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CENTRES PRIMITIFS DE VEGETATION. S'S

les parties de la terre comparées se trouvent plus complètement séparées entre elles par un plus grand espace de mers, comme le sont, par exemple, relativement l’un à l'autre, 1 ancien continent , celui de I Amérique, celui de la Nouvelle- Hollande. Nous eussions vu ainsi que les analogies résultent tantôt de la similitude des formes imprimées à des plantes du reste différentes, comme par exemple il toutes celles des régions polaires ou à celles qu'on observe aux dernières limites de la végétation des montagnes; tantôt au contraire de la présence de plantes de mêmes genres ou de mêmes familles, mais revêtues de formes extrêmement diverses. Cependant les différences se seraient trouvées en général prévaloir, et nous serions arrivés à ce résultat qu’un grand nombre de points de la terre offrent dans leur végétation une dissemblance indépendante des conditions différentes dans lesquelles ils se trouvent placés, comme si chacun d’eux , dans le principe, avait été l’objet d'une création à part. Deux points éloignés avec un climat analogue et même identique, et avec toutes les autres circonstances dont l’ensemble devrait entraîner l’identité des productions naturelles, peuvent néanmoins ne produire que des plantes différentes. C’est donc que chacun d’eux dans le principe a reçu les siennes et non les autres, quoiqu'elles eussent pu également y vivre. Cela est tellement vrai qu’on voit certaines espèces, transportées d’un centre à un autre, y prospérer comme dans leur patrie primitive.

g 0 :i I . On conçoit qu’une espèce, partant ainsi d’un centre quelconque, se propage en rayonnant autour de lui tant qu’elle trouve les conditions nécessaires à sa vie. Les latitudes différentes , les chaînes de montagnes, les déserts , les mers surtout sont autant de barrières naturelles qui s’opposent à son extension indéfinie , et la renferment le plus ordinairement dans des bornes plus étroites que lui assignent les conditions propres à son organisation particulière* dont nous ne pouvons nous rendre compte. Suivant ces différences do vitalité qui permettent aux unes et interdisent aux autres des séjours variés , les unes se répandent dans un vaste espace les autres se concentrent dans des limites plus ou moins rétrécies ■ mais il en est qu’on rencontre sur des points très distants . séparés par dos obstacles naturels dont nous venons de signaler quelques uns et qu elles n’ont pu franchir seules. Elles ont pu, comme dans les cas que nous avons cités , être transportées des uns aux autres par l'homme, ou par quelques uns do ces agents divers qui favorisent, la dissémination (§ 481). Il y en a cependant pour lesquelles on ne peut expliquer ou supposer cotte agence, et l'on sc trouve ainsi conduit ii admettre que plusieurs ont pu appartenir à plusieurs centres de végétation primitive à la fois, et. rme chacun de ces centres

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» se compose de végétaux en plus grande proportion propres à lui seul, en moindre proportion communs à plusieurs autres en même temps. On a nommé sporadiques (air^aSt v.ô;, vagabond) ces végétaux répandus dans de grands espaces et dans plusieurs pays différents , endémiques (? vôeuoç , résidant dans sa patrie) ceux qu’on a observés dans un seul pays. Parmi les prerniers, les uns se montrent sur des points très divers d’une même zone , mais sans la franchir ( comme par exemple le Sawagesi a erecta qu’on a observé aux Antilles, à la Guyane, au Brésil, à Madagascar, à Java) ; d’autres sur plusieurs zones à la fois ( comme le Scirpus marüimus , qui croît en Europe, dans l’Amérique du Nord, aux Indes occidentales, au Sénégal, au Cap, à la Nouvelle-Hollande ; le Samolus Valerandi , presque également disséminé). Les mêmes épithètes peuvent s’appliquer aux genres et aux familles aussi bien qu’aux espèces, nécessairement dans des limites plus étendues. Les Cactées , concentréesdans l'Amérique intertropicale, qu elles ne dépassent que peu au nord, les Quinquinas , sur une certaine zone des Andes , sont desexemples de famille et de genre endémiques.

§ 632. Si deux points , placés sur le globe à des distances assez considérables, mais dans des conditions analogues , n’offrent pas la même végétation, il y a néanmoins, en général, entre ces deux végétations, des rapports qu’on ne peut méconnaître. Les plantes, d’une part, diffèrent en tant qu’appartenant à deux centres différents: de l'autre, se rapprochent en tant que destinées à vivre dans des conditions semblables. Ainsi, ce peuvent être les mêmes genres représentés par des espèces différentes , les mêmes familles représentéespar des genres différents ou des familles voisines. Les exemplespourraient être apportés en foule ; il nous suffira d’en rappeler quelques uns, déjà cités, pour la plupart, comme celui des J m enlacées et des Conifères de l'Europe tempérée représentées par d’autresespèces des mêmes genres dans la même zone de l’Amérique septentrionale ; ceux des Conifères par d’autres genres ( Araucaria , Podocarpus) dans celle de l’Amérique méridionale; le Hêtre commun, placé vers la limite septentrionale de la zone tempérée dans notre hémisphère ; le Hêtre antarctique, placé vers la limite méridionale dans l'hémisphère austral ; deux espèces de Chamœrops , marquant la limite septentrionale des Palmiers , Yliumilis en Europe, le Palmctlo en Amérique ; le Rhododendron des Alpes , remplacé en Laponie par une autre espèce , sur les Andes par un autre genre, le Réfaria ; la présence de Diosmées aux terres australes, au cap de Bonne-Espérance , dans l’Europe méridionale, mais sur chacun de ces points offrant des genres assez divers pour former autant de tribus distinctes ; les Kricinées du Cap, remplacées en Australie par

ARITHMÉTIQUE BOTANIQUE. oit

la famille \ oisine des É puer idées ; celle des Sélaginées par les Myoporinées, etc., etc. On pourrait donc, par une comparaison empruntée à la chimie, dire que dans ces combinaisons de familles, de genres, d'espèces, qui forment la végétation d’un pays, il existe des équivalents, il s'opère des substitutions, pour constituer celle d’un autre pays analogue, quoique différente.

