BOURGEONS
§ I 40. Le point d'où liait une feuille a dans la vie du végétal une double importance, puisque c’est en général immédiatement audessus de lui que nait le bourgeon ( gemma f fig. 145, b a , ?/«, ba]), dans l'angle compris entre la tige et la feuille, et qu’on nomme Vaisselle ( axilla ) de celle-ci : de là on a forme l’épithète d’ axillaire. Le bourgeon n’est autre chose que le premier âge d’une branche , dont toutes les parties latérales, les feuilles à leur premier état de développement, sont ramassées sur un axe extrêmement court. On l a donc naturellement comparé à l’embryon, dont il diffère parce qu’au lieu d’être indé- b,e pendant et de suffire d’aborcl a sa propre subsistance, au moyen d une ou de deux premières feuilles charnues ou cotylédons, il fait partie d’un végétal déjà formé qui lui fournit sa nourriture, et que ses premières feuilles, appelées à lui rendre d’autres services , ne présentent nullement les formes cotvlédonaircs. Quelques auteurs l’ont en conséquence nommé embryon fixe.
§ I il C’est, dans le principe, un petit amas ou noyau cellulaire en rapport avec l’extrémité des rayons médullaires, et qui, d'abord caché à 1 intérieur, pousse ensuite l’écorce devant lui et se montre extérieurement. Plus tard les séries intérieures des cellules do ce petit axe s organisent en vaisseaux, et sa surface se couvre de petits appendices cellulaires, premières ébauches des feuilles, dont le développement suivra des lois que nous avons déjà exposées. Nous savons aussi déjà que la branche reproduit la tige dans sa composition et dans son évolution. Les vaisseaux et fibres de l une se continuent dans 1 autre; mais il n’y a pas la même continuité par la moelle : l’étui médullaire de la branche se ferme et so termine à son point d’origine, comme celui de la première se formait à l’origine de la racine.
§ 1 42. Le bourgeon, chargé d’une génération de feuilles qui doi- 'ent succéder a celle a 1 aisselle do laquelle il so produit, survit naturellement a celte feuille; et, lorsqu'elle tombe ou se flétrit a la
115. Sommet d'un rameau .lu LonirCrii nigra ii l’élut .l'bibcninlkin , cVU-i. .liiv -l.rc» la chute .les feuilles, cl clu.rgd de te- l'uuqjcciiis ; tin terminal 01, idiMeurlüiro laluraiix brr, bn , bru
i î'ï BOTANIQUE.
lin do l'année, il persiste sur la lige dans un étal stationnaire jusqu'à la saison qui, ranimant la végétation, viendra lui donner une impulsion nouvelle et déterminer son développement en branche. Dans les climats chauds , où cet intervalle de repos est presque nul, où d'ailleurs il est, à cause de la température, sans danger pour le jeune bourgeon, les premières feuilles de celui-ci sont aussi complètes et à peu près les mêmes que seront les suivantes. Mais dans les pavs sujets à un hiver plus ou moins rigoureux, auquel ne pourraient résister des organes aussi tendres, les premières feuilles , les plus extérieures, qui, dans l'état de rapprochement où elles se trouvent comme pelotonnées, servent d’enveloppe aux autres, présentent des modifications remarquables de forme et de substance qui les rendent propres à résister elles-mêmes et à protéger les parties les plus intérieures. Leur consistance est alors ordinairement celle à laquelle on donne en botanique le nom d'écailleuse, c’est-à-dire dure et sèche, comme l est., par exemple, l'enveloppe d'une graine de Melon ou de Poire. Souvent elles sont en outre imprégnées de quelques matières insolubles dans l’eau et conduisant mal la chaleur, comme la résine (dans certains Peupliers, par exemple) ; d'autres fois doublées d’un épais duvet (dans beaucoup de Saules, par exemple).
Quelquefois ces feuilles ou écailles sont, assez développées pour s'envelopper complètement l’une l’autre. Plus ordinairement, elles sont plus courtes que la totalité du bourgeon, et se présentent alors imbriquées sur plusieurs rangs, c’est-à-dire les extérieures recouvrant le bas des intérieures, à peu près à la manière des tuiles d'un toit [fig. 145, 146, 1). Dans ce cas, pour peu qu’il s'en trouve un certain nombre et que le bourgeon soit allongé, il est facile d'y reconnaître au premier coup d’œil l'agencement spiral, analogue à celui que nous avons signalé dans les cônes des Pins. On appelle les bourgeons écailleux, lorsqu’ils sont ainsi défendus ; nus , lorsque les feuilles extérieures ne présentent pas de modifications remarquables, comme dans la plupart dos arbres tropicaux. Quelques uns des nôtres, cependant, par exemple, la Bourgène ( Hhanmus frangula), ont les bourgeons nus J mais c’est un cas fort rare.
On a proposé divers termes ( tegmenta , perulœ) pour désigner ces feuilles extérieures et modifiées, qüi servent ainsi d’organes protecteurs. Libné les appelait ingénieusement hibcrmcula ou logements d'hiver. C’est à leur ensemble que doCandollc réserve le nom de bourgeon, donnant au reste celui do jeune pousse. Pour éviter la multiplicité des mots, nous les appellerons ici écailles, en avertissant que ce n'est pas la forme qu'ils présentent constamment, quoique ce soit la plus ordinaire.
