ou par les anthères, soit de grandeur. Le nombre absolu ne vient qu’ensuite, c’est-à-dire au cinquième ou sixième rang. C’est, au reste, ce que le tableau suivant fera connaître d’un coup d’œil.