§ G33 . Dans ! étude de la géographie botanique, au lieu de passer en revue les diverses contrées de la terre, en indiquant les variations que la végétation subit de l une à l’autre, on peut suivre une marche en quelque sorte inverse en prenant toutes les familles une a une, et examinant comment chacune a ses espèces distribuées sur le globe. C’est par cette comparaison générale qu’on s’assure de quelques unes de ces vérités que nous avons déjà indiquées sur la concentration ou la dispersion de certaines espèces, genres et familles, et qu’on peut déterminer leur proportion relative, soit sur l’universalité de la terre, soit sur ses grandes divisions ou parties, soit en particulier sur chacun de ses points dont on connaît suffisamment la tlore (nom par lequel on désigne soit la végétation d’une contrée, soit l’ouvrage destiné à la faire connaître). La détermination de ces proportions a été nommée Arithmétique botanique par M. de Humboldt. Si les llores de toutes les contrées étaient faites avec un degré de perfection suffisant, et par conséquent si toutes ces proportions se trouvaient une fois bien déterminées, la connaissance des plantes d’une seule famille pourrait sur un point quelconque donner, dans certaines limites, une idée du reste de sa végétation . La science est bien loin d’étre arrivée à ce degré de précision qui permettrait de conclure ainsi de la partie au tout ; contentons-nous donc de quelques rapports généraux, ceux qu’on a pu déterminer avec moins d incertitude et qui d’ailleurs peuvent seuls entrer dans le cadre étroit de cet ouvrage.

§ 631. En recherchant les proportions relatives des espèces appartenant aux trois grands embranchements du règne végétal sous différentes latitudes, si l'on son rapporte aux nombres donnés patins llores, on sera tenté d'admettre celte loi, que le nombre des cryptogames ouacotylédonées augmente proportionnellement à celui des phanérogames ou cotylédonécs à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur. D'après les tableaux donnés par M. de Humboldt pour les parties moyennes des trois grandes zones terrestres, les espèces cryptogames seraient égales en nombre aux phanérogames dans la zono glaciale de 67° à 70°), de moitié moins nombreuses quelles dans la zone tempérée (de i8°à 82u),à pou près huit fois moins dans la zone équatoriale (dcOü à 10°), le rapport étant 1/13 pour les plaines et I/o pour les montagnes. Le dernier rapport viendrait en

confirmation aux autres. Mais on doit remarquer que dans les lloros le nombre des cryptogames est loin d’être fixé d'une manière aussi précise que celui des phanérogames ; que le premier continue il augmenter par les recherches qui ajoutent peu au second ( par exemple dans la ilore de Paris) ; que les divers pays de l’Europe ont été sous ce rapport explorés par des botanistes sédentaires avec un tout autre soin que les pays étrangers n'ont pu l’être par des voyageurs, auxquels devaient échapper beaucoup de plantes obscures et peu. visibles , comme le sont la plupart des acotylédonées ; qu'on s’est d'autant plus attaché à la recherche des cryptogames que celle des phanérogames était plus tôt épuisée, et par conséquent le pays plus rapproché des pôles ; que les proportions trouvées ont dû so ressentir de cette inégalité dans les investigations, qui, poursuivies avec le même soin dans les régions tropicales , amèneraient sans doute des résultats un peu différents dans la proportion de ces végétaux, soit sur toute la terre, soit dans chaque zone, principalement dans les plus chaudes. Au reste, tout ce qui précède s’applique particulièrement aux acotylédonées cellulaires. Nous verrons que la distribution des vasculaires suit d'autres lois et connues avec plus de certitude.

§ 635. En comparant entre eux les deux grands embranchements des végétaux cotylédonés, on voit que la proportion relativedes monocotylédonés va en augmentant à mesure qu'on s’éloigne de l’équateur. Jusqu'à 10 degrés, elle était, relativement à l'ensemble des phanérogames, à peu près de 1/6 pour le nouveau continent et I/o pour l’ancien. Croissant progressivement, elle atteint 4/4 vers le milieu delà zone tempérée et I /3 vers ses limites. Mais elle redescend un peu dans les régions glaciales , par exemple au Groenland. Il est clair que la proportion des dicotvlédonées est inverse et s’exprime par des fractions complémentaires des précédentes. C’ost l’augmentation do certaines familles , la diminution do certaines autres, qui déterminent ces résultats, comme lo fera comprendre le tableau suivant, que nous empruntons à M. de Humboldt, et qui indique, pour le milieu des trois grandes zones et relativement à la totalité des phanérogames , la proportion de quelques unes des familles les plus généralement répandues et les plus importantes par le nombre de leurs espèces, et dont le contingent doit par conséquent, en variant suivant les zones, influer le plus sur les variations do ces grands rapports.

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