§ 1 43. La feuille, en remplissant ce rôle, se trouve réduite à l une
1J0URUE0NS. 123
ou à l'autre de ses parties, et de là diverses épithètos par lesquelles on distingue ces origines différentes. Les bourgeons sont dits foliacés, si l'écaille est formée par le limbe seul ainsi métamorphosé; pêlio- Incfe, si elle est formée par rélargissement inférieur du pétiole que i. 2.
nous avons nommé gaine; stipula ers , si c’est par ses productions latérales ou stipules ; fulcracès , si c'est par le pétiole et les stipules a la fois. La détermination do ces parties est quelquefois clairement nu iquec , et souvent la nature confirme nos théories en montrant ( es tiansilions graduées des écailles les plus intérieures aux premières feuilles véritables : comme dans le Paria, par exemple.
s lit. Les feuilles proprement dites, lorsque leur limbe a acquis 11110 grandeur dans le bourgeon, y sont en général diverse-
ment p ice- ou roulées sur elles-mêmes, de manière à s’adapter à sa lorme arrondie cl à occuper le moins do place possible. On a nommé cet état prcfohaison, ou plus anciennement vernation (vernalio), c’esla-dire état printanier. On désigne chacune de ces modifications par nn nom- particulier , que nous ajouterons entre parenthèses après la dülmition de chacune. Si nous considérons d'abord chaque fouille indépendamment des autres, nous trouverons quelles peuvent être : p no.-, ou en deux moitiés, soit la partie supérieure sur l in fé— rn un., en inppioc liant ainsi la base du sommet (ce qu’on appelle huttrs réclnu-rs, folia reclmala; exemple : Tulipier | fuj. 1 47, 1 | ) : S°.t ,a m0ltie do sur celle de gauche, les extrémités et la ner-
•to',|5».l»l«^yco.noro (.W, pmala-ptatami»), - v R«- |a rlmlc di' h f T ' '"l"1 1 l>üllanl 11 R,in s,l,nmnl In l'icalricn r, qui porsislc npri's
' il „ „ ' " '’r l,M,l,0ll,! 0,1 «r»in fnisi'pniix qui s'y -
r bomvva- - -■ *** i|-“- .<• ^
ISOTAN IOUE.
uire moyenne restant immobiles [f. comlupliquées, f. conduplicula : exemple : Chêne f /»</ . 147, 2]), ou plissées un certain nombre do lois à la manière d’un éventail (f. plissées, f. plicata; exemple: Erable \fg. 1 46 /', et 147, 3]), et ordinairement le long de leurs principales nervures; 2° roulées, ou leur axe restant droit, soit sur elles-mêmes en cornet (f. convoi niées, f. convoluta; exemple : Abricotier [ftij. 147, 4]); soit en sens opposé par leurs deux bords, qui
se réfléchissent tantôt on dehors (/. révolulées, f. révolu la ; exemple : Romarin [ fg. \ 47, 6 J), tantôt en dedans [f. invohitées , f. involuta : exemple: Violette [fig. 147, 5 j ), ou sur leur axe de haut on bas comme une crosse (/. circinées, f. circinala; exemple : Pilulaire | fig. I 47, 7]). Ces modifications peuvent se compliquer quelquefois l une par l’autre, comme, par exemple, lorsqu’un limbe plissé est récliné sur son pétiole, ou se composer lorsque les nervures secondaires s’infléchissent relativement à la médiane, comme celle-ci relativement à l’axe qui porte la feuille. C’est ce qu’on observe fréquemment dans les feuilles profondément découpées ( par exemple, les Fougères, dont les découpures sont roulées en crosse comme la totalité de la feuille), et surtout dans celles qui sont véritablement composées.
Si nous considérons maintenant les feuilles d’un même bouton les unes relativement aux autres, nous voyons que: 1° planes ou légèrement convexes, elles se touchent par leurs bords sans se rccou-
117. 1-7. Kcnilles à I '(•Int do vernation, considérées isolément. — I et 7. Vues sienne coupe verticale. — 2, 3, i, 5, (!. Sur une coupe horizontale. — 8-12. Réunion de plusieurs feuilles d'un même bourgeon , vues sur une coupe horizonln'o qui indique leur position relative en même temps que leur vernation individuelle. Dans toutes ces figures et dans les précédentes , la nervure médiane est indiquée par une plus grande épaisseur de la tranche, et l'ave qui porte les feuilles, par un rond placé à Cillé.
vrir ( vernation valcaire, folia vah'uta [fuj. 117, 8]), ou so recouvrent seulement dans une partie de leur hauteur^. imbriquée, f. imbricata ), et alors ordinairement aussi par leurs bords , suivant la disposition spirale qu elles doivent conserver plus lard [v. spirale, v. spiralés \ faj. 147, 9)] ; '2° pliées sur elles-mêmes, elles se touchent seulement par leurs bords opposés (fig. 1 47, 10), ou par leurs faces voisines (i\ indupliquèe, v. induplicata [fig. 147, 14]); ou bien une feuille condupliquée en embrasse complètement une autre et chevauche sur elle (/'. ëquitantes, f. equitantia [fig. 1 47, 12]), ou bien elle reçoit dans son pli la moitié d’une autre pliée de la même manière [f. demi -équi tantes , f. invicem equitantia séu obvoluta [fig. 147, 1 3 ]). Tous ces termes , au reste, ne s’appliquent pas exclusivement aux feuilles dans le bourgeon; ils servent à désigner des modes et des rapports de plicature ou d’enroulement analogues dans toutes les parties planes des végétaux . dans quelque partie et à quelque époque qu’on les trouve. Mais c’est principalement dans les parties jeunes qu’on les observe; par exemple aussi, dans celles de la fleur à l’état de bouton. Nous aurons donc aies retrouver plus loin, et. il est bon de les fixer dans la mémoire.
§ 145. C'est naturellement après avoir traité des bourgeons que nous pouvons comprendre la ramification du végétal, puisqu'elle résulte de l'évolution de ses bourgeons qui s’allongent en branches , dont chacune à son tour se couvrira de bourgeons nouveaux se développant en branches nouvelles et préparant eux-mêmes unejtroisième génération que suivront une quatrième, une cinquième* etc. Si I on nomme la tige axe primaire, on pourra nommer axes secondaires les branches qui en naissent immédiatement; tertiaires ceux qui naissent des secondaires, et ainsi de suite. Dans l'usage on se sert des mots branches (raini'j et rameaux ( ramuli'j pour désigner ces divisions successives ; et, comme elles sont souvent beaucoup plus nombreuses, on modifie ces noms, dont la valeur n’a rien de rigoureux, par des épithètes ou autrement, do manière à indiquer approximativement à quel degré de division répond la branche dont on parle. Il arrive d'ailleurs fréquemment qu’on donne à ces différents termes une valeur purement relative, prenant pour point de départ, non la tige, mais un axe qui en est plus ou moins éloigné. Ainsi, ce qu’on appelle branche dans les herbiers ne serait appelé le plus souvent sur l'arbre qu’un faible rameau.
