SUCCESSION DES ZONES
rêtent eux-mêmes à des étages successifs (jusque vers 1,800 mètres). Une Conifère, le Pin cembro , s'observe encore quelquefois pendant une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s’abaissent pour former d'humbles taillis, comme par exemple d une espèce d’Aune ( Alnus viridis). C'est à peu près alors qu'il se verra entouré par ceux de cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l'appelle la Rose, le Rhododendron , qui cesse plus haut à son tour pour faire place à d’autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, et qu'on désigne par l'épithète d 'alpines : ce sont des espèces de quelques unes de ces familles qu’il observait à son point de départ, des Crucifères , Caryophyllées, Renonculacées, Rosacées , Légumineuses, Composées, Cypéracèes, Graminées, mais des espèces différentes ; ce sont aussi de nombreux et nouveaux représentants d’autres familles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine : dos Saxifrages -, des Gentianes, etc. Les plantes annuelles manquent presque entièrement, et c’est ce qu'on devait prévoir, puisqu’il suffit pour détruire leur race qu’une année défavorable ait empêché la maturation complète de leurs graines, et que ce cas doit se présenter assez souvent dans un climat aussi rigoureux. Les plantes vivaces ou ligneuses au contraire se conservent sous le sol maintenu à une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l'influence mortelle de l’atmosphère, et se développant toutes les fois qu’elle s’adoucit ou se réchauffe à un degré suffisant : mais ce n'est que pendant une bien courte saison, et sur certains points qu'une fois en plusieurs années. 11 en résulte que les tiges s élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol. tantôt rampantes, tantôt courtes, roides, enchevêtrées, formant do loin en loin des plaques épaisses et compactes, comme deviendrait un arbrisseau qu'on taillerait chaque année très près de terre. La physionomie propre à chaque famille s'efface en quelque sorte, remplacée par la physionomie générale do plante alpine, et l'on retrouve celle-ci jusque dans des genres à espèces ordinairement arborescentes, par exemple dans des Saules, qui Ici rampent cramponnés sur le sol. Sur le bord des eaux, là où la croupe des montagnes forme une pente adoucie, ou s’aplatit en gradins sur lesquels puisse s arrêter une couche d’humus, la végétation forme des lapis étendus; mais le plus souvent ce tapis est déchiré par les accidents du terrain , et la verdure ne se montre que par lambeaux dans les intervalles , les fentes ou les anfractuosités des rochers. Plus on s élève, plus elle s éparpille et s appauvrit, jusqu’à ce qu'enfin ces rochers ne montrent plus d'autre végétation que celle des Lichens , dont les croûtes varient un peu la teinte monotone de leur suri face, (lu est. arrive aux neiges éternelles, où les êtres organisés
ne peuvent plus accomplir leur vie , mais ne se montrent qu’en passant.
§ 627. Comparons maintenant ce qu’on observe en s’avançant du centre de la France vers le pôle, à ce qu’on a observé dans l'ascension des Alpes. On voit de même graduellement diminuer le nombre absolu des espèces et le nombre relatif de celles de certaines familles ( Labiées , Ombellifèril s, Rubiacées , etc.), disparaître complètement celles de plusieurs autres (Malvacées, Cistinées, Euphorbiucées , etc.;. En prenant pour point de comparaison certains végétaux caractéristiques, ces arbres que nous avons suivis sur la pente des Alpes, nous trouvons leur distribution à peu près analogue, si on la considère d une manière générale, un peu différente cependant si on se livre à un examen plus détaillé et plus rigoureux. Ainsi sur les côtes occidentales de la Scandinavie, le Hêtre s arrête à 60 degrés, un peu plus tôt que le Chêne , qui s’avance jusqu'à 6 I degrés. C’est la limite septentrionale de la zone froide tempérée. Nous entrons dans la zone sous-arctique, au milieu des forêts d'arbres verts, de Sapin qui cesse vers 68 degrés, de Pin qui cesse vers 70 degrés, maison le Mélèze manque entièrement. Le Bouleau commun s’avance encore un peu plus loin. Ce sont donc les mêmes végétaux dont nous avons vu l'ensemble caractériser ces diverses zones déterminées par les diverses hauteurs des montagnes, mais ici ils se dépassent dans un ordre différent et quelquefois inverse. On ne rencontre plus ensuite que des arbrisseaux bas, et, vers l'extrémité de la Laponie, nous entrons dans la région polaire. Mais celle-ci peut elle-même se subdiviser en deux : l'une arctique, analogue à celle des Alpes que nous avons vue nue d’arbres, mais revêtue encore d humbles arbrisseaux. Ici le Bouleau nain , jusqu’au 71e degré, remplace 1 Aune vert des montagnes, et le Rhododendron se représente par une espèce particulière (R. laponicum). Au Spilzberg, enfin, nous sommes dans la région des plantes alpines , dans 1 autre zone qu on peut appeler proprement polaire, où la végétation , réveillée quelques semaines seulement, dort, ensevelie sous la neige le reste de 1 année , et ne produit plus que des végétaux vivaces et sous-frutescents, chétifs, dair-semés, les mêmes, pour la plupart, que nous avons signalés vers la limite des glaces éternelles. Mais faisons bien remarquer que dans le parallèle précédent des diverses zones de végétation suivant les altitudes et suivant les latitudes, nous avons pour ces dernières choisi la portion de la terre la plus favorisée comparativement, celle où les lignes isothermes se relèvent le plus vers le pôle, la cûto occidentale de l'Europe. En suivant d autres méridiens, nous aurions vu les zones successives s arrêter a des latitudes beaucoup moins élevées, d’autant moins que nous nous serions avancés da-