CLEF DE LA MÉTHODE D’A.-L. DE JUSSIEU
â COTYLEDON £5 .
Mosocotyledones.
Dicotylé-
dones.
apétales. —
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i soudées epigynes. cntrcdlcs Anthères )
distinctes.
/"épigynes 12
< hypogyncs 13
(périgynes 14
acotylédoncs / 502-526.
monohypogynes /. 531 ■ monopérigynesy. 546.
mono-épigynesy. 551-555.
épistaminées f. 599.
péristaminées/. 607-612.
hypostaminées f. 616.
hypocorollées/. 678.
péricorollées f. 722.
épicorol’.ées synanthères f. 730.
épicorollées corisanthères /. 716.
épipétalées/. 674.
hypopétalées f. 634-612. péripétalées f. 663.
diclines /. 558-592.
§ 518. Il y a donc deux parties distinctes à considérer dans la méthode de Jussieu: 1° le groupement des genres en familles; 2° la coordination de ces familles en classes et leur série. C’est presque toujours cette division en classes, telle qu’elle est indiquée par le tableau précédent, que les livres élémentaires se contentent de présenter sous le nom de cette méthode, quoiqu’elle ne soit seulement que la partie la moins importante de ce grand travail. Le grand pas vers l’établissement de la classification naturelle, c’était celui de familles qui méritassent ce nom,' et c’est ce qu’exécuta A.-L. de Jussieu. Il semble lui-même avoir signalé cette distinction dont nous parlons par le titre do son ouvrage, qui annonce les genres disposés en familles naturelles suivant une méthode employée au jardin do Paris (Généra planlarum sccundùm ordines naturelles jnxla melhodum in horto regio Parisiens i exaratam). Il appliquait 1 l'épithète aux familles et non à la méthode tout entière. Mais en exposant le premier les grands principes qui doivent présidera la classification non seulement des plantes, mais do tous les êtres organisés; en donnant, parles familles dans lesquelles il distribuait tous les végétaux, une base solido en même temps qu'un modèle it la science, il avait fait assez pour qu’on pût dater do ce moment la fondation do la méthode naturelle, cpii dés lors no fut plus à découvrir, mais à perfectionner.
Ses familles ont été toutes conservées, avoc les seuls changements qu’amène nécessairement le progrès de là science, soit en apprenant à connaître à fond des plantes qui n’étaient connues
qu'imparfaitement, soil en en faisant découvrir un grand nombre de nouvelles, pour lesquelles il faut ou former des cadres nouveaux ou élargir les anciens. Mais, dans ces cas, si les limites conventionnelles changent, les rapports réels ne changent point, pas plus, par exemple, que ceux de divers points dans une étendue de pays qui , de province unique, serait scindée en plusieurs départements.
Quant à la coordination des familles, elle a été souvent attaquée et modifiée, non pas dans sa division fondamentale, admise universellement, mais dans ses divisions secondaires, tirées de l'insertion des étamines. On leur a reproché d’admettre beaucoup d'exceptions, de contrarier plusieurs rapprochements naturels, et d’en amener qui ne le sont pas. Ces reproches sont souvent justes; mais cependant, quoique plus d’un demi-siècle se soit écoulé depuis cette classification, et que bien des essais aient été tentés pour en substituer une meilleure, nous ne voyons pas qu'on ait jusqu’ici trouvé beaucoup mieux, rien du moins que justifie l’adoption de la généralité des botanistes.
§ 619. De Candolle, qui a le premier appliqué la méthode naturelle à l'ensemble des plantes d'un grand pays, la France, et, plus tard, à l’universalité des espèces végétales, a suivi, dans la série des familles, un ordre qui ne s'éloigne pas essentiellement de celui de Jussieu. En effet, séparant les Dicotylédonées en thalamiflores, qui répondent précisément aux hypopétalées ; calyciflores , qui répondent aux péripétalées ; c orolliflores, qui répondent aux monopétales, et monochlamyilées , qui répondent aux apétales, il se trouvo avoir suivi les règles tirées de la corolle et do ses insertions, et ne diffère qu’en ce que les deux dernières de ces grandes classes en comprennent chacune plusieurs.
