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SYSTÈME LIGNEUX

§ o7. Moelle. — Nous avons vu que le parenchyme, dont la tige était exclusivement formée dans le principe , se trouve plus tard séparé par le développement du cercle ligneux en deux régions, dont l’une, centrale , prend le nom de moelle ; et l’exemple que nous avons choisi nous l’a montrée composée de cellules qui , du centre à la circonférence, vont en diminuant de volume en même temps quelles prennent une couleur verte de plus en plus foncée. Celles-ci sont gorgées de sucs abondants qui manquent au contraire dans celles du milieu ; et à ces différents caractères il est aisé de reconnaître qu'elles ont une vie beaucoup plus énergique , qu’elles sont plus jeunes. Peu à peu cette énergie s’affaiblit, et , au delà de la première année, la moelle a pris ordinairement dans presque sa totalité une couleur uniforme, souvent blanche, d'autres fois dune autre teinte. Ses cellules, dont le volume va diminuant du dedans au dehors, ne contiennent plus que de l’air, et la vie y paraît définitivement suspendue : souvent même elles se rompent, et des lacunes plus ou moins considérables se montrent au centre ; ce qui s’observe même quelquefois avant ce terme, notamment dans les plantes annuelles à moelle très large et à végétation très rapide. Cependant dans cette première année, et surtout au début, elles ont dû jouir d une vitalité très active, et cette action a pu se prolonger assez longtemps. C’est ce que prouvent l’épaississement fréquent de leurs parois et leurs ponctuations : ce qui n’a pu avoir lieu que par la formation de nouvelles couches dans l'intérieur do chacune, et suppose une durée d’action assez longue.

Son diamètre peut varier également, et cela dans deux rameaux qui en ont un égal. Varie-t-il à diverses époques dans un même point de la hauteur ? augmente-t-il ou diminue-t-il avec l’Age ? Des changements peuvent avoir lieu dans la première jeunesse de la tige. Par la multiplication des cellules et par l'augmentation de chacune, la moelle doit s’élargir; cl plus tard, quand les faisceaux ligneux se développent à leur tour, ils peuvent do même s étendre dans tous les sens et, par leur extension en dedans, refouler un peu la moelle. Mais il arrive un moment où l'équilibre est établi; et dès lors son volume reste immuable : c’est ce dont on peut s assurer en le comparant sur de vieux troncs et de jeunes branches de Sureau. On avait longtemps cru que, repoussée toujours en dedans par 1 accroissement du bois, elle finissait par s’oblitérer; mais ce n était qu une illusion résultant de sa petitesse relative quand on 1 observe dans un gros tronc. Des mesures exactes prouvent le contraire.

§ 58. Bols. — Nous avons vu (§ 53) que la première couche de bois se compose de faisceaux fibro-vasculaires disposés en cercle autour de la moelle ; qu'ils sont séparés l’un de l’autre par des bandes assez larges de tissu cellulaire étendues en manière de rayons de la moelle à l'écorce ; que, plus tard , de nouveaux faisceaux se développent dans l’épaisseur de ces rayons et augmentent leur nombre aux dépens de leur largeur (fig. 87 [’ qu’enfin ces faisceaux, et par leur multiplication et par l’ augmentation de leur volume total, résultant de celle qu'éprouve en particulier le volume de chacun des organes élémentaires dont ils sont composés, finissent par se rapprocher et par se toucher presque en réduisant les rayons qu'ils séparent à des lames extrêmement minces. Ils forment ainsi un cercle ligneux [fig. 88 fb).

§ 59. Nous avons vu encore que ce cercle, dans sa partie interne en contact avec la moelle, aune structure particulière ; qu’il présente là, et non autre part, un amas de trachées déroulables (fig. 89 £), et que cette partie interne a reçu le nom d’étui médullaire. Celui-ci se moule sur la moelle, ou plutôt elle se moule sur lui ; et les angles rentrants qu'elle présente toujours dans les premiers temps, et qui persistent dans certaines tiges, correspondent à autant d'angles saillants qui forment le bord interne de chacun des faisceaux.

