R H H PL
Nous avons déjà eu occasion, au chapitre de la ileur et des étamines, de faire connaître tous ces noms, qui, au reste, se trouvent définis ici par le tableau même.
§ 510. Les 24 classes ainsi obtenues sont subdivisées ensuite chacune d’après d’autres considérations puisées soit dans les étamines, soit dans les pistils. Ainsi, dans les 1 6e, 17e, 18e, 20e, 21e, 22e classes, nous voyons reparaître le nombre absolu des étamines pour fournir des divisions secondaires: la monnclelphie décandrie, par exemple, comprendra les plantes qui offrent dix étamines réunies entre elles par leurs fdcts; la gynandrie hexandrie , celles qui offrent six étamines portées sur le pistil; la diœcie pentandrie , celles dont les fleurs à cinq étamines sont dépourvues de pistils qu'on ne trouve que dans d’autres fleurs non staminifères et placées sur un individu différent. La23*classe, d’après la distribution des fleursdetrois sortes sur un même individu ou sur deux ou trois différents, se subdivise elle-même en polygamie monœcie , diœcie, triœcie. La 1 9e, dont les fleurs, réunies dans un même capitule, offrent cinq combinaisons possibles de fleurs hermaphrodites, mâles, femelles et neutres, se partage en plusieurs polygamies. Quant aux quinze premières classes, où le nombre absolu des étamines libresa déjà été employé, l’auteur, pour les subdiviser, a recours à des considérations tirées du fruit, court ou allongé dans la 1 5e, monosperme ( gymnospermie ), ou polysperme ( angiospermie ) dans la 14e; et, dans toutes les autres, du nombre des styles, qui, simple, double, triple, multiple, donne les sections appelées monogynie , digynie, trigynie ..., polygynie: par exemple, le Cerfeuil, qui a cinq étamines libres et deux styles distincts, se trouvera dans la pentandrie digynie.
§ 5M . Ce système a un défaut que tous ceux qui l’avaient précédé offraient aussi plus ou moins : l'espèce composée d individus ressemblants entre eux par l’ensemble de leurs caractères était désignée par la nature elle-même. En formant le genre de plusieurs espèces liées entre elles par une ressemblance générale, on avait encore suivi l’indication de la nature: mais on 1 abandonnait a partir de là, puisque, pour réunir un certain nombre de genres en une classe, ou en tout autre groupe (quelque nom qu on lui donnât), on n'avait égard qu’à un petit nombro de traits de ressemblance, le plus souvent assez insignifiants ; de sorte qu il n existait pas un lien naturel , un rapport essentiel entre ces genres ainsi rapproches. Montrons-le par quelques exemples pris dans ce système do Linné : une plante a six étamines égales et un seul style ; elle devra donc prendre place dans l' hexandrie monogynie , (pii se trouvera ainsi comprendre le Jonc auprès de l' Epine-vinette. Or, il ny a aucun rapport entre ces deux plantes, pas plus qu entre le Riz et 1 A ira-
pliaxis, qui se rapprochent dans la digynie ; entre I Oseille, le Colchique et le Ménisperme, qui se rapprochént dans la trigynie; pas plus qu'entre la Vigne et la Pervenche dans la pentandrie monogynie; entre la Carotte et le Groseillier dans la pentandrie digynie, etc. Pourquoi cela? Parce que Linné avait eu égard, pour réunir entre eux tous les Groseilliers, à un ensemble de caractères tirés de toutes les parties de la plante; tandis que, pour les rapprocher dans une môme classe du genre Carotte, il n’a eu égard qu’à la présence des cinq étamines et des deux styles, rapports qui ne se lient à aucun autre et peuvent se trouver entre une foule déplantés essentiellement différentes.
Le système de Linné est donc fondé sur des lois arbitraires ; c’est un arrangement conventionnel , une sorte d’artifice par lequel les plantes se disposent assez commodément en un certain nombre de cadres, où il était facile d’aller les trouver tant qu’on n’en connaissait pas encore une très grande quantité. De là le nom de système artificiel qu’on a donné à celui de Linné, ainsi qu’à tous ceux qui ont, comme lui, groupé les genres d'après un petit nombre, et non d’après l’ensemble des rapports, et qui, se proposant pour but la distinction de ces genres plutôt que leur connaissance intime, insistent beaucoup sur leurs différences, peu sur leurs ressemblances.