§ 620. D’autres auteurs se sont éloignés davantage do cet ordre. Mais tous, du moins tous ceux qui méritent quelque autorité, sont d’accord sur la première division du règne végétal en grands groupes dont la structure de l’embryon résume les caractères, et a peu près sur la dernière division en ces groupes plus petits que nous avons nommés familles. Ce n est que sur les divisions intermédiaires que portent les dissidences. Nous n'avons pas à nous en occuper jusqu'à ce qu’elles cessent, et. que, soif par la connaissance d’éléments qui nous manquent encore, soit par quelque heureux oll'ort d’un génie auquel se découvre une base jusqu ici inconnue, nous voyions s’établir une classification qui rallie toutes les opinions et commande les convictions. Elle sera pour la coordination des familles entre elles ce qu'a été l'établissement des familles ellesmêmes pour la coordination des genres. Ce sera le second cl dor-
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nier grand pas dans la marche de la méthode naturelle appliquée au règne végétal.
Mais le premier était peut-être de beaucoup le plus important; car, malgré la multiplication des familles, leur nombre n’est pas tel que la mémoire ne puisse retenir leurs traits distinctifs, surtout par le secours qu’elle reçoit de leur première division en trois grands embranchements. Le but évident de la méthode est de nous faciliter la reconnaissance complète des végétaux divers, en substituant à ces unités naturelles, qu’on appelle espèces ou genres, et qui dans leur multitude, rie peuvent être toutes à la fois présentes à la mémoire la plus heureusement douée, d’autres unités d'un ordre plus élevé , en nombre assez limité pour que leur connaissance simultanée n’excède pas les forces de l’esprit humain. C'est ce qu'a fait l’établissement des familles. Sachant qu’une plante appartient à telle ou telle famille, nous avons déjà des notions sur tous les principaux points de son organisation et sur ses rapports avec le reste des végétaux. Toutes les fois que nous avons besoin d’en trouver de plus étendus, nos recherches, ainsi resserrées dans un cercle plus étroit, deviennent plus promptes et plus faciles ; de là les progrès incontestables qu’a faits la botanique depuis que les familles ont remplacé d’autres systèmes dont les groupes secondaires, réunissant des végétaux par un seul point de leur organisation, n’en représentaient qu’un seul trait souvent insignifiant. De là cette assertion émise plus haut : que le grand pas vers la découverte do la méthode naturelle a été l’établissement de familles dignes de ce nom et du principe de la subordination des caractères.
En constatant ce titre do gloire du nom que j’ai l’honneur do porter, je crois avoir été mû par le sentiment do la justice autant que par un sentiment filial. Il importait d’aillours de bien pénétrer l'esprit des élèves do cotte vérité: que l’œuvro do Jussieu n’est pas dans le court tableau qu'on leur présente comme son résumé ; qu’elle resterait intacte même en le réformant ou en lo rejetant et que, tout en so le rendant familier, ils doivont aller au delà s’ils veulent avoir une idée nette de la méthode naturelle. La connaissance des familles est sans doute trop vaste et demande uno trop longue étude pour qu’ils puissent l'acquérir complètement; mais il est bon qu'ils en étudient quelques unes avec soin, qu’ils so pénètrent bien de cet ensemble de caractères qui les constitue. Alors ils pourront, par analogie, juger des autres, et comprendre nettement ce qu’on entend par famille.
S 1 ,iCS bornes do cet, ouvrage no nous permettent pas de les exposer toutes, mémo brièvement. Nous nous contenterons donc d'une suite fie tableaux propres à faire saisir leurs principaux ra-
ractères. Mais parmi toutes ces familles, nous en choisirons, en outre, quelques unes que nous décrirons avec un peu plus de détail, quoique le plus succinctement possible. Ce seront les plus importantes ou celles qui, présentant quelque point d’organisation peu commun ou exceptionnel, nous donneront l’occasion, en les signalant, de compléter les notions plus générales auxquelles nous avons dû nous borner dans le cours de l’exposition précédente. Nous entrerons aussi dans quelques détails sur celles qui se font remarquer par quelques propriétés particulières, par des produits soit utiles à l'industrie, à l’économie ou à la médecine, soit au contraire nuisibles.
§ 522. D'après toutes les considérations qui ont été présentées plus haut, dans l’exposition de toutes les familles du règne végétal, nous adopterons encore les grandes divisions établies par A. -L. de Jussieu, de préférence à celles qu’on a plus récemment proposées, parce que celles-ci ne reposent pas encore sur des règles fixes, et que, malgré le mérite quelles peuvent avoir si on les considère une à une, il manque encore à leur ensemble ce lien systématique au moyen duquel le commençant peut les comprendre facilement et les fixer dans sa mémoire. Nous ne croyons pas néanmoins devoir suivre strictement l'ordre suivant lequel elles ont été primitivement rangées, et il nous reste à expliquer les considérations nouvelles d’après lesquelles cet ordre nous semble devoir être interverti dans quelques unes de scs parties.