L’étui médullaire est la partie du bois qui subit le moins de changements. Ses trachées conservent le volume quelles ont acquis de bonne heure, et elles peuvent se dérouler même dans les liges assez vieilles.

§ GO. Tout le reste du cercle ligneux, et c’est sa plus grande portion, est composé de fibres et de vaisseaux d’un autre ordre, annulaires, rayés ou ponctués (fig. 89 vp, vp), d'un diamètre en général beaucoup plus grand.

Nous savons que la s'arrête le développement des végétaux herbacés. Il en est dont le développement peut prendre une consistance assez solide dans cette première année par lo développement en largeur de cette première couche et la densité qu'acquièrent ces éléments Nous savons enfin que dans les végétaux dont la tige vit un nombre plus ou moins grand d’années, chaque année, entre le bois et 1 écorce dont 1 intervalle s est rempli de cambium (fig. 89, c), matière d abord presque fluide , puis organisée en tissu cellulaire , se forme une nouvelle couche de bois moulée sur la précédente. Il est donc clair que le nombre des couches représente celui des années qu'a vécu I arbre, que son âge se trouve ainsi écrit sur sa tranche : c'est une vérité depuis longtemps reconnue (1), et que sont venus con-

(lj On attribue à Malpigbi l'honneur d’avoir le premier fuit cette observation ; mais elle

firmer des faits nombreux plus ou moins piquants. Ainsi, supposons que la couche de cambium se trouve désorganisée à certaines places, ce qui peut résulter de l’action d'un froid très rigoureux : il ne se produira pas de bois à ces places, où il devra rester par suite autant de lacunes dans l’épaisseur du tissu ligneux. Toutes les années suivantes où le froid ne sera pas venu exercer la môme action, autant de couches de bois se seront formées et auront recouvert la lacune. Lorsqu’on découvre celle-ci, on doit donc compter autant de cercles en dehors d’elle qu’il s’est écoulé d’annSes depuis l’hiver rigoureux qui l’a produite. Or, c’est ce cpie l’expérience a vérifié. En abattant de très vieux et très gros ormes, on y trouva, à l’intérieur, de ces solutions de continuité. On compta le nombre des couches concentriques dont elles étaient recouvertes , et l’on put ainsi constater que la couche de bois dans laquelle se trouvaient les lacunes avait dû être formée telle année : cette année se trouvait précisément correspondre à un hiver d’une rigueur extraordinaire. Des tronçons de ces arbres peuvent se voir dans les galeries botaniques du Muséum de Paris. On y conserve aussi un tronçon de hêtre qui porte une date (1750) inscrite sur son écorce, et la môme cachée dans l’épaisseur de ses couches ligneuses; les deux séparées entre elles par un certain nombre (55) de couches. Ce nombre était précisément celui des années écoulées entre celle qu’indique la date et celle où l’arbre fut abattu (1805). L’inscription gravée sur l’arbre, encore assez jeune, avait pu entamer toute l’épaisseur de 1 écorce et un peu de celle du bois. Il en résulta dans celui-ci une lacune qui, comme la lacune résultant de la gelée, fut recouverte par les couches successives des années suivantes. Mais ici l’expérience est plus complète, puisqu’elle comprend l’écorce avec le bois, et qu elle porte sa date authentique. La plupart des collections botaniques offrent des monuments de ce genre, les uns dus au hasard, les autres à des expériences tentées dans le but de constater le mode de croissance de nos arbres. 11 est facile en effet d’introduire entre le bois et l’écorce un corps étranger, une lame métallique, par exemple ; et on coupant la branche au bout d’un certain nombre d’années, on retrouve çette lame recouverte par un nombre égal de couches.