§ül2. Un système qui présenterait les différents genres liés entre eux comme les espèces le sont dans un mémo genre, les individus dans une mémo espèce, devrait suivre un procédé précisément contraire. Il devrait rapprocher les genres qui ont le plus grand nombre de rapports l’un avec l’autre, et par conséquent employer non pas quelques caractères seulement, mais tous les caractères à la fois ; et s’il parvenait à représenter fidèlement dans son arrangement tous ces rapports, il serait l’expression de la nature môme. De là le nom de méthode naturelle , par lequel on distingue un pareil système de ceux que nous venons do désigner comme artificiels. De ceux-là on peut en inventer à l’infini, puisque, d’après chaque organe et d’après chaque point de vue sous lequel on le considéré, on peut établir autant de ces systèmes. Mais il ne peut y avoir qu’une méthode naturelle qui ne dépend pas des botanistes, qu'ils peuvent découvrir, et non faire. Il y a eu beaucoup d’essais différents de celte méthode : il nous reste à exposer comment ils ont procédé pour arriver à leur but et quels sont ceux qui paraissent s’en approcher le plus, et ont réuni l’assentiment de la majorité des botanistes.
On peut conclure de ce qui précède que, pour grouper les genres entre eux, il fallait qu'on fît une opération analogue à celle qui avait été faite pour grouper les espèces entre elles, s’attacher à rechercher leurs rapports et à rapprocher les genres qui en offraient la plus grande somme; qu’au moyen de ces unités, nommées genres, en réunissant ceux qui se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent à tous les autres, on composât de nouvelles unités d’un ordre plus élevé. Ce sont ces collections naturelles de genres qu’on appelle des familles, terme heureux imaginé par un botaniste français, Magnol.
§ 51 3. L’établissement de la méthode naturelle reposait donc sur celui de familles dignes de ce nom. Linné, qui en comprenait le besoin, et qui était doué d’un jugement trop sain, d’un tact trop exquis pour ne pas sentir les défauts de son propre système, tenta, sous le titre de Fragments de la méthode naturelle, un autre essai de classification où les genres se trouvaient distribués en familles; mais ce fut une simple liste de noms, sans explication qui pût faire connaître les principes par lesquels il s’était laissé guider, et probablement il suivit plutôt les inspirations d'un heureux génie et d’une expérience consommée que des lois bien arrêtées. Un botaniste français du même temps, Bernard de Jussieu, essaya de son côté dans la plantation du jardin botanique de Trianon, une classification naturelle ; mais, pour en deviner les bases, on fut de même réduit k un simple catalogue, sans autre éclaircissement. Un peu plus tard un autre Français, Adanson, publia des familles de plantes, et le premier traça les caractères de ces familles, en développant les principes qui avaient présidé k leur formation. 11 avait commencé par établir un grand nombre do systèmes, sur chaque partie de la plante et sur les principales modifications de ces parties ; chacun de ces systèmes constatait certains rapports entre certaines plantes. Un les comparant entre eux, on pouvait évaluer la somme de ces rapports entre deux plantes données, et le système naturel général était le résultat de tous ces systèmes partiels. Mais si avec beaucoup do raison il avait employé concurremment tous les caractères des plantes pour les classer, il avait ou le tort do les employer tous à peu près au même titre, et souvent la somme des rapports ainsi calculée se trouva fausse comme le serait une somme do monnaies qu on prétendrait évaluer, en ayant égard seulement au volume et non au métal des pièces. Aussi, nous ne voyons pas que ces diverses tentatives do méthode naturelle , quoique faites par d aussi grands maîtres, aient exercé une influence dirccto sur la marche de la science.
§ ol 4. Il n’en fut pas ainsi de celle qu’un quart de siècle plus lard proposa Antoine-Laurent de Jussieu , neveu de Bernard ; car après qu’eut paru (en 4 789) l'ouvrage fondamental où il exposait les caractères de tous les genres alors connus, disposés en familles naturelles, la classification nouvelle qui s’y trouvait établie et expliquée s'étendit dans le monde savant par un progrès lent et continu, et se substitua peu à peu aux systèmes antérieurement suivis. Ce fut pour la méthode naturelle un code de lois claires et précises , au lieu des oracles un peu vagues et incompris auxquels s étaient aiv rètés Linné et Bernard ; et l’assentiment général leur donna une sanction qui a toujours manqué à celles d’Adanson. Expliquons-en la cause.
