‹ BotaniqueChapitre 37 sur 206 · VEUILLES. STIPULES · texte numérisé non relu

VEUILLES. STIPULES

latéraux de faisceaux plus ou moins écartés de la base de la feuille, plus ou moins liés avec elle par du parenchyme intermédiaire, plus ou moins brusquement terminés. Ils peuvent, quoique sortant de la tige en même temps que les faisceaux propres de la feuille , en rester indépendants, et, comme alors ils ne semblent tenir qu'a celte tige, on appelle ces stipules cauluiaires (/ ig . 133). Ils peuvent s’unir au pétiole ( ficj. 132) dans une étendue plus ou moins grande ; et , comme alors ils semblent en dépendre, on appelle ces stipules yéliolaires.

Les stipules manquent entièrement dans un grand nombre de cas, moins souvent cependant qu’on ne le croit ; car elles se dérobent fréquemment à la vue, ou par leur extrême petitesse, ou par leur courte durée. Mais, en les recherchant avec beaucoup do soin à l'aide de la loupe et dans les jeunes feuilles , on en trouve dans une foule de plantes qu’on avait dit en être dépourvues.

§ 123. Leur apparence varie beaucoup. Elles sont souvent réduites ii une petite pointe, un petit filet, une petite écaille. D’autres fois elles se développent davantage, et c'est alors souvent qu elles prennent une consistance foliacée, l'apparence de lobes ou de folioles qui peuvent elles -mémos présenter des nervures , des dents , des lobules, même un rétrécissement inférieur en forme de pétiole. Il n’est pas rare non plus que leur tissu , au lieu de s’épaissir ou de verdir, reste à 1 état d’une membrane mince, incolore ou diaphane. Mais, si elle varie autant d’une plante à l'autre, il n’en est pas ainsi dans une même plante , et même souvent dans plusieurs plantes voisines entre elles , comme celles qui, se ressemblant par un grand nombre de caractères , forment ce qu’on appelle en histoire naturelle des genres, des familles. Des familles entières sont caractérisées par l’absence des stipules ou par leur présence , et alors par quelque circonstance particulière dans leur manière d’ôlre.

§ 126. Nous les avons vues ou entièrement libres, ou soudées avec le pétiole. Si elles offrent une très grande largeur et embrassent, ainsi la moitié de la lige, une stipule peut rencontrer l’autre sur le côté opposé à celui où naît la feuille, et leurs bords externes en se rencontrant peuvent même s’unir, soit en bas, soit dans toute leur

133. Fragment d'un rameau >' d'une espèce de Saule (Sahx aurila), poi'laul une feuille /‘.iTcr son foliole, sei stipules enulinnircs 55, et sou bourgeon b. Lu portion simérirure du limbu a élé ic’IrnncluV.

ta

ilü BOTANIQUE.

ongueur. C’est alors qu'on a une gaine fendue fuj. 134) ou entière [fUj. 113), une stipule vaginale. Si les stipules en se dilatant viennent au contraire à se rencontrer et s’unir par leurs bords internes,

elles forment une lame unique dont le milieu est interposé entre la tige et la naissance de la feuille, dans cet angle qu’on appelle l’aisselle de celle-ci : c’est ce qu’on nomme une stipule axillaire (fit y. 1 35' . Si les deux feuilles naissent à la même hauteur l’une vis-à-vis de

l’autre, munies chacune de leurs deux stipules, et que de chaque côté la stipule de la feuille de droite vienne à rencontrer celle de la feuille de gauche et à se réunir avec elle, les deux sem- \ 3(5. blent en former une seule

intermédiaire aux deux appelle inlerpéliolaire [fuj. 136). Dans tous ces est averti de l’origine des deux stipules confondues , soit parce quelles no le sont qu’en partie, soit parce que

pétioles et qu’on différents cas , on

1 34. Portion do fouille do V Astragales onobrycliis. — f Partie inférieure do la feuille composée avec trois paires de folioles. — s Stipules soudées en une seule sur le côté opposé du rameau r.

