‹ BotaniqueChapitre 196 sur 206 · ILES · texte numérisé non relu

ILES

vantage vers ceux qui üraverseuL le centre des grands continents ou se rapprochent de leurs côtes orientales.

§ 628. Rappelons aussi ce que nous avons annoncé (§ 6-12 1 : c’est que la température moyenne exerce moins d'influence sur la végétation que la température extrême des hivers , et surtout celle des étés, ainsi que de leur durée. Car beaucoup de végétaux échappant sous la terre et sous la neige qui les recouvre à l’action de l'atmosphère, peuvent braver ainsi celle des hivers les plus rigoureux et reparaître au jour pendant l’été, en parcourant môme toutes les phases de la floraison et de la fructification, s’il est assez chaud et assez long. Ces mêmes conditions permettent également la conservation d’un certain nombre d’espèces annuelles. 11 peut donc en résulter de notables différences dans la végétation de deux points situés sur une même isothermë : celui où les températures estivale et hivernale diffèrent peu, et celui où elles diffèrent beaucoup, comme à l’ouest et dans l’intérieur des continents, chacun d’eux excluant un certain nombre de plantes que l’autre admet. En conséquence , les lignes isothermes ne peuvent, non plus que celles des latitudes ni celles des altitudes , définir rigoureusement une zone végétale: les isochimènes et les isothères n'y suffiraient pas davantage. La végétation d’un pays plus ou moins borné est une résultante de ces influences combinées et de beaucoup d’autres encore, bien plus complexe par conséquent que le climat auquel elle ne se subordonne que d’une manière générale. On ne peut donc prétendre circonscrire ses variations si nombreuses dans certaines lignes continues, ou les formuler dans un petit nombre de lois. On conçoit par là combien est imparfaite et incomplète l’esquisse que nous avons tracée, obligé de nous resserrer dans quelques pages et d’éviter la multiplicité des détails ici pourtant si nécessaire : aussi dans colle exposition avons-nous eu recours moins aux préceptes qu’aux exemples. Nous avons naturellement pris le nôtre dans l’Europe , et surtout dans la France, pour que le lecteur ait au moins le terme de comparaison a défaut de la comparaison tout entière.

§ 629. Nous ne nous sommes guère arrêté que sur les grands

! continents et à partir des zones tempérées nous nous sommes borné à I Europe et à ses montagnes. Il nous reste donc à ajouter quelques lignes sur les différences que les îles peuvent présenter dans leur végétation, comparées aux continents. Celles qui oui une grande étendue peuvent être considérées comme de petits conlinenls elleri mômes, mais néanmoins offrent toujours , par le développement de i leur littoral , une proportion plus grande do terrains soumis au climat plus humide et plus tempéré que nous avons nommé marin ; 61.1 ; Celte différence influe nérossureinenl sur leur végétation,

a laquelle elle imprime quelques caractères particuliers, mêlés à ceux qu’elle offre en commun avec les parties des continents voisins et situés a la même latitude. Un de ces caractères est l'abondance relative des végétaux acotylédonés cellulaires, et principalement des Fougères, auxquelles ce climat paraît singulièrement favorable, et d’autant plus qu'il est en même temps plus chaud. Elles s v montrent donc dans une proportion d’autant plus grande , par rapport à la totalité des autres végétaux , que l’îlo est moins considérable et par conséquent plus complètement placée dans ces conditions de température. Ainsi , dans la grande île de la Jamaïque, le nombre des Fougères, comparé à celui des espèces phanérogames, est comme un 1 à 10. La proportion est 1/8 dans les îles de France et de Bourbon, 1/G à la Nouvelle-Zélande, 1/4 à Otaïti, 1/3 à l'île Norfolk , 1 /2 à celle de Tristan-d’Àcunha. Un autre caractère de la végétation des îles mise en regard de celle des continents , c'est que le nombre total des espèces végétales y est moindre sur uneétendue égale, et d’autant moindre que l'île se trouve plus petite et plus écartée au sein de l’Océan : résultat presque nécessaire de l’obstacle qu’oppose cette interposition des mers à la transmission d’espèces primitivement étrangères au sol, qui, au contraire, sur un espace égal, mais continental, peuvent arriver et finir par s’établir, en s’avançant de proche en proche de tous les espaces circonvoisins. Le climat marin , sur beaucoup de points, et surtout en s’éloignant des tropiques, paraît nuire à la végétation arborescente, probablement aidé paC l’action de vents violents et fréquents. C'est ce qu’on peut déjà remarquer sur beaucoup de nos côtes. L'Islande, les archipels Shetland et Feroë, n’ont pas d’arbres ou n'en offrent que quelques bouquets rabougris, isolés sur un petit nombre de points abrités, tandis que nous, avons vu ces arbres s’avancer autant et même plus loin en latitude sur la côte de Norwége, y acquérir une grande vigueur et y former des forêts.

§ G 30. Les bornes de cet ouvrage ne nous ont pas permis d'examiner les diverses parties de la terre, de suivre chaque zone sur tout le contour du globe , et de comparer les zones analogues sur ses deux hémisphères boréal et austral, do déterminer les différences que présentent les chaînes de montagnes appartenant a des contrées plus ou moins éloignées ou courant dans des directions inverses. Cette élude nous eût montré des ressemblances frappantes lorsque les circonstances météorologiques sont les mêmes, une analogie remarquable entre la végétation du sommet des Alpes et celle des Andes et de I Himalaya, du nord de I Amérique ainsi que de l’Europe et de l’Asie; mais elle nous eût montré en même temps de notables différences. Celles-ci se prononcent d'autant plus que

Page 1