§ 1 46. Il est clair que si, à l’aisselle do chaque feuille, un bourgeon se développait en branche, la solution relative des branches
no sérail autre que relie des feuilles. Dans les plantes herbacées, où le nombre des feuilles et des axes est nécessairement beaucoup plus limité, assez souvent la plupart des bourgeons se développent. L arrangement des feuilles et la ramification se reproduisent et s’accusent l’un l’autre assez exactement; mais il n’est pas rare non plus qu’un certain nombre de bourgeons axillaires ne se développent pas. C est ce qui est plus ordinaire encore pour les végétaux ligneux, dont la vie prolongée entraîne une ramification plus com pliquée.
Voilà donc une première cause qui modifie l’arrangement des branches par rapport à celui des feuilles, savoir, la suppression d'un certain nombre de bourgeons. Une seconde cause contraire est l'addition d’un certain nombre d'autres qui peuvent se développer à d’autres points. Examinons successivement ces deux causes et leurs effets.
§ 147. Nous n’avons pas parlé précédemment d’un bourgeon dont l'existence est encore plus constante que celle des latéraux placés à l'aisselle des feuilles: c'est le bourgeon terminal, destiné à continuer l’axe à l’extrémité duquel il est né [fuj. I io bt . La gemmule de l’embryon était le premier. Lorsqu’elle a pris tout le développement dont elle est susceptible; que, parvenue à ce premier terme, la tige avec ses feuilles s’arrête dans sa croissance, sur son sommet se forme un bourgeon qui en est comme le couronnement. Après un certain temps d’arrêt, qui, dans notre climat, répond à l'hiver, ce bourgeon commence à se développer, puis s’arrête de même à son tour en en préparant un pour l’année suivante. La tige se compose donc* réellement d’un certain nombre de branches bout à bout : par consJtpient , dans nos arbres dicotylédonés, on doit voir diminuer successivement le nombre des couches ligneuses une par une à mesure qu’on les obsene de bas en haut; et, si 1 on pouvait distinguer au dehors la pousse de chaque année de celle de l’année précédente, on aurait, tant que cet allongement ne s'arrête pas, un moyen extérieur de déterminer l'âge d’un arbre.
Il y a un assez grand nombre de végétaux où ce bourgeon terminal est le seul qui se développe ; et alors il n y a pas de ramification latérale : la lige est simple, ('.'est un cas assez rare pour les dicotylédonés, qui le présentent néanmoins quelquefois, comme les Cycadées ou les Papayers, dont le tronc s'élance en manière de colonne couronnée par une touffe de fouilles ; mais il est. fort commun pour les monocotylédonés (fig. 100, I), cl. nous avons vu que ceux qui deviennent des arbres prennent celto forme le plus habituellement : aussi avait-on proposé, pour reconnaître leur âge , 1 emploi de ce moyen que nous expliquions tout a I heure. Mais si, vers le
luuit de la lige, on trouve des traces annulaires qui indiquent les pousses successives, elles se sont en général depuis longtemps effacées vers le bas dans les vieux arbres. El d'ailleurs nous ne savons pas encore avec assez de précision si, dans des climats différents des nôtres .et exempts d’hiver, la formation de chacun de ces anneaux correspond à une année ou à tout autre intervalle régulier de temps.
§ I i 8 . Prenons maintenant le cas où les bourgeons axillaires se développent en plus ou moins grand nombre, mais non tous. Le défaut de développement des autres peut être irrégulier et dépendre de causes locales ou individuelles. Ainsi, le défaut d’air, de lumière, une mauvaise veine du sol peuvent faire avorter en partie les bourgeons d'un côté de la plante, tandis qu ils se développent de 1 autre où elle n'est pas exposée à ces inlluences défavorables et accidentelles. Mais sur certains- végétaux , c'est avec une régularité digne de remarque qu’on voit avorter certains bourgeons, qu'on voit les autres ne se développer qu'à des intervalles déterminés, de sorte qu on sait d avance quelles feuilles émettront des rameaux de leur aisselle et quelles feuilles n’en émettront pas.
Supposons que le bourgeon terminal soit un de ceux qui se trouvent dans ce cas d'avortement prédisposé, qu’il ne se développe pas pendant que les latéraux se développent: la tige sera courte ou presque nulle ; c’est sur les côtés que croîtra le végétal, soit dans tous les sens, soit de préférence dans un petit nombre de directions, s il y a de ces avortements réglés par un de ces rapports constants que nous avons signalés tout à l'heure.
Lest ici que doivent se placer certaines modifications dont plusieurs sont rapportées ordinairement à la tige, mais qui ne dépendent réellement toutes que d’un mode particulier de ramification. Dans los cas dont il s’agit, la tige produite par la germination de 1 embryon cesse, après un certain temps, de croître; et comme elle ne s allonge pas par la production d’un bourgeon terminal, une branche latérale, née en général près de sa base, se charge de son rôle et de la génération suivante. Or la tige ne commence pas toujours au niveau du sol, elle s'enfonce souvent plus ou moins profondément en dessous; et ainsi cette branche qui la remplacera peut naître dans la terre aussi bien qu’au-dessus de la terre.
& l 40. Les plantes connues vulgairement sous le nom de vivaces ( perennes ) sont précisément dans ce cas. La première année, a paru au jour une lige qu on a vue parcourir toutes les mômes phases que celle rie la plante annuelle, et. qui, comme elle, a fini par mourir, mais c est seulement dans sa portion élevée au-dessus du sol ; audessous ont continué de vivre sa racine et la base do sa lige char-
gée d'un ou de plusieurs bourgeons. Elles braveront l'hiver ain^i enterrées, et, se ranimant au printemps suivant, se développeront en autant de tiges appelées à leur tour à la mémo vie. Ces bourgeons offrent ordinairement une forme particulière; leur axe, épais et charnu, s'allonge beaucoup avant de produire des feuilles : on lui a donné le nom de turion ( turio ). On peut en avoir des exemples dans les Pivoines, ou, pour en citer un qui sera plus familier à la plupart des lecteurs, dans les pointes d'Aspergc à l’état où on les mange.