Jussieu, dans l'exposition de ses familles, a sagement procédé du simple au composé, commençant par les Acotylédonées et finissant par les Dicotylédonées. La vérité de cette progression a été généralement admise, non parce que la duplicité do cotylédons est plus complexe que l’unité, et leur unité que leur absence complète, mais parce que, considérés dans toutes leurs parties, les végétaux acotylédonés sont évidemment plus simples que les colylédonés, les monocotylédonés que les dicotylédones : c’est ce qui ressort de l'examen de tous les organes, et nous n’avons pas besoin d’en donner ici les prouves, qui ne seraient que des répétitions do ce que nous avons eu l'occasion d'exposer déjà à l’article de chacun de ces organes. Cet ordre ne peut donc jusqu'à présent être sujet à aucune objection. Los Dicotylédonées étaient partagées en apétales, monopétales, polypétales et diclinos; c’est à celle série que nous croyons devoir substituer la suivante: 1° diclinos, 2° apétales, 3° polypéliilcs 4° monopétales. Nous allons examiner en quoi les dernières nous paraissont offrir un degré de composition supérieur aux précédentes, et mériter en conséquence cette nouvelle place (pic nous leur assignons.
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§ 523. Tout être organisé l'est à un degré d’autant plus élevé que sa vie résulte d'un plus grand nombre de fonctions, exécutées par un plus grand nombre d’organes. L’organe végétal le plus simple est évidemment une cellule, puisque c'est le premier état de tous les autres. Une plante qui serait réduite à une cellule, ou à un petit nombre do cellules identiques entre elles, serait donc sans contredit la plus simple entre les plantes. Or. nous observons ce degré de réduction dans certaines Algues, qui, par conséquent, doivent occuper la première place dans une série procédant du simple au composé. Chaque cellule, en se séparant des autres, est ici également propre à propager la plante: il y a donc confusion complète des organes de la végétation et de la reproduction.
§ 524. Nous trouvons ensuite d’autres végétaux, dont le corps forme une masse uniforme sans distinction nette de parties, mais dont cependant le tissu n'est pas aussi parfaitement homogène; car parmi les cellules qui le composent, quelques unes prennent par leur forme et leur contenu un développement un peu différent des autres, et les premières sont plus propres à reproduire le végétal que les secondes. U y a donc déjà des fonctions différentes exercées par ces organes encore si simples ; celles de reproduction se trouvent confondues encore avec colles de végétation, si l'on n’a égard qu'à la masse indivise qui constitue le végétal ; elles se séparent si l’on a égard aux divers points de cette masse, puisqu’elles se localisent sur plusieurs d’entre eux.
§ 525. D’autres végétaux plus composés commencent à nous montrer dans leur corps la distinction de certaines parties de ces organes que nous avons appelés fondamentaux, l'une centrale ou axe, les autres latérales ou fouilles. La végétation n’est pas identique dans les unes et les autres, et devient plus compliquée lorsque, dans le tissu jusqu’ici exclusivement cellulaire, viennent se former diverses modifications de vaisseaux : voilà donc une fonction exercée par un plus grand nombre d'organes différents. Ceux de la reproduction se sont séparésdo plus on plus nettement; ils se sont en général associés aux organes latéraux, dont ils semblent encore faire partie dans beaucoupdo cas (dans les Fougères, par exemple): mais, dans tous les cas, ces organes no consistent encore qu’en une portion de tissu cellulaire modifiée d’une manière particulière, telle i que dans certaines cellules s’en forment plusieurs autres que nous i avons nommées spores (§ 496).
§ 526. Do cet examen rapide des Cryptogames, nous pouvons conclure que le degré de confusion entre les organes de la végétation et ceux fie la propagation est la mesure du degré do simplicité du végétal tout entier; que leur distinction de plus en plus
iOO BOTANIQUE.
nette exprime, en général, une organisation de plus en plus composée, comme le prouve le perfectionnement des organes fondamentaux, qu’on voit se compliquer suivant la même progression.
