ABSORPTION DES RACINES
§ 184. Nous avons vu (§97) les racines recouvertes par une concile de cellules continue sans ouvertures. Comment le liquide en contact les pénétrera-t-il, et comment d elles passera-t-il dans toutes les autres cavités qui composent le tissu végétal, séparées entre elles par de minces membranes? Ces membranes sont, il est vrai, perméables aux fluides; mais, pour que ceux-ci les traversent, il laut qu'ils soient sollicités par une force suffisante. Celle que M. Dutroehet a nommée endosmose, et si bien fait connaître, permet do se rendre parfaitement compte non seulement de 1 absorption par les racines et de celle quia eu lieu consécutivement de cellule a cellule, mais encore d'une partie de la circulation des végétaux, qui, avant cette découverte, était restée inexplicable.
Si une petite vessie dont la paroi est une membrane, soit animale, soit végétale ( celle de la gousse du Baguenaudier, par exemple), est plongée dans l’eau pure et contient elle-même un liquide plus dense, comme de l’eau sucrée ou gommée, les deux liquides tendront à se mettre en équilibre de densité, et il s’établira à travers les parois un double courant , l’un de dehors en dedans de l'eau pure vers l’eau sucrée, l’autre de dedans en dehors de l’eau sucrée vers la pure. Mais les deux liquides ne filtrent pas à travers la membrane a\ec la même facilité, avec la même rapidité; le moins dense passe plus-vite que l’autre. La niasse d’eau intérieure gagne ainsi plus qu’elle ne perd, tandis que l’extérieure perd plus qu’elle ne gagne : d’où doivent résulter une différence de niveau entre les deux et l’ascension du liquide contenu dans la vessie ; ascension qui ne s’arrête qu’au moment où les deux liquides se trouvent avoir acquis par cet échange continué une égale densité (1). En adaptant à la vessie un tube vertical (/if/. 175) gradué, on peut calculer la vitesse de l'ascension et sa force. Si au tube droit on en
(I) D'après les observations récentes de M. .1. Déclaré, les mouvements d’endosmose pourraient Cire considérés comme des phénomènes moléculaires de chaleur latente • les liquides (pii ont une chaleur spécifique plus grande marcheraient vers ceux qui en