Nous avons dit que chaque branche croît de la môme manière que

devait être déjà populaire de son temps, puisque ce célèbre anatomiste naquiten 10SS, cl qu'on peut lire , dans le Voyage de Montaigne en Italie, à la date de 1581, le passage suivant : « L'ouvrier, homme ingénieux et fameux à faire de beaux instrumens de ma- « thématique, m’enseigna que tous les arbres portent autant de cercles qu'ils ont dure » d'années, et me le lit voir dans tous ceux qu'il avoit dans sa boutique, travaillant en ,i bois. Et la partie qui regarde le septentrion est plus étroite, et a les cercles plus serres n et plus denses que l’autre. Par ce il se vante, quelque morceau qu’on lui porte, de juger » combien d’ans avoit l'arbre et dans quelle situation il poussait. «

la tige. Celles qui en sont, nées la première année offrent donc le même nombre de couches ; celles qui sont nées un, deux, trois ans plus tard, offrent : la première, trois couches ; la seconde, deux ; la troisième, une seule. Quand on coupe un arbre à sa base, on peut dire ainsi à quelle époque de sa vie s’est formée chacune des branches qui le composent en retranchant du nombre des couches do cette base celui des couches de la branche. Si l’on compte cinquante couches concentriques dans un tronc, trente dans telle branche, dix dans telle autre, l’arbre avait vingt ans quand il a produit la première, quarante quand il a produit la seconde.

§61. Mais comment ces couches, composées des mêmes éléments, peuvent-elles être distinguées entre elles? C’est, parce que dans chacune les éléments divers ne sont pas disséminés uniformément dans toute l’épaisseur, mais se distribuent d’une certaine manière constante. Qu’on prenne , par exemple , une bûche de Chêne [fi(). 92 et 93) ou d’Ormc, et qu'après avoir coupé nettement une certaine portion de la surface de sa tranche , on examine ses zones, on verra que le bord interne de chacune est dessiné par une ou plusieurs lignes do petits trous qui manquent dans tout le reste de la zone. Ce sont les ou-

vertures d’autant do gros vaisseaux

(pii se trouvent seulement vers ce bord interne, tandis que la couche est formée plus en dehors pardes libres serrées, il parois assez épaisses pour paraître pleines et pour que le canal qui les parcourt dans leur longueur échappe à l’œil nu. Dans une bûche de Charme, de Tilleul oud Erable, on n'observe pas ces gros vaisseaux, dont, la large ouverture dessine si nettement le boni interne de la zone annuelle ; mais elle est presque tout entière criblée par celles de vaisseaux plus petits et plus égaux entre eux Toujours cependant ils cessent vers le bord externe, exclusivement formé par plusieurs rangs de libres

02. Coupe horizontale d’une branche do Chêne Agée do liuil ans. — b Mois dans loipic] on voit huit zones concentriques , séparées l'une do l’autre par des lignes do poinls qui répondent aux ouvertures des gros vaisseaux. — c Jienrco qui monlro elln-niêinu huit zones concentriques, mais beaucoup plus minces et moins distinctes. - I,0 buis et l'êeoree sont traverses par des rayons médullaires, allant do la nreonférence, les uns jusqu’au rentre qui forme la moelle, les autres seulement jusqu’;, un rende formé' l'une des années siiivnnln*.

qui , en approchant de ce bord, deviennent de plus en plus grêles, serrées, colorées; et il en résulte une ligne de démarcation entre cette couche et la suivante, quelquefois fortement teintée, quelquefois pâle et assez indécise.

Dans plusieurs bois, la ligne de démarcation est marquée par un rang circulaire de cellules analogues à celles des rayons médullaires ; plus rarement ce tissu cellulaire, interposé aux couches de bois, acquiert plus d’épaisseur, dans le Sumac, par exemple, où ses cellules, disposées sur plusieurs rangées concentriques, sont grandes et co-' lorées comme la moelle.

§ 62. Nous avons vu (§ 49) que le nombre des faisceaux ligneux s’augmente parce qu’il s’en développe de nouveaux dans l’intervalle cellulaire d'abord large qui les séparait et qui a servi d’origine aux rayons médullaires [fig. 86 et 87). Ces faisceaux se multiplient plus tard d’après un antre mode, pour ainsi dire inverse, puisque ce sont

des rayons médullaires nouveaux qu’on voit s’interposer aux éléments ligneux (/»(/. 93).