§ 150. Au lieu de rester stationnaire jusqu’à l'année suivante, et de sortir à l'air en se développant, les branches souterraines peuvent s’allonger sous terre. Nous avons vu autre part (§ 95 ) que les tiges, dans cette condition, produisent ordinairement des racines adventives. C’est ce qui arrivera à nos branches ; et, rampant ainsi obliquement ou horizontalement au-dessous du sol, chargées do prolongements et de fibrilles radiculaires, elles prendront toute l'apparence d une racine. On les nomme alors rhizome ( rhizoma ). Tantôt
\ ta.
la branche souterraine continue sa course, émettant île sa face tournée on haut ou de scs côtés des bourgeons qui, poussant verticalement, viennent so développer et zfc s'épanouir au jour [fuj. \ 48) ; tantôt elle se redresse elle-même et vient au jour > par son extrémité terminée en bourgeon ;
mais c'est ordinairement après qu une branche semblable a elle, et néo d'elle, a pris sa place et sa marche souterraine. La même plante
1 Portion du rhizome v du Scirpus paluttr'u (beaucoup plus petit que nature).— fe. fc Feuilles situées sur le rhizome, à l’état (l'écailles. — pn Partie aérienne de la plante, les branches fouillées ou florifères qui s’élèvent au-dessus de 1a vase. — l Niveau de la terre au-dessus du rhizome.
HO. Portion du rhizome r du Sceau-de-Salomon ( Convallaria polygonatum ). — b Bourgeon déjà développé en rameau à l’extrémité du rhizome. — b' Bourgeon qui se développera plus tard. — ce Cicatrices indiquant l’insertion de rameaux pins anciens qui so «mil (loi ris ol rlohiohos.
peut courir ainsi un grand espace , et arriver bien loin de la place où elle a commencé à vivre en germant. Une série de cicatrices persistant sur la face supérieure du rhizome indique souvent les pousses successives : par exemple [fig. 149 ce), dans le Sceau-de- Salomon IConvallaria polygonal um ).
§151. Le bulbe, qu'on classait autrefois à tort parpii les racines, est une autre modification de la tige des plantes vivaces, propre surtout aux Monocotvlédonées. Cette tige, dans sa portion enterrée, produit latéralement un bourgeon épais et charnu au centre, et couvert de feuilles plus ou moins nombreuses. De ces feuilles, les extérieures, qui s'insèrent nécessairement plus bas, sont réduites à leurs gaines à l’état d'écailles, et représentent ce que nous avons appelé de ce même nom dans les bourgeons aériens. Tantôt ces gaines minces enveloppent chacune complètement la base de la tige (/if/. 150 e), comme on le voit dans les Jacinthes, les Safrans, et dans LOignon, d'après lequel on a nommé vulgairement plantes à oignon toutes celles qui présentent ce caractère: les botanistes nomment ces
mêmes bulbes huiujués. D’autres fois, au lieu de ces tuniques membraneuses enveloppant tout le bourgeon, on trouve des appendices plus étroits imbriqués en grand nombre (fnj. 151 c) sur tout le con-
\ .>0. Bulbe luniipie, celui .In Poireau (AUium pnrrum), vu .lans son entier 1 , cl dans sa coupe verticale 2. — y Racine. — p Plaleau intermédiaire aux racines et au rendoineni bulbeux. — e Ecailles ou feuilles inférieures modifiées. — /■Feuilles supérieures développées rpi’on a coupées vers leur base. — b Bourgeon situé dans l’aisselle d’une écaillé el .pii forme un nouveau bulbe en se développant.
lél. Itullie écailleux, celui du l.is blanc. — y Racines. — ce Écailles — / TVe BQlp^r.
tour du bulbe, qu on nomme alors écailleux, parce que ces appendices ressemblent beaucoup aux écailles, dont ils ne diffèrent que par leur consistance très charnue : le bis blanc en offre un bon exemple [ftçj. 151). D'autres fois enfin on ne trouve qu'un très petit
nombre de tuniques ; et comme alors la masse du bulbe est presque entièrement formée par son axe très renflé, on lui donne l'épithète de solide ( fig. I o 2 ). A l’aisselle de ces feuilles ainsi métamorphosées, on observe des bourgeons secondaires beaucoup plus petits , qu’on appelle des caïeux , et dont le nombre plus ou moins grand semble en rapport avec celui des feuilles. De ces bourgeons, les uns pourront se développer sur le bulbe même, et dans quelques plantes , pendant plusieurs années ; les autres pourront à leur tour devenir bulbes, et, comme ils n’adhèrent que faiblement au bulbe mère, qui finit d’ailleurs par l v-- se flétrir, ils s'en détacheront en gé-
néral à une certaine époque, et toutes plantes ainsi formées, quoique appartenant dans l'origine au
le.'
même pied, seront plus tard autant de pieds différents.
Dans les bulbes solides, souvent sur l'un des côtés se développe un seul bourgeon (fig. I 52 a”) qui prend à son tour la forme de celui dont il émane, et produit de même en son temps un bourgeon (fui. 152 a”’) latéral, mais situé le plus souvent sur le côté opposé, d'après la loi d'alternation des feuilles et des bourgeons. De cette manière, il se produit un pied chaque année; et si le second naît à droite du premier, le troisième naîtra à gauche du second, le quatrième à droite du troisième: de sorte que l’on trouvera la plante toujours à la même place, oscillant seulement un peu chaque année de droite à gauche et de gauche à droite alternativement. C’est co qu'on voit très bien dans le Colchique.
Dans chaque bulbe, au-dessous des tuniques, est un court espace en forme de plateau (fig. 150 />), sur la surface inférieure duquel se forment les racines iascieulées. Intermédiaire aux feuilles et aux
1 52. Rnlbo solide , celui du Colchique ( Colchkum autumnale). — r Racines. — /"Feuille. — a' Axe primaire déjà flétri, appartenant à l’année précédente. — Axe secondaire ou lige bulbiforme de l’année. — u'" Point où se développera celui de l'année suivante.
racines, il est considéré comme la tige; mais il doit l'être plutôt comme la partie inférieure d une branche, puisque ce n‘est autre chose que le bas d'un bourgeon latéral : seulement ce bourgeon s’est détaché ; il est devenu connue une bouture naturelle de la plante mère.
