SUCCESSION DES ZONES
plus haut celle de la zone juxtatropicale qui sera graduellement remplacée par celle des zones tempérées. Nous voyons donc que, dans ces dernières où nous vivons, il est possible, sans voyager jusqu'aux pôles et sans sortir de notre pays, de se faire une idée juste de ces diverses végétations appartenant il des zones de plus en plus froides : qu'il suflit pour cela de suivre celle d’une haute montagne à ses divers degrés d'élévation. Ainsi, le midi de la France appartenant a la zone tempérée chaude , celui qui pourra gravir les Pyrénées en partant des plaines du Roussillon , ou de la Provence s’élever jusqu’au sommet des Alpes, qui s'avancent là si près du rivage, verra dans cette courte excursion s’opérer rapidement sous ses yeux tous les changements qu’il observerait en parcourant l’Europe du midi au nord jusqu'aux derniers confins de la Laponie. C'est donc cette marche que nous suivrons de préférence. Nous signalerons encore, chemin faisant, les familles qui fournissent à chaque végétation ses traits principaux ; mais nous nous aiderons aussi de quelques végétaux remarquables, familiers à la plupart de nos lecteurs, et qui nous serviront comme de jalons; puis nous jetterons un coup d’œil sur les autres parties du globe comprises dans la môme zone, où les modifications de la végétation seront plus facilement comprises , quand il ne s'agira plus que de la comparer à celle que nous connaissons par nous-mômes.
§ 624. Nous avons nommé la Provence et le Roussillon. Tous les pays baignés par la Méditerranée offrent avec ceux-là les rapports les pl us frappants dans leur végétation jusqu’à une certaine distance du rivage, et. forment dans leur ensemble une région botanique presque uniforme. Quelques unes des familles tropicales s avancent jusque-là, mais n'y sont plus représentées que par un petit nombre d’espèces : comme les Palmiers, par le Dattier cl le Cliarnœrops ; les Térébinthacées, par le Lenlisque, et le Pistachier ; les Myrtacées, par le Marte et lé Grenadier ; les Laminées, par h1 Laurier des portes; les Apocynées arborescentes , par le Laurierrose. Dune autre part, d autres familles jusque-la peu nombreuses multiplient leurs représentants, comme les Cargopligllées , les Cistinées, les Labiées qui, (ouvrant tous les terrains secs et abandonnés, remplissent I air de leurs exhalaisons aromatiques. Les Crucifères commencent aussi a se montrer. Parmi les Conifères on trouve les ('après, les Pins pûj nous, tl'Alep, tarie, io, etc.; parmi les Amentacèes, les Chênes verts, le Liège, les Platanes, etc. Un arbre cultivé, l’Olivier, est particulièrement propre à caractériser cette région , où on le trouve a peu près partout et hors de laquelle ou le rencontre a peine.
^ b-o. La vegelation des environs de Paris peut nous donner une
idée générale de celle d'une grande partie de la zone tempérée froide. Les familles que nous venons de nommer s'y mollirent aussi dans une grande proportion, mais moindre pour les Labiées , et Car nophy liées , croissante au contraire pour les Ombellifèrcs et les Crucifères. Ce sont encore les mômes familles d'arbres, mais représentées par d’autres espèces : les Conifères, par le Pin commun, les Supins, le Mélèze, etc.; les Amen lacées, par les Chênes, Coudriers, Hêtres, Bouleaux, Aunes, Saules, tous sujets à perdre leurs feuilles pendant l’hiver ; et de là une physionomie toute différente dans le paysage et. variable suivant les saisons. Ces divers végétaux varient eux-mêmes soit par leur nombre proportionnel, soit par leurs espèces mômes, suivant le point do la zone où l'on est placé.
§ 626. Supposons le spectateur au pied des Alpes, vis-à-vis d’un de ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles. En portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que cel te végétation qui l’environne immédiatement, et qui caractérise le centre et le nord de la France, disparaît à une certaine hauteur pour faire place à une autre, qui subit elle-même des changements successifs à mesure qu'elle s'élève ; et comme à une certaine distance son œil ne pourra saisir que les masses dessinées par les grands végétaux au milieu desquels se cachent d’autres plus humbles, il verra comme une suite de bandes superposées les unes aux autres : d’abord celle des arbres à feuilles caduques , qui se distingue à sa verdure plus tendre, puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin une bande dont lo vert plus indécis est interrompu ça et la par des plaques d'autre couleur, et va se dégradant jusqu’à la ligne sinueuse où commence la neige; elle est due à ce que les arbres dont les cimes se confondaient plus ou moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé et ont fait place à des arbrisseaux ou herbes xde plus en plus voisins du niveau du sol et rabougris.
Si, du point où les objets s’offraient ainsi massés, il s’avance vers la montagne et la gravit, il pourra d’abord recueillir les plantes do nos champs , puis sur les premières pentes il en verra apparaître d’autres plus ou moins différentes et qu'on désigne sous lo nom d 'alpestres, des Aconits, dos Aslrantia, certaines espèces d’ Armoises, de Séneçons, de Prenanthes , à'Achillées, de Saxifraijes, do Patenta les, etc., etc. Après avoir côtoyé dos Noyers, traversé des bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Clu'nes, do lléires, de Bouleaux. Mais les Chênes cesseront les premiers (vers <S00 mètres), les Hêtres un peu plus tard (vers 1 ,000 mètres). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement par les arbres verts ( le Sapin, le Mélèze, le Pin commun), qui s ar-