§ 527. Arrivés aux plantes cotvlédonées ou phanérogames, nous voyons les organes de la reproduction prendre une forme nouvelle et double: celle d’anthère et d'ovule ; et l’action réciproque de ces deux organes est nécessaire pour que la fonction s’exerce. Cette nécessité de leur concours constate un degré plus élevé de dignité dans la fonction, qui prend un nom nouveau : celui de fécondation. Elle établit un rapport entre le règne végétal et le règne animal, qui, sans contestation, jouit d'une organisation beaucoup plus élevée. 11 no peut donc y avoir de doute que les plantes phanérogames ne soient plus organisées que les cryptogames. Il reste à rechercher comment, dans les premières, on peut établir cette gradation, que nous avons essayé de faire reconnaître dans les secondes.
§ 528. Les organes de la végétation sont dans les Phanérogames, comme dans les Cryptogames les plus élevées, des axes et des feuilles ; ceux de la reproduction sont compris sous le nom général de fleur, et nous avons vu qu’on s’accorde généralement, aujourd'hui, à considérer les différentes parties de la fleur comme autant de feuilles plus ou moins profondément modifiées. Plus la métamorphose des unes dans les autres sera complète, plus la distinction entre les organes de la végétation et ceux de la reproduction sera large et nette, moins, si la règle que nous avons poséo plus haut est vraie, le végétal sera simple.
§ 529. La modification est, toujours profonde et complète dans les organes essentiels de la fécondation, l'anthère et I ovule. L anthère, dont toutes les cellules en produisent à leur intérieur plusieurs autres d'une nature particulière, agents immédiats de la fonction (grains de pollen), offre, par ce point de son organisation, un rapport évident avec les feuilles sporifères des Cryptogames: mais la feuille, dans celles-ci, n’est métamorphosée qu incomplètement et exerce encore, dans une partie plus ou moins grande de son étendue, ses fonctions végétatives : dans 1 anthère, elle s est, par une complète métamorphose, exclusivement vouée a la fonction reproductive, et, par cette distinction nette de forme et d action, elle constate déjà une organisation plus élevée. L ovule, avec sa structure si compliquée, paraît moins une seule feuille qu un petit amas de feuilles; mais ce n’est guère que par le raisonnement et l'analogie qu'on est conduit a leur assigner celle origine. Si ce sont on effet des feuilles, elles sont entièrement méconnaissables et exercent d ailleurs des fonctions entièrement différentes. Les oxides,
de plus, sont généralement cachés sous une enveloppe que forme une autre feuille modifiée elle-même, quoiqu'à un moindre degré (le carpelle); de sorte qu’on pourrait dire qu’ici la métamorphose s’est élevée à sa seconde puissance, llien d’exactement comparable dans les Cryptogames.
§ 530. Mais nous avons vu que très souvent d’autres feuilles voisines, dépouillant les apparences et les fonctions foliaires, prennent part à ce déguisement pour former les enveloppes de la fleur : elles isolent encore plus les étamines et les carpelles des organes végétatifs, et forment avec eux un système plus composé et plus distinct. L’accession de ces parties nouvelles aux organes de la reproduction paraît donc accuser un nouveau degré d’organisation.
§531. Cependant ces diverses parties de la fleur retiennent encore souvent quelques vestiges de leur nature foliaire, sans lesquels on ne fût pas parvenu à la reconnaître : c’est surtout lorsque, indépendantes les unes des autres, elles conservent sur l’axe raccourci qui les porte les positions relatives qu’on est accoutumé à voir entre les feuilles. Ce caractère de la situation, bien plus tenace que celui de la forme, de la structure et, par suite, de la fonction, est le dernier qui s'efface ; mais, s’il s’efface lui-même, on peut dire que la métamorphose atteindra son maximum. Or, c’est ce qui a lieu par suite des adhérences entre les divers organes floraux. Il est clair, que dans un calice ou une corolle à cinq dents, dans un tube formé par la soudure de cinq anthères, dans un ovaire quinquéloculaire surmonté d’un style simple, il était bien plus difficile de reconnaître cinq feuilles que dans autant de sépales, de pétales, d’étamines et de carpelles entièrement distincts; que , dans des étamines régulièrement disposées en spirale sur un torus aplati ou surtout cylindrique (comme chez les Magnoliacées ), on pouvait présumer des feuilles modifiées, plutôt que dans ces mêmes étamines partant du tube du calice ou de la corolle, ou surtout d’un disque tapissant le sommet d’un ovaire confondu avec le calice. Qu’on combine ensemble, dans une fleur, ces divers degrés d’adhérence des diverses parties, et l'on arrivera à un ensemble où tout observateur, s’il n'est pas averti d’avance, ne pourra soupçonner une succession de fouilles et où les organes de la reproduction seront devenus aussi distincts qu'ils peuvent I être de ceux do la fécondation, en perdant leurs derniers rapports, ceux de position.