Les bulbes, de môme que les rhizomes (§ 150), tantôt se continuent par un bourgeon terminal (comme dans la Jacinthe, le Perceneige), tantôt seulement par des bourgeons latéraux (dans la Tulipe, par exemple).
§ 152. Il en est encore de même des tiijes dites rampantes , Colles qui, au lieu de s’élever verticalement, prennent, en général par faiblesse, une direction horizontale immédiatement au-dessus du sol et émettent dos racines adventices de leur face en rapport avec lui. Quelquefois (comme dans la Monnaière, beaucoup de Véroniques, etc.), la tige primitive continue à s'allonger chaque année par le développement d'un bourgeon terminal. Plus ordinairement celuici ne se développe pas, et c’est une branche latérale qui, se substituant à la tige, court au niveau du sol. Le plus souvent grêle et flexible, cette prétendue tige parcourt un certain espace sans produire de fouilles ou n’en produit qu'un très petit nombre de loin en loin , ou même habituellement une seule au plus (fig. 1 53 a" f, ) dont le bourgeon peut se développer, mais avorte fréquemment, puis elle se termine par une rosette dirigée naturellement en haut (fig. 153 r); au-dessous de cette rosette se produisent alors des racines qui s’enfoncent en terre, et de 1 aisselle de ses feuilles inférieures partent de nouvelles branches (a”) qui se terminent plus loin de môme. Tout le monde connaît cette organisation du Fraisier commun [f, g. 153), de la Renoncule rampante et de tant do plantes auxquelles on a donné ce nom spécifique. 1
\ .>3. Portion Je Fraisier. — a' l 'n premier axe qui a produit une roscllo r de fouilles, les supérieures r vertes, les inférieures /•rudimentaires. Ile l'aisselle ,1e l’une de eelles-ei est sorti un second axe a" ou jet, portant lui-même vers sou milieu nue feuille rudimentaire en f, et a son extrémité une rosette r semblable à la première, d'où part un troisième axe a . 1
Le plus souvent ces jets latéraux qu'on nomme vulgairement des coulants (flagelhm), finissent par se flétrir , se désarticuler, et les touffes enracinées qu’ils unissent, par devenir autant de pieds distincts. Les jardiniers imitent cette opération de la nature lorsqu’ils marcottent une plante, c’est-à-dire couchent sur la terre une branche qui, légèrement enterrée à un certain point, produit là, en haut des feuilles et en bas des racines, et développe ainsi un pied qui ne tarde pas à végéter pour son propre compte , et peut enfin être détaché.
Dans les plantes grasses, dont les feuilles peuvent suffire quelque temps à leur nourriture, on n’a pas besoin d'attendre que la rosette produite sur le rejet ait formé des racines, pour la séparer et la planter séparément. On appelle propagule ( propagulum ) cette modification du coulant.
§ 133. A tous les cas précédents, dans lesquels nous observons une si grande tendance des bourgeons et de leurs produits à devenir définitivement indépendants de la tige mère, et les uns des autres,
il faut ajouter cette modification du bourgeon aérien, qu'on connaît sous le nom de bulbille ( bulbiltus ), diminutif du bulbe, avec lequel il a en effet les plus grands rapports. 11 prend alors cette consistance charnue propre à tout organe ou ensemble d'organes qui pourra vivre quelque temps aux dépens de sa propre substance. Ses écailles sont en petit nombre et épaisses, et, quelquefois soudées ensemble en partie ou en totalité, forment une seule petite masse. Il n’adhère que faiblement à l'aisselle do la feuille, finit par s'en détacher, peut être conservé ainsi quelque temps, et enfin, replanté, reproduire la plante qui lui a donné naissance. C'est un véritable passage entre le bourgeon et l’embryon. Le Lis (ftg. \ 54) et la Dentaire bulbifères en fournissent des exemples.
g 154. Dans tous les cas précédents, la branche chargée de continuer et de représenter la tige conservait , par rapport a celle-ci, sa position latérale. Mais il peut arriver que, plus forte qu'elle, elle la rejette de côté en so redressant elle-même, et usurpe sa place. C'est par la position relative dos parties qu’on arrive alors a déterminer
IM. fn boni de lige (lu l.i» bitlbiïcie ( Utiuin bulbifenim ), avec trof fmillo / ut lr,iis biill'illi'' axillaire* h- ■
cur vraie nature. Quand, par exemple, dans la Vigne [fuj. I oS) on voit la tige produire , de distance en distance, d un côté une feuille sans bourgeon axillaire (T), de 1 autre, sans feuille, un petit rameau
herbacé et rameux , connu vulgairement sous le nom de vrille , on doit penser que la continuation de la lige située entre la feuille et la vrille, par conséquent à l'aisselle de la première , n’est autre chose que le produit du bourgeon axillaire qui , dans son vigoureux développement , a repoussé de l’autre côté l'extrémité de la lige épuisée avortant sous la forme de vrille.
§ 1 55. Nous venons d’examiner comment la ramification est modifiée par l’avortement irrégulier ou régulier d'un certain nombre de bourgeons terminaux et axillaires. Elle peut l'être aussi par le déplacement de ceux-ci , lorsqu’au lieu de se développer à l’aisselle même des feuilles, ils se montrent à une certaine distance. Le bourgeon ou le rameau sont dits alors eælra-cixillo ires. Cette disposition peut tenir à plusieurs causes, à l’avortement complet de certaines feuilles, ou souvent à la soudure de la tige soit avec leur partie inférieure, leur pétiole, par exemple, soit avec le bas du rameau axillaire; de telle sorte que le bourgeon semble reporté, dans le premier cas, plus bas que la feuille, et plus haut dans le second.