Nous savons que, dans la production de chaque année , sur chaque tissu déjà existant vient s’appliquer , eh se formant, un tissu sur des utricules , pour continuer les libres et des vaisseaux sur des fibres continuer les faisceaux ligneux. Mais ancien , n'est pas simple

analogue

des utricules rayons médullaires ; des et des vaisseaux , poulie faisceau nouveau, ainsi appliqué sur comme lui ; il est double ou triple, coupé ainsi en plusieurs par des rangées cellulaires qui commenceront de nouveaux rayons (rm” nn° rm""), différents des premiers ( rin ) en co qu'ils ne partent pas du centre. Dans la nouvelle zone, plus grande que celles qui l'ont précédée, puisqu’elle leur est extérieure et concentrique, il s'est

03 Coupe horizontale de deux faisceaux ligneux de Chêno-lioge, sur une branche (le plusieurs années. On voit que ces faisceaux, séparés par le rayon médullaire rm* se sont chacun divisés les années suivantes en plusieurs faisceaux secondaires d’autant plus nombreux et séparés par des rayons d’autant plus courts (rm" rm'" rm””) que ces rayons ont pris naissance d’un cercle plus extérieur, et par conséquent plus tard. — m Moelle. rr Enveloppe cellulaire. — p Enveloppe subéreuse, qui dans celle espèce de Chêne prend un développement extrême.

nalarellement formé un plus grand nombre de faisceaux cl de rayons interposés.

§ 63. L’accroissement de chaque zone s'achève dans le courant de l’année : étendue jusqu’à une certaine limite, elle s’y arrête, et pose ainsi une base lixe sur laquelle s’appuiera la zone de l’année suivante. Les changements ultérieurs qu’elle subit ne dépendent plus que de ceux qui se passent dans l'intérieur de ses organes élémentaires. Jeunes, leurs cavités, revêtues de parois plus minces, étaient toutes remplies de sucs liquides. A mesure qu’ils vieillissent, la proportion des liquides diminue relativement aux solides, tant parce que les parois de chaque organe s’épaississent par l’addition de couches emboîtées les unes dans les autres (coi/, p. 8) que parce que les matières contenues, par suite de l’évaporation de leur partie fluide ou de nouvelles combinaisons chimiques, s’épaississent aussi et durcissent de plus en plus. C’est ainsi que se forme le ligneux , matière qui vient augmenter la densité de la paroi fibreuse en la pénétrant dans presque toute son épaisseur. Tandis que la fibre est de même nature dans toutes les espèces de bois, c'est ce ligneux qui, variant suivant chacune, lui donne ses qualités particulières. Il doit enfin arriver un moment où les fibres ainsi solidifiées cessent d'être perméables aux fluides.

§ 61. Puisque c’est, l’àge qui amène ces modifications, elles devront être beaucoup plus avancées dans les cercles les plus intérieurs, dont le tissu sera plus plein, plus dur, plus sec, que dans les extérieurs. Dans les bois colorés, c’est le centre qui le sera d’abord, et la coloration ira, comme la dureté, en s’avançant vers la circonférence. C’est de là qu’est venue, dans beaucoup de bois, la distinction de deux portions : 1° l’une, extérieure, qui conserve encore les qualités du jeune bois, c’est— à— cl ire qui reste imprégnée des sucs liquides auxquels elle est perméable, plus tendre par conséquent , et pôle ou blanche, ce qui lui a fait donner le nom d'aubier [alburnum : 2° l'autre, intérieure, desséchée, durcie et colorée, qu'on nomme vulgairement le cwnr ou bois pur [ail (ilttramen).