§ 532. On concevra maintenant pourquoi nous avons placé les Mnnopélalées au-dessus des Polypétalées, contre 1 usage universellement reçu. D'ailleurs si , d’après un autre principe généralement admis, on estime la valeur (les caractères par leur constance, on verra que yelui de la corolle monopétale, surtout liée à l’insertion médiate
des étamines, admet beaucoup moins d'exceptions que celui de la corolle polypétale. La plupart des familles polypétalées renferment quelques genres apétales , et plusieurs offrent une affinité évidente avec d'autres familles entièrement dépourvues de corolle. C’est un point si bien reconnu, que plusieurs auteurs proposent de les mêler dans une grande classe commune , comme l'a fait , par exemple , M. Adolphe Brongniart dans l'ordre qu'il a adopté pour l’école botanique du Jardin des Plantes de Paris.
§ 533. Les Monocotylédonées peuvent offrir, dans la composition de leur lleur, divers degrés, comme les Dicotylédonéos, et même arriver, par les adhérences de leurs parties, à un état de complication presque aussi remarquable que celui des Synanthérées que nous avons placées au dernier et plus haut point de la série végétale : les Orchidées en offrent un exemple. On ne voit donc pas pourquoi, sous ce rapport, elles seraient considérées comme inférieures en organisation ; car si leurs enveloppes sont toujours bornées à un périanthe simple, c’est aussi le cas pour les fleurs de beaucoup de Dicolvlédonées, et même, parmi celles-ci , on en trouve qui, réduites à un ovule nu, présentent encore un plus grand degré de simplicité. Ces deux grands embranchements, considérés par rapport aux organes de la fécondation , marchent donc suivant deux lignes parallèles plutôt que sur une seule et même ligne, 1 un en arrière et à la suite de l'autre. Mais en recourant alors à la comparaison des organes de la végétation, l égalité disparaît : les Monocotylédonées offrent une structure plus simple , un tissu beaucoup plus uniforme.
§ 534. Nous avons cherché des principes d’après lesquels puisse être établie la série des végétaux, des plus simples aux plus composés ; mais nous avons vu, par les divergences des botanistes, la difficulté d’en trouver une qui puisse satisfaire parfaitement à cette condition et placer toutes les plantes dans leurs véritables rapports les unes relativement aux autres. Ces rapports, en effet, sont multiples dans la nature. Toute espèce ou toute autre collection de plantes ( genre, famille, etc. ) se rapproche de plusieurs autres a la (ois par des rapports d'une valeur égale ou presque égale, et dans toute série elle ne peut être rapprochée que de deux, celle qui la précède, et. ce, Ile qui la suit ; ce qui rompt nécessairement d autres rapports souvent aussi intimes. Linné a ingénieusement compare le tableau du règne végétal a une carte géographique où chaque pays en touche à la fois plusieurs dont il est' environné : qu’on lire une ligne continue de l un à l’autre, elle ne passera que par un certain nombre do pays et en laissera un plus grand nombre à droite et à gauche. La série des familles est celte ligne, et nous ne pouvons les y placer toutes qu’en en transportant beaucoup hors de leur place naturelle
M. R. Brown a expliqué cette vérité avec autant de bonheur en disant que le lien des êtres organisés est un réseau et non une chaîne.
Une troisième comparaison, que nous emprunterons au règne végétal même, aidera à comprendre comment cette multiplicité de rapports n'exclut pas l'idée d’une série générale, et comment ces lignes dirigées et entrecroisées en tout sens peuvent se coordonner en une seule ligne continue. Les familles sont comme les branches d'un grand arbre nées sur un tronc commun, dont chacune dans son développement en touche plusieurs autres à la fois et peut même les croiser, dont quelques unes peuvent en dépasser d'autres nées audessus d'elles : mais, malgré cette divergence dans un sens et celte confusion apparente, elles convergent toutes vers le tronc et en partent l’une après l'autre sur une seule ligne déroulée de bas en haut. On conçoit sans plus de détails comment la métaphore peut se continuer et comment la ramification diversement modifiée, avec ses divisions de tout ordre et de toute grosseur, peut représenter toutes celles qu'on voudra admettre dans la classification.