C’est par des considérations de cette nature qu’on a pu se rendre compte de certaines anomalies dans l’arrangement des fouilles de
155. Portion d’un rameau do Vigne. — a' Premier axe terminé par une vrille v\ qni s'est dejctcc la oralement, et portant une feuille f. — Oo l’uisselle de celle-ci part un lauicau a" (pii semble continuer l’axe a', termine de même par une vrille v" , cl portant rue feuille f . — a"' Rameau naissant de l’aisselle f ’, terminé par v"\ et portant f " de I aisselle de laquelle part a””.
(I i II existe souvent en dedans de celle feuille un bourgeon simple ou double, mai» uu peu latéral, et non au milieu même de l’aisselle.
quelques plantes, de beaucoup de Solanées, par exemple. Nous ne pouvons ici entrer dans plus de détails sur ces cas exceptionnels , et que nous retrouverons d'ailleurs en traitant de l’arrangement des fleurs.
§ 156. Si la ramification varie par suite d’avortement, elle peut d autres fois varier par la cause précisément contraire, la multiplication des bourgeons.
Ainsi quelquefois, assez rarement cependant, on en trouve d’accessoircs , outre celui qui existait ordinairement seul à l’aisselle d'une
même feuille, dont on voit alors partir plusieurs branches, comme cela s’observe, par exemple, dans le Noyer (fig. 156) et dans les Chamerisiers [fig. 157).
§ 157. La multiplication des bourgeons est due bien plus fréquemment à ceux dont nous avons déjà dit quelques mots, et qu'on nomme adventifs ou latents.
Toutes les parties cellulaires voisines do la surface sur la tige paraissent disposées, lorsque quelque cause vient y exciter la vitalité et y accumuler les matériaux par un plus grand afflux des sucs, à s’organiser en bourgeons. Mais, quoique plus ordinaires sur la tige, ces productions peuvent se montrer quelquefois sur d'autres parties : les racines exposées à l’air ; des feuilles plus ou moins charnues, soit sur les bords (comme dans le Bryoplujtlum calgcinum, le Malaxis paltulosa [fig. 158), etc. ), soit sur la surface même (commo dans Ï Oniithogalum tligrsoideum {fig. 159) ) . On peut artificiellement déterminer la formation de bourgeons adventifs par des ligatures ou
1 50. Portion d'un rameau r do Noyer, portant le pétiole p d'une feuille dont le reste a été coupé. A son aisselle plusieurs bourgeons superposés b , d'autant plus développés qu'on les observe plus haut.
1 57. Portion de rameau r d'un Chumcrisiur ( Loniccra tatarica) portant deux feuilles opposées, dont l'une a été coupée, l'autre f conservée. A leitr aisselle une suite do bout-geons superposés b, d’autant plus développés r|ll on les Observé pliis bas.
des blessures, qui appellent l'afflux des liquides el la turgescence du la partie où l’on a opéré.
Leur forme diffère naturellement de celle des bourgeons normaux. Ils n’ont ni leurs dimensions ni ce système de feuilles extérieures modifiées en écailles protectrices, puisqu’ils no sont pas préparés une année à l’avance et prémunis pour passer un hiver. Appelés à la vie au milieu d'une végétation en pleine activité, ils se développent immédiatement et incessamment; ils paraissent, en général, d’abord sous la forme de petites excroissances qui, après s’être allongées plus ou moins, se couvrent do feuilles. La forme do ceux qui se montrent quelquefois sur les feuilles mêmes peut être comparée plutôt à telle des bulbillcs (fig. 159).
§ 158. Quoique les parties dépendantes de la tige, les branches, souvent situées sous terre et couvertes alors de radicelles adventices, puissent facilement être prises pour des racines, méprise qui a longtemps régné; quoique, réciproquement, les racines, quelquefois dégagées de la terre et pouvant alors, par le développement des bourgeons adventifs, se couvrir de feuillage, paraissent faire alors partie du système aérien do la tige, nous saurons maintenant dans les doux ••as, au moyen do tous les caractères extérieurs quo nous avons exposés précédemment, déterminer avec certitude ce qui sera tige ou sa dépendance, ce qui sera racine. La première est toujours caractérisée par dos bourgeons produits il l’aisselle de feuilles régulièrement disposées. Ces feuilles, il est vrai, dans les branches végétant
l.'iS. In Imul do fouille l ilu Mu Iaxis jmluilnsa , dont tout le bord est couvert de bulbillcs bb.
I .">!). Portion du limbe do I» feuille f de l'Ornillingaliiin Ihi/i'soItlcuiH , sur In surface de laquelle se sont développés des bourgeons ndvenlifs ou Imlbilles 000 déjà plus ou moins avancés.
sous terre, sont extrêmement modifiées dans leur l aille , leur forme, leur consistance, leur couleur; en un mot, dans toute leur apparence : ce sont, le plus souvent, des écailles ou des membranes courtes et brunâtres ; mais , lors mémo qu'elles sont réduites presque à rien , l’arrangement régulier des bourgeons et leur nature indiquent qu’on n’a pas sous les yeux une vraie racine ; leur absence, qu'on en a une. Lorsqu'une plante trace, c’est-à-dire émet de distance en distance, hors de terre, de nouveaux pieds, on peut savoir de cette manière s'ils partent de ses racines secondaires, courant horizontalement et venant au jour émettre des bourgeons adventifs, ou bien des branches enterrées, suivant une marche semblable et bourgeonnant régulièrement dans leur trajet.