Dans les bois d une couleur foncée, ceux qu'emploie en général I ébénistorie, ces deux régions sont extrêmement distinctes; on conçoit, sans lavoir vu , combien, dans l'ébène, le palissandre ou l'acajou, le cœur, qui sert, a faire nos meubles, tranche sur I aubier encore blanc, il est inutile d'énumérer ici cos nuances naturelles, si diverses dans les divers bois, que chacun se rappellera pour ceux qu il connaît déjà, et dont il pourra chercher dans les collections de> exemples moins connus et bien plus variés. Quoique cette intensité de couleur se fasse surtout remarquer dans les arbres des climats chauds, quelques uns des nôtres la présentent à un degré assez

remarquable. Dans la plupart cependant le changement est lent, et la transition plus ou moins insensiblement graduée de l'aubier au bois. Dans plusieurs, comme dans le peuplier ou le saule, patexemple, où il ne se colore pas, et qu’on nomme en conséquence bois blancs , l’œil n’aperçoit pas de différences. La dureté est en général en raison directe de la coloration : on cite les bois les plus foncés, l'ébène, le bois de fer, comme les plus compactes et les plus durables. Les bois blancs sont aussi les plus tendres, et se détruisent plus vile et plus facilement ; car ils ont conservé en partie la nature de l’aubier. La mauvaise qualité de celui-ci est une connaissance tout à fait populaire, et pourrait d'ailleurs, sans le secours de l’expérience, être conclue directement de ce que nous avons dit précédemment à ce sujet, la plus grande proportion de liquides et la moindre des solides dans son tissu. Or, outre la diminution qui en résulte pour la portion qui doit seule se conserver et se travailler, on conçoit que L abondance des liquides amène, par leur évaporation ou par les combinaisons nouvelles que leur état favorise, des altérations nombreuses dans le volume et dans la composition même de ce bois imparfait, et surtout y appelle des ennemis toujours prêts , les insectes, attirés par l'amas des matières qui étaient destinées à la nourriture même du tissu végétal.

§ G5. Les couches annuelles sont d une épaisseur fort inégale, beaucoup plus larges dans les bois tendres, qui, comme on le sait, ont un accroissement très rapide, beaucoup moins dans les bois durs. Elles varient d'ailleurs, sous ce rapport, dans une même espèce d'arbres, suivant les circonstances où il s'est trouvé placé. Ainsi un arbre grossira moins lorsqu'il est environné d'autres arbres serrés contre lui, s'il croît dans un sol moins favorable, s'il est dans un climat plus rude où l'hiver dure plus longtemps. Dans les derniers arbres qu’on trouve en se rapprochant des pôles, les couches annuelles peuvent se distinguer encore, mais elles sont d'une extrême ténuité. On trouvera, par la même raison, entre les couches successives d’un même arbre, une fréquente inégalité, qui tient aux différences qu'ont présentées les saisons dans les années correspondantes.

Uno autre cause d’inégalité des couches qu'il est difficile d'apprécier est dans l'Age de l’arbre. Un arbre plus vieux grossit plus régulièrement, mais moins vite que dans sa jeunesse; et dans celle-ci il y a une période où il grossit plus que dans une autre : par exemple, le Chêne do vingt à trente ans. D une autre part, la moindre épaisseur des couches, de quoique cause qu’elle résulte, s allie ordinairement avec la plus grande densité du bois. La science du forestier est la connaissance de ces habitudes de chaque espèce d arbres: il pourra les favoriser ou les combattre; il saura choisii pour

TIGE. HAYONS MÉDULLAIRES. (il

les coupes régulières, dans lesquelles on a principalement égard à la quantité du bois, l’année où sa croissance commence à se ralentir ; si c’est au contraire la qualité qu’on recherche de préférence, une autre époque conviendra mieux.

Une môme zone n'a pas toujours dans toute sa circonférence une épaisseur égale, et, lorsqu'il y a inégalité, elle se fait ordinairement sentir dans un grand nombre de couches successives et du même côté, de sorte qu’il devient clair qu’elle est due à une cause permanente agissant dans ce sens. On avait cru d'abord que cette cause était la diversité d’exposition pour les différents côtés de l’arbre, qui croîtraient plus au midi qu’au nord. Mais on s’est assuré de la nullité de cette influence, qui d’ailleurs devrait agir généralement et régulièrement; et l’on a constaté que le phénomène est dû à des influences purement locales : par exemple, à ce que l’arbre est gêné et masqué d'un côté, libre de l’autre et exposé à la lumière, surtout à ce que ses racines trouvent un meilleur sol de l’un que de l’autre.

§ 66. Nous avons présenté l'alternance des saisons comme déterminant la formation des couches annuelles, par l’interruption et la reprise régulière du travail qui y préside. Que se passe-t-il donc sous les tropiques, où les hivers sont trop chauds pour interrompre le travail de la végétation? 11 semblerait qu’elle doit se continuer incessamment, et que le bois formé à toute époque ne doit pas se séparer en zones distinctes. Elles le sont moins en effet dans beaucoup d’arbres de ces contrées, quoiqu’on général elles le soient encore. C’est ([ne dans la plupart la végétation est soumise aussi à un repos périodique : la saison de la sécheresse, (pii pour beaucoup d’arbres amené la chute dos feuilles, supplée là, jusqu'à un certain point, à notre hiver. Des observations suivies dans des climats aussi peu semblables au nôtre ne pourraient, du reste, manquer de nous apprendre et de nous expliquer beaucoup de faits différents de ceux auxquels nous sommes habitués.

§ 67. Rayons médullaires. — Nous avons eu occasion, dans tous les articles précédents, de parler fréquemment des rayons médullaires; nous avons exposé leur composition, comment ils se forment et se multiplient. Ceux (pii, existant des l’origine de la tige, se continuent sans interruption de la moelle à l'écorce, ont été nommés grands rayons (( iy . 93 m’); ceux qui ne se, sont montrés que dans les années suivantes, et ont lour point do départ dans les couches correspondant à ces années, ont été nommés pclils rayons (/h/. 93 nn" rm'” r m””). Ceux-ci se présentent môme dans les bois oii la distinction des couches n est pas manifeste, et indiquent ainsi, quoique obscurément, des formations successives que l'bomogénéilé de toute la masse ligneuse ne permet pas d’apercevoir autrement,

l>2 BOTANIQUE.

Si Ion examine les rayons, non plus seulement sur la tranche horizontale, mais sur la tige fendue dans sa longueur, on voit que les cellules qui les composent, placées les unes au-dessus des autres sur un ou plusieurs rangs, forment des lames minces ( fig . 94 rm . Si la marche des faisceaux est parfaitement rectiligne, comme dans

la Clématite, par exemple, les lames formées par les rayons s'étendent sans interruption d'un bout de la tige à l'autre : c’est suivant elles que le bois se fend, et cela avec une extrême facilité. Mais, le plus souvent, les faisceaux partiels sont plus ou moins flexueux dans leur trajet vertical, et alors, là où ils dévient, les lames s'interrompent. C'est ce qu’on constate clairement soit en examinant la surface du bois écorcé, soit encore mieux sur des tranches verticales très minces perpendiculaires aux rayons [fuj. 95). On voit les faisceaux, d’abord unis, diverger un peu, pour se réunir de nouveau plus bas, et laisser ainsi entre eux dans leur écartement un intervalle rempli par les cellules des rayons, dont les lames se moulent

Oi. Coupe d'un rameau d’Krable commun, Agé d’un an, verticale et passant par la moelle , vue sous un fort grossissement. Ou voit la lame formée par le rayon médullaire rm, étendue de la moelle m au parenchyme cortical ce, limitant dans son trajet : I " un faisceau ligneux composé do dehors en dedans par des trachées I et des libres ligneuses fl, au milieu desquelles s’aperçoit un gros vaisseau ponctué l'p, ü” un faisceau de libres corticales fc.

95. Coupe verticale du même rameau , tangeiiliclle, c'est-à-dire perpendiculaire aux rayons médullaires. //, f! Fibres ligneuses, formant de petits faisceaux llexueux, qui laissent ainsi entre eux des intervalles traversés par les rayons médullaires rm, rm, nu.

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