A.-L. de Jussieu admit, comme Adanson, que l’examen de toutes les parties d’une piante est nécessaire pour la classer ; mais, tout en poursuivant cet examen complet, il ne chercha pas à en déduire théoriquement la coordination des genres , et pour les grouper en familles, il imita les procédés suivis pour la formation des genres eux-mêmes. Les botanistes, frappés parla ressemblance complète et constante de certains individus, les avaient réunis en espèces; puis, d’après une ressemblance également constante, mais beaucoup moins complète, avaient réuni les espèces en genres. Les caractères qui peuvent varier dans une môme espèce doivent dépendre de causes placées hors do la plante et non on elle-même, par exemplo sa taille, sa consistance, certaines modifications de forme et de couleurs, etc., qu’on voit changer avec le sol, le climat, et sous d’autres influences purement circonstancielles. Les caractères spécifiques, au contraire, ceux que doit présenter tout individu pour être rapporté à certaine espèce, quelles que soient les circonstances où il se trouve, doivent tenir à la nature même de la plante. Parmi ces caractères, il y on a plusieurs plus solides cncoro quo les autros, moins sujets à varier d’une plante à uno autre : ce sont ceux qui , se retrouvant dans un certain nombre d’espèces , leur impriment une ressemblance assez frappante pour qu’on en constitue un genre. Ceux-là auront donc par leur généralité plus de valeur quo les spécifiques , et les spécifiques plus que les individuels. Mais comment est-on parvenu à estimer ces différentes valeurs? La nature ellemême avait indiqué à l’observateur les espèces et beaucoup de genres par les traits de ressemblance dont elle marque certains végétaux; mais au delà des genres ce fil conducteur manquait , puisque tous les botanistes, ii peu près d’accord jusqu’à ce point , se séparaient plus loin pour suivre chacun uno route différente. Cependant il y a plusieurs grands groupes de végétaux liés entre eux par des traits d'une ressemblance tellement évidente, qu’elle n’avait
échappé à aucun et qu’il n’est pas besoin d’étre botaniste pour la reconnaître. Outre ces traits communs à toutes les espèces d’un de ces groupes, il y en a qui ne sont communs qu’à un certain nombre d’entre elles, de telle sorte qu’il peut être subdivisé en un grand nombre de groupes secondaires. Ceux-ci avaient été reconnus comme genres par les botanistes. On avait donc déjà quelques collections de genres évidemment plus semblables entre eux qu’ils ne l’étaient à ceux de tout autre groupe , ou , en d’autres termes, quelques familles incontestablement naturelles. Jussieu pensa que la clef de la méthode naturelle était. là ; puisqu’en comparant les caractères d'une de ces familles à ceux des genres qui la composent, il obtiendrait la relation des uns aux autres ; qu’en en comparant plusieurs entre elles, il verrait quels caractères, communs à toutes les plantes d’une même famille, varient de l’une à l’autre ; qu'il arriverait ainsi à l’appréciation delà valeur de chaque caractère, et que cette valeur, une fois ainsi déterminée au moyen de ces groupes si clairement dessinés par la nature, pourrait être à son tour appliquée à la détermination de ceux auxquels elle n’a pas aussi nettement imprimé ce cachet de famille, et qui étaient les inconnues de ce grand problème. 11 choisit donc sept familles universellement admises : celles qu’on connaît sous les noms de Graminées, Liliacées, Labiées, Composées, Ombellifères, Crucifères et Légumineuses. 11 reconnut que la structure de l'embryon est identique dans toutes les plantes d’une de ces familles; qu’il est monocotylédoné dans les Graminées et les Liliacées, dicotylédoné dans les cinq autres ; que la structure do la graine est identique aussi ; l’embryon monocotylédoné , placé dans l’axe d’un périsperme charnu chez les Liliacées, sur le côté d'un périspormo farineux chez les Graminées; l’embryon dicotylédoné , au sommet d’un périsperme dur et corné chez les Ombellifères , dépourvu de périsperme chez les trois autres; que les étamines, qui peuvent varier par leur nombre dans une même famille, les Graminées, par exemple, ne varient pas en général par leur mode d’insertion, hypogvne dans les Graminées, dans les Crucifères ; sur la corolle dans les Labiées et les Composées ; sur un disque épigynique dans les Ombellifères. Il obtenait ainsi la valeur de certains caractères qui ne devaient pas varier dans une même famille naturelle. Mais au-dessous de ceux-là s’en trouvaient d’autres plus variables qu’il chercha à apprécier de même , soit par l étude d autres familles indiquées par la nature même, soit dans celles qu’il formait en appliquant ces premières règles et plusieurs autres également fondées sur l’observation. Nous ne pourrions le suivre ici dans les détails de ce long travail , duquel résulta l’établissement do cent familles comprenant tous les végétaux alors connus.
§ 515. On voit dans tout ce qui précède l’emploi d un principe qui avait échappé à Àdanson : celui de la subordination des caractères, qui, dans la méthode de Jussieu, sont, suivant sa propre expression, pesés et non comptés. Ils sont considérés comme ayant des valeurs tout à fait inégales: de telle sorte qu’un caractère du premier ordre équivaut à plusieurs du second, un de ceux-ci à plusieurs du troisième, et ainsi de suite. Cette valeur est déterminée par l’observation et l’expérience ; et, à mesure qu'elle s’abaisse, elle est de moins en moins fixe. Pour me servir d une comparaison familière employée plus haut, celle de monnaies de métal différent avec les divers caractères qui doivent par leur réunion composer une certaine somme de rapports entre les plantes d’une même famille, les pièces d'or auraient un taux invariable, plus que celles d’argent ; et celles de cuivre vaudraient un peu plus ici, là un peu moins, destinées en quelque sorte à fournir l’appoint de cette somme où la monnaie d’un métal plus précieux forme le principal et est seule rigoureusement contrôlée.