§ 533. Les rameaux, nés sur les branches qui figurent les familles, figureront eux-mêmes des genres. Or, ils peuvent naître tous successivement l'un après l’autre sur une branche simple , ou bien plusieurs ensemble vers une môme hauteur sur une branche ellemême ramifiée ; formant ainsi dans le premier cas une série , un groupe dans le second. Cette double modification s’observe également dans l'arrangement des genres d'une même famille. Il y a des familles par ; jroapes , dont tous les genres très ressemblants entre eux, chacun touchant à plusieurs autres à la fois, s’agglomèrent dans une certaine confusion. Il y a des familles par enchaînement , dont les genres, liant chacun celui qui le suit avec celui qui le précède, forment uno véritable série dans laquelle le dernier ne se rattache au premier que par cette suite de chaînons intermédiaires et peut quelquefois lui ressembler assez peu. Les premières sont nécessairement plus naturelles que les secondes.
Avant de commencer le tableau et l’exposition des familles, nous devons encore ajouter quelques notions.
§ 536. r Mur leur nom. — Plusieurs dos plus anciennement et plus universellement reconnues le tirent de quelques uns do leurs traits les plus saillants : comme les Ombellifères et Conjmbifèrcs, de leur mode d’inflorescence; les Leçiumineuses et Conifères , de leur fruit; les Labiées et Crucifères , de la forme do leur corolle ; les Palmiers, les Graminées , de l'ensemble de la plante, etc., etc. Mais quant aux autres, on est convenu , en général , de désigner chaque famille par le nom d’un de ses principaux genres, celui qu'on peut considérer comme le type autour duquel viennent se rallier tous les
autres, et la désinence du nom latin de ce genre est changée en une autre : acées (comme dans Ritbiacées ), inées (comme dans Laurinées), idées (comme dans Capparidèes ), ciriées (comme dans Onagrariées) . C’est la première de ces terminaisons, celle en acées , qui est le plus généralement employée, et quelques auteurs, avec raison peut-être, s’en servent exclusivement. On est convenu de réserver en général la simple désinence en êes, que beaucoup de noms de familles ( Jon cées , Polggonées , etc. ) prenaient autrefois , pour désigner des divisions d'un ordre inférieur. En effet certaines familles sont susceptibles d’être partagées en plusieurs groupes secondaires unis par des caractères qu’on ne regarde pas encore comme assez importants pour les élever eux-mêmes à la dignité de familles : on les appelle des tribus. Ainsi les Méiiacées forment une famille dont tous les genres sont réunis autour du genre Melia par certains caractères communs , mais il y a d’autres caractères qui ne sont pas communs à tous les genres de la famille, et ceux-là offrent deux combinaisons : l une , qu’on retrouve dans le Melia et quelques autres genres ; l’autre, qu'on observe dans le reste et notamment dans le genre Trichilia. On pourra donc partager les Méiiacées en deux tribus, Méliées et Trichiliées. Les tribus doivent composer des groupes naturels, et ce sont par conséquent comme de petites familles, susceptibles d’être en jour élevées à ce rang, s’il arrive que, parla découverte d'un assez grand nombre de plantes nouvelles, la famille dont elles font partie vienne à prendre elle-même assez d’étendue et d’importance pour justifier ce démembrement. La plupart des tribus établies primitivement sous le nom do sections par Jussieu, dans ses familles, en sont devenues plus tard elles-mêmes. On doit donc peu s'inquiéter si un groupe est famille ou tribu , pourvu qu il soit bien naturel, d autant plus que toutes les familles sont loin d'avoir une importance égale, ou par le nombre des plantes qui s'v rattachent , ou par la valeur des caractères qui les distinguent. Dans rémunération qui suit, nous avons trop peu d’espace pour descendre jusqu aux tribus, que nous indiquerons seulement dans quelques cas, lorsque les caractères employés par nos tableaux, écartant un peu 1 une de 1 autre deux tribus d’une même famille, nous y conduiront séparément. Nous emploierons aussi indifféremment les différentes desincnc.es que nous venons d'indiquer, choisissant do préférence pour chaque famille celle du nom sous lequel elle est plus vulgairement connue. Ajoutons, pour ceux qui veulent étudier quelques familles sur la nature, le conseil de choisir toujours une espèce bien aulhontiquodu gemoqui lui donne son nom. Ils seront sûrs, en effot, de ne jamais rencontrer la quoiqu’une do ces exceptions qui déroutent 1 étudiant. Quelques révolutions qu on opère dans les remaniements possibles des groupes,