Le problème se complique quelquefois par les changements de forme et de nature que subit la branche souterraine sous l'influence du milieu où elle végète : elle se raccourcit, s’épaissit et devient charnue par l'extrême multiplicité des cellules féculifères qui constituent presque toute sa masse. Cependant alors même , au moyen des mêmes données , la solution est possible. Citons un exemple qui sera familier pour tous nos lecteurs, la Pomme de terre [fig. 160, T). Sa surface est parsemée de petites éminences, qu’on appelle des yeux (//, d'abord cachées à l’aisselle de petites écailles qui tombent plus tard, rangées avec une certaine régularité et le plus souvent en spirale. Ces yeux se développent en'branches, si le tubercule est placé dans des conditions favorables d'humidité , en verdissant si c'est à la lumière. Nous sommes portés à prononcer ainsi que ce sont des bourgeons normaux, et la Pomme de terre est donc une branche. Cette conclusion, qui paraît singulière au premier aperçu, est cependant facilement cornu niée par une expérience journalière, celle dos jardiniers, qui, en buttant la plante, c’est-à-dire enterrant sa partie inférieure, multiplient le nombre des tubercules par la conversion des bourgeons enterrés en
] (10. Portion inférieure d'un pied dé Pomme de terre. — pa Sa portion aérienne on li"ris chargées de feuilles. — t Sa portion souterraine ou tubercule. — On a figure un
peu plus gros l'un d’eux T, où l’on voit les veux ou bourgeons b caches encore s
feuilles à l'étal d'éeailles régulièrement disposées. W Niveau de la terre.
pommes île terre. Dans les années pluvieuses cl obscures, on voit celte métamorphose s'opérer spontanément et graduellement à l’air libre, les rameaux axillaires s'épaissir et s'arrondir en se raccourcis saut, et l'on peut obtenir toutes les transitions entre la branche et le tubercule. Au premier abord, des tubercules de Dahlia semblent tout à fait analogues à ceux de Pommes de terre ; mais ils n’offrent ni écailles, ni yeux : ce sont des renflements de véritables racines.
§139. Nous avons examiné les divers modes de ramification; nous avons vu que la position relative des rameaux reproduisait celle des feuilles s'il y avait développement d’autant de bourgeons axillaires, niais que le plus souvent elle est modifiée, soit par l’avortement d'un certain nombre de ceux-ci ou du terminal, soit au contraire par leur déplacement et leur multiplication , auxquels contribuent surtout les bourgeons advenlifs. On a ainsi un grand nombre de combinaisons possibles, qui doivent imprimer à la physionomie des plantes une extrême variété. Il est clair que la partie souterraine do la ramification n'influe qu'indirectcment sur cette physionomie extérieure: que, par elle, on a un plus ou moins grand nombre de pieds de plante semblables et tenant au premier, mais qui en paraissent distincts et qui souvent môme le deviennent complètement ; que l'évolution de ces bourgeons souterrains amène précisément à l'extérieur les mômes résultats que ferait la germination d’un certain nombre de graines émanées de la môme plante.
§ IGO. Laissons donc cette classe de côté, et occupons-nous seulement des cas où les rameaux d'une môme plante se rattachent extérieurement et v isiblement las uns aux autres. La tige peut se soutenir par elle-même dans sa direction ascendante. Lorsqu'elle atteint des dimensions un peu considérables, on y distingue le Ironc , ou partie inférieure, dépouillé de feuillage ; la rime ou ttle, partie supérieure, qui en est couverte, dette nudité du tronc est totale et résulte de I avortement de tous les bourgeons axillaires, comme nous l’avons vu, par exemple, dans les Palmiers, pour la lige desquels quelques botanistes proposent le nom particulier de .s Upc (sb'pes); ou bien elle nest que partielle par le développement incomplet des bourgeons inférieurs, et [tins ordinairement par la chute plus ou moins tardive des branches qu’ils ont produites. Remarquons ici que la plupart de nos arbres doivent cette apparence au travail de l'homme, qui en retranche do bonne heure les branches inférieures ; d’autres fois, au contra ro, ce sont les branches supérieures, celles do la cimo , qui sont en coupe réglée, si bien (|ue le port naturel des arbres se trouve tout à fait changé. Les Ormes do nos grandes routes et les Saules de nos prairies peuvent être cités comme des exemples des changements apportés par ces deux mutilations en sens inverse : il devient
assez difficile cl y reconnaître l'Orme et le Sanie tels que les a faits la nature. 11 est bien entendu quici, en parlant de la physionomie extérieure clos végétaux, nous ne pouvons les considérer que dans leur état naturel , sans intervention de la serpette et de la hache.
§10 1. Un végétal paraît quelquefois avoir plusieurs tiges, parce que ses branches inférieures, nées au niveau ou à peine au-dessous du sol, ont pris un développement égal à l'axe primaire dont elles sortent, et qu’elles se sont redressées à peu près dans la même direction : on dit alors qu’il est mullicaule ( multicaulis ). L’art profile souvent de ces branches latérales commençant à ras terre, et par suite munies de racines adventives, pour les enlever dès qu'elles paraissent, et en former autant d’individus distincts en les replantant séparément : on les appelle alors des surgeons ou drageons (surculi).
§ 162. En général, la grosseur et la hauteur du tronc doivent, d'après la théorie, être en rapport direct avec l'âge, et pourraient servir à le calculer pour tous les arbres, dont on sait à peu près combien s'augmentent, clans un temps donné, les différentes dimensions. On connaît un certain nombre d'arbres de taille extraordinaire, dont l’origine remonte à plusieurs siècles ou même reste cachée en deçà de toute tradition. La plupart sont des dicotylédonés : parmi ces arbres, des Tilleuls, des Sycomores, des Châtaigniers, des Ifs ; dans l'Orient, des Platanes, des Figuiers et des Cèdres; sous les tropiques, des Baobabs et plusieurs autres espèces appartenant également à la famille des Bombacées ; mais parmi eux figurent aussi des monocotylédonés : par exemple, le Draconnier d'Orotava, dans les îles Canaries. Leur circonférence varie nécessairement suivant les individus et suivant les espèces : on en cite quelques uns où elle excède plus ou moins 30 mètres, un assez grand nombre de la moitié ou clu tiers ; mais ces géants exceptionnels ne doivent pas nous arrêter ici.