§ 516. L'importance de la subordination des caractères résulte surtout d’une considération que nous n’avons pas fait valoir encore, mais qui ressort nécessairement de cette combinaison de plusieurs caractères dans chaque famille. C’est qu’un caractère d’un ordre supérieur en entraîne à sa suite un certain nombre d’un ordre différent, et en exclut, au contraire, un certain nombre d’autres ; do sorte que l’énonciation puro et simple du premier suffit pour faire préjuger la coexistence ou l’absence de ces autres, et qu’une partie de l'organisation d’une plante est annoncée d’avance par un seul point qu’on a su constater, ce qui abrège et simplifie merveilleusement les recherches et le langage. Ainsi, par exemple, nous avons vu, presque à chaque chapitre do cet ouvrage, que l'absence ou la présence des cotylédons, leur unité ou leur pluralité so manifestent presque dans toutes les parties do la plante, qui présentent des différences profondes et frappantes suivant que son premier germe s’est montré différemment constitué sous ce rapport. Lorsque nous disons qu’une plante est monoeotylédonée ou dicotvlédonée, ce n'est donc pas ce simple fait que nous énonçons, mais un ensemble de faits; nous avons une idée de l’agencement général des organes élémentaires dans ses tissus, de la manière dont elle germe et se ramifie, de la structure et la nervation de ses feuilles, do la symétrie doses fleurs, etc., etc. De tel caractère secondaire, nous pouvons de même en déduire plusieurs autres d’un ordre supérieur, égal ou inférieur : dire que la corolle est monopétale, c’est dire que la plante qui en est pourvue est dicotylédonée, que les étamines sont insérées sur la corolle en nombre défini égal nu
inférieur à celui de ses divisions. La connaissance de tous ces rapports constants entre les différentes parties, cpii permet de conclure de la partie au tout comme du tout à la partie, est la base de la méthode naturelle; et, si cette connaissance était parfaite, on pourrait dire que la méthode est la science elle-même, puisque la place qu elle assignerait à chaque plante résumerait son organisation, et que de son organisation dépend toute sa manière de vivre. Aussi voyons-nous qu'en général dans une famille vraiment naturelle règne un grand accord de propriétés économiques ou médicales entre les plantes qui la composent: ce qui doit peu étonner, puisque la similitude d’organes doit y entraîner celle des produits. Cotte vérité donne à la méthode naturelle un grand avantage sous le point de vue d’utilité pratique.
§ 517. Classes. — Les familles une fois constituées, il s'agissait de les coordonner entre elles de manière à rapprocher à leur tour celles qui se ressemblent le plus et éloigner celles qui se ressemblent le moins. Le procédé suivi pour le groupement des genres s'offrait naturellement; les caractères communs à plusieurs familles à la fois permettaient d’en réunir plusieurs en groupes plus élevés, et la subordination des caractères établie indiquait dans quel ordre ils devaient être employés. Celui de l’embryon marchait évidemment en avant de tous les autres, et partageait le règne végétal en trois grands embranchements : les Acotylédonées, Monocotylédonées et Dicotylédonées. Après ce caractère fondamental, mais bien au-dessous de lui, A.-L. do Jussieu plaça l'insertion des étamines, hypogvne, périgyno ou épigyne. Mais, dans les Dicotylédonées, ces étamines so soudent par leurs filets avec la corolle lorsqu’elle est monopétale ; de manière que dans ce cas leur insertion, au lieu d’avoir lieu immédiatement sur le torus, sur le calice ou sur l’ovaire, ne s’y fait que par l’intermédiaire de la corolle, naissant à l’un de ces trois points. Le caractère de la corolle ainsi lié à colui de l’insertion marche de pair avec lui. L’insertion n’est que l’expression de la situation relative des doux ordres d’organes de la lleur, des étamines, par rapport au pistil, dans uno même enveloppe. Mais, s’ils sont séparés sur des fleurs différentes, cette relation n’a pas lieu, et c'est le fait même de leur séparation qu’il faut exprimer. Telles sont les principales considérations d après lesquelles les familles furent distribuées en 15 (lassos que voici résumées par un tableau (pii les fera plus facilement comprendre. Les termes employés dans les premières colonnos ont été précédemment définis (§§ 299, 308, 309) ; ceux de la dernière ont été proposés à une époque plus récente, pour pouvoir désigner chaque classe plus commodément.
MÉTHODE DE JUSSIEU