135. Feuille f de YHoulluynia cordât a, portée sur un fragment de rameau r, auquel t-lle se rattache par son pétiole, à la base duquel on voit la stipule axillaire s.

130. Les deux feuilles opposées ff d’une Uubiacéc ( Cephalanlhus occidentalis) , montrant chacune à leur origine celle de leurs deux stipules qui est tournée du côté du spectateur. Ces doux stipules se sont soudées sur la ligne médiane en une seule interpéliolaire s. Il y en a une semblable du côté opposé. — r Rameau.

COMPARAISON DES FEUILLES DE VÉGÉTAUX. 1 1 1 dans clos plantes voisines cctto confusion n'a pas lieu et qu'on trouve des passages d'un état à l'autre.

Dans toutes les explications précédentes, en disant que les stipules s’élargissent, se rencontrent, se soudent, nous nous servons d’un langage figuratif, leur dilatation et leur union pouvant avoir lieu dès le principe et résultant de la disposition des faisceaux dans la tige et aux points où ils en sortent pour former ces nouveaux organes.

S I 27. Les trois parties de la feuille ne se montrent pas toujours ensemble, et elle peut être réduite à deux ou même à une. On appelle sessile celle, dont le pétiole manque, et eœstipulée celle qui est dépourvue de stipules. En effet, les parties pétiolaire et vaginale sont celles qui font le plus souvent défaut. Quelquefois cependant c'est le limbe, et alors la feuille a perdu son apparence ordinaire, et est dans quelques cas désignée par d'autres noms.

§ 128. Les feuilles une fois arrivées à leurs dimensions définitives vivent plus ou moins longtemps. On sait que, dans la plupart de nos arbres, cette vie n'excède pas quelques mois. Dans quelques uns, surtout dans ceux des climats chauds, elles persistent deux années ou plus, et ces arbres sont appelés toujours verts , parce qu'on les voit constamment couverts d'un feuillage qui conserve sa couleur; mais ce ne sont pas toujours les mêmes feuilles. Les premières sont tombées après un certain temps; mais l’arbre, déjà couvert de feuilles nouvelles, ne s'est pas dépouillé et a conservé la même apparence. C'est ce qu'on peut aisément vérifier sur nos Pins, nos Houx, nos Chênes verts, etc. Nous avons vu que, parmi les feuilles annuelles, les unes restent flétries sur l'arbre, les autres s'en détachent en se désarticulant. Il est inutile de rappeler comment la couleur verte est remplacée progressivement par celle qu’on connaît sous le nom de feuille-morte. Mais souvent les feuilles, celles qui sont articulées surtout, passent, avant de tomber, par diverses nuances dont la variété, et pour quelques unes la richesse et l’éclat, leur donnent ces teintes automnales si vantées, d’un si grand effet, surtout en massifs.

§ 129. Comparaison «1rs fruillcs «laits l«‘s trois gramlrs «‘lasses «le végt-tmix. — Jusqu’ici la comparaison des organes fondamentaux dans les trois grandes classes de végétaux nous a montré entre elles des différences notables et constantes. En est-il de même pour leurs feuilles? Rappelons d’abord qu’elles se composent. de nervures cl de parenchyme, cl que les premières sont palmées ou pennées, suivant que le faisceau pétiolaire se partage à son entrée dans le limbe en plusieurs autres presque égaux et divergents, ou se continue sur la ligne médiane en distribuant à droite et à gau-

che des faisceaux plus petits qui se détachent de lui. Nous n'avons pas insisté sur sa marche ultérieure et sur les rapports de ces faisceaux ou nervures secondaires. Or, il peut arriver deux choses . 1° qq’ils continuent tous leur marche sans se ramifier, ou du moins, s'ils émettent quelques divisions latérales, sans se mêler jamais avec les faisceaux voisins; 2° que les nervures secondaires se ramifient elles-mêmes, que ces ramifications se subdivisent à leur tour, que, passant d une nervure à une autre, elles les réunissent, qu'il en résulte enfin une sorte de réseau vasculaire dont les mailles sont formées par les dernières divisions des nervures, les aréoles par le parenchyme.