§ 163. Parmi les végétaux ligneux de taille ordinaire, on a distingué, d'après les limites où elle s’arrête, diverses classes qu'on désigne par des noms particuliers : ainsi on appelle arbre ( arbor ) celui qui dépasse plusieurs fois la taille de l'homme, en réservant quelquefois le diminutif (arbuscula) pour celui qui ne la dépasse pas cinq fois; arbuste ou arbrisseau ( frutex ), celui qui ne 1 atteint pas trois fois et se ramifie dès le bas, en se servant pour les moins grands du diminutif ( [rulicuhis'j ; sous-arbrisseau ( suffrutcx ), celui qui ne dépasse pas la longueur du bras. Si l'arbrisseau est bas et très rameux dès la base, c’est, un buisson (dumus, dumetum). Les adjectifs arborescent ( urborescens ), frutescent (fruticosvs ou fruticulosxis), sous-
frutescent (; suffrulicosus ), buissonnant ( dumelosus ) sont dérivés de ces divers substantifs el n'ont pas besoin d'être définis.
lût. La tige, d'autres fois, ne se soutient pas par elle-même et a besoin de s'appuyer sur d'autres corps ; si c’est sur la terre, on la dit couchée ( procumbens ); si c'est sur un corps lui-même redressé, on la dit grimpante (scnndens). En grimpant, tantôt elle conserve à peu près sa direction rectiligne, comme le Lierre, par exemple, qui de toute sa surface en contact émet de petits prolongements radiciformes par lesquels il se fixe à celle sur laquelle- il est appliqué ; tantôt elle s'entortille sur son soutien et prend le nom de volubile ( volubilis ), décrivant souvent des spirales qui, régulières, tournent de gauche à droite ( dextrorsùm ) comme dans le Houblon ; ou de droite à gauche ( sinistrorsàm ), comme dans le Liseron des haies pou bien dans un sens, puis dans un autre ; souvent irrégulières et interrompues par intervalles. Dans nos climats froids ou tempérés, la plupart des tiges grimpantes sont herbacées, quoique quelques unes soient ligneuses et susceptibles même d'acquérir des dimensions assez fortes, comme, par exemple, le Chèvrefeuille, la Clématite et surtout la Vigne : on donne alors à leurs branches le nom de sarment ( sar mentum). Ce sont les analogues des Hunes , qui abondent sous les tropiques. Ces lianes, tantôt enroulées en spirales autour des troncs les plus hauts, tantôt retombant en ligné droite de toute cette hauteur vers la terre, ou d'une branche sur l’autre, courent d’arbre en arbre, les lient entre eux, quelquefois les étouffent. Dans cette marche irrégulière et qui échappe à toute description rigoureuse, elles parcourent souvent de très longs espaces sans produire de feuilles, sans se ramifier; et les voyageurs n'ont pu trop fréquemment apercevoir le feuillage et les fleurs dépendant de ces tiges bizarres qui les environnaient de toutes parts.
§ IG-'i. La ramification influe sur le port général des végétaux sous d autres rapports encore que celui dont nous nous sommes occupés jusqu’ici, celui du développement d’un certain nombre de bourgeons situés d une certaine manière. Est-il besoin d'expliquer comment la direction, la consistance, la longueur relative des branches et dos rameaux modifient par leurs variétés la physionomie extérieure des plantes? Les branches parlent de la lige, et les rameaux des branches, sous un angle quelquefois très aigu, quelquefois droit , plus ordinairement un peu moins ouvert ; elles sont dressées ( recli ) dans le premier cas, étalées [patentes) dans le second, et doivent, en résultat, former dans les deux dos cimes toutes différentes, comme le sont, par exemple, celles d’un Cyprès ou d'un Peuplier d'Italie, comparées à celles d un Cèdre ou d un Chêne. Dans quelques arbres qu on appelle pleureurs , les branches prennent une direction tout a
fait inverse de la plus habituelle, en se recourbant vers la lerre, soit que, longues et faibles, elles retombent par leur propre poids, comme dans le Saule pleureur (. ram! pffîfluli) ; soit que, conservant une assez grande roidour, elles se rebroussent ainsi dès leur origine ( /•. relroversi ), comme dans le Frêne et le Sophora pleureurs. Les branches étalées, partant quelquefois au niveau du sol , sans que la tige prenne un développement vertical, rampent ainsi sur la terre quelles couvrent comme une sorte de gazon en se ramifiant.
La longueur relative des branches doit aussi déterminer dans 1 aspect général de notables différences. Si les plus basses, formées les premières, continuent à s’allonger dans la même proportion, les supérieures seront de plus en plus courtes à mesure qu'on s'approchera plus du haut, et l’ensemble aura la forme d'un cône ou d'une pyramide (ex. : Sapins); si ce sont celles du milieu qui dépassent celles du bas, la cime figurera une boule ou un ovoïde (ex. : Marronnier d'Inde ); si ce sont celles du haut qui prennent le plus grand développement, elle sera en parasol (ex. : l’in d'Italie, Pinus pinea). Nous ne citons ici que des formes extrêmes, entre lesquelles on peut observer toutes les intermédiaires.
§ 166. Pour résumer en quelques lignes tout ce qui précédé, nous avons considéré comme tige proprement dite celle qui résulte, dans les végétaux cotylédonés, de l'acte de la germination par l'évolution de la gemmule, la partie de l'axe primaire qui se dirige toujours verticalement vers le ciel , en sens inverse de l'autre partie, la radicule, qui descend dans la terre. Cette direction verticale ne peut subir de déviation que par des obstacles mécaniques, ou, pour la tige, que par sa faiblesse, qui la fait retomber en obéissant a la pesanteur. Tantôt cette tige s'allonge indéfiniment, dans la même direction, au moyen de bourgeons terminaux qui se forment et se développent successivement; tantôt elle s’arrête, plus tôt ou plus lard , par l'avortement d'un de ces bourgeons : et, si le végétal con tinue à s’étendre, c'est au moyen de bourgeons latéraux, par conséquent par un axe secondaire qui se substitue au primaire. L axe ainsi substitué peut prendre la même direction verticale ou d’autres fois une plus oblique, et même 1 horizontale, soit a la surface du sol, soit au-dessous : dans ces derniers cas, c’est que la véritable lige s est bientôt arrêtée, remplacée par un bourgeon situé auprès de sa base. Nous n’avons donc dû considérer les tiges dites ou rampantes ou souterraines que comme des phénomènes de ramification.
ORGANES ACCESSOIRES OU TRANSFORMÉS. 1 i l