11 paraît y avoir un accord assez constant entre ces deux modesde distribution des nervures et les deux grandes classes de végétaux cotylédonés, le premier s’observant en général dans les monocotylédonées, le second dans les dicotylédonées.

§ 130. Feuilles des Ulonoeot^lédouces. — Leur limbe ne présente pas des nervures en réseau; quelquefois elles marchent toutes parallèlement, comme • dans les feuilles d'iris, de Roseau , etc.; d’autres fois il y en a de secondaires qui se détachent d’une ou plusieurs principales en marchant dans une autre direction ; mais elles s’en séparent par une ligne plus ou moins arquée , dont la convexité est tournée vers la principale [fuj. 137). De cette égalité et de ce parallélisme des nervures secondaires , il résulte que la feuille est le plus souvent entière. Les Palmiers, il est vrai, offrent des feuilles pinnatiséquées et palmatiséquées; mais on peut, en suivant leur développement, voir que, dans leur premier âge, elles étaient réellement entières, et que c’est plus tard qu’elles se sont fendues en plusieurs lobes parallèlement à leurs nervures palmées ou pennées.

La partie vaginale est souvent très développée dans les feuilles des Monocotylédonées qui engainant la tige dans une assez grande longueur. Ce sont même plusieurs de ces gaines emboîtées les unes dans les autres qui fortifient la lige et semblent la constituer en grande partie dans beaucoup de ces plantes, dans les Bananiers, par exemple. La gaine à sa terminaison ■137. se prolonge quelquefois en une espèce de petite collerette souvent membraneuse et blanchâtre ifig. 138 <//),

137. Feuille do nnnnnier (1res nkluilo), pour faire voir les nervures secondaires indivises, parallèles el rnrvilipnes à leur origine.

l-’EUil.l.ES DES MONOCOT V l.E DON EES. 113

tantôt entière, tantôt frangée ou déchiquetée, et le plus souvent symétriquement en deux parties latérales. Cest ce qu on appelle là ligule qu’on rencontre dans presque toutes les Graminées, et qu 'on a comparée aux stipules; car, si celles-ci sont considérées comme entièrement distinctes de la gaine, on n'en trouve pas d autres dans les Monocotvlédonées.

Continuée avec la lige dans une grande partie de son contour et suivant sa direction, la gaine ne s’articule pas , et la feuille no tombe pas avant de mourir.

Si les nervures restent toutes parallèles depuis le bas jusqu’en haut de la feuille, sa forme est le plus souvent celle d’un ruban (Tvpha, Roseau), et il est difficile d’y pouvoir distinguer un pétiole et un limbe. D’autres fois elles divergent peu à peu à partir de la base, puis convergent de nouveau vers le sommet, et l'on a l'apparence d’un limbe (quelques Orchidées, Epipaclis or alu, la U folia , etc.). Si des nervures secondaires se séparent des principales dans une autre direction , en se séparant elles déterminent un élargissement , un limbe bien distinct du pétiole qu’elles formaient rapprochées plus bas. C’est ce dont les Bananiers donnent l’exemple sur une si grande échelle !fiy. 137;. Dans la plupart des cas, la feuille tout entière serait plutôt comparable a un phyllodo, et une plante très commune sur le bord de nos rivières, la Èiéchièro ( SaijiUariu siujiltifoliu ) , justifie celte comparaison; car on peut y voir sur le mémo pied des feuilles portant au haut d’un pétiole long et dressé un grand limite en forme de flèche, d’autres étendues au cours de l'eau qui les baume, s'allongeant en de longs et minces rubans sans distinction de limbe et de pétiole, et l'on peut suivre le passage d’une do ces formes à l'autre si différente.

Cn petit nombre de familles monocolylédonées font exception aux règles précédentes par les nervures ramifiées et anastomosées en réseau de leurs feuilles, où I on doit reconnaître un véritable limbe, souvent lobé dans son contour. Ce sont les Aroïdées, Smilacées cl Dioscoréacées.

DIS. Portion d’une feuille de Graminée [Phalaris arundinacea). — f Sa partie iMibaire f/ Sa gaine. — qv Portion vaginale do celle-ci. — 0l Sa portion supé- Mi.'iiro lihrr mcmbrnwMis on liirulo.

I I i BOTANIQUE.

j5 131. Feuilles «les lkieotyl«'-«lonées. — C'est parmi elles qu on trouve les feuilles articulées, celles qui sont véritablement composées (fig. 1 26, 1 27), celles dont le contour est denté (fig. 1 281, crénelé, partagé en lobes par des angles ou des sinus (fig. 1 22, 1 23, 124, 125), et non par dos lignes droites résultant de déchirures. Les nervures, en naissant les unes des autres, forment un angle proprement dit, le plus souvent aigu (fig. 120, 121); elles se divisent et se confondent par leurs dernières ramifications. En nous occupant de la feuille en général, c'est elles et leurs parties constituantes que nous avons eues presque constamment en vue; il serait donc superflu de s'y arrêter ici.

Disons cependant que, dans quelques Dicotylédonées, les feuilles, par les nervures parallèles ou convergentes sans ramifications, jouent assez bien celles de Monocotylédonées. Telles sont, par exemple, quelques unesdenos Renoncules (lianunculus gramîneus , Ungua, etc.).

II y en a qu’on peut, sans aucun doute, reconnaître pour des pliyllodes, comme dans les Acacias à feuilles entières, où l'on voit à ces prétendues feuilles s’ajouter constamment le limbe dans les premières qui succèdent à la germination. Beaucoup de botanistes sont tentés, par analogie, d’expliquer de même toutes les feuilles de Dicotylédonées qui offrent cette forme et cette nervation exceptionnelles.

§ 132. Feuilles «les Acot^lé«lonées. — Dans cette classe, cesont les feuilles des Fougères qui prennent le plus grand développement, sessiles ou pétiolées, entières ou découpées. Leur division peut être portée à un degré très remarquable. Ainsi, dans le Pteris aquilina, cette grande fougère si répandue dans les bois de nos environs, ce qu'on est tenté de prendre pour une tige chargée de feuilles, n'est autre chose qu'une seule feuille partant d’une souche souterraine et plusieurs fois pinnatiséquée. Les nervures présentent des ramifications et des réseaux plus variés même que dans les feuilles des Cotylérlonées, et pouvant fournir de bons caractères dans la classification. Les pétioles sont parcourus par des faisceaux fibro-vasculaires, semblables par leur composition à ceux de la tige, c’est-à-dire présentant un amas de vaisseaux le plus souvent scalariformes, rapprochés en une bande diversement pliée et entourés par une couche de parenchyme noirâtre. Il en résulte sur la coupe horizontale de cos pétioles des figures variées et bizarres qui peuvent aussi servir a distinguer les espèces entre elles. Nous nous contenterons de citer ici celte ressemblance grossière avec 1 aigle a deux tètes des armes d’Autriche, qu’on a signalée dans le faisceau du pétiole du Pteris aquilina coupé obliquement vers sa base. Elle pourra servir a 1 élude de colle sorte de vaisseaux et de fibres si communs dans les fougères.

FEUILLES. PHYLLOTAXIE. 115

1.03 fouilles deviennent très simples clans tonies les autres Aco tvlédonées dont les liges nous ont offert un système fibro-vasculairo encore divisées, comme 4-foliolées, et marcjuées de nombreuses nervures dans les Marsilea , elles se réduisent dans les Lycopodiacéos à une lame cellulaire parcourue dans sa largeur par un seul petit faisceau. Celui-ci manque et est remplacé par quelques cellules allongées.dans les familles dépourvues de vaisseaux comme les Mousses et les Jongermannes ; et enfin cette ébauche de feuilles disparaît elle-même avec la tige dans les dernières familles, comme les Lichens, les Champignons et les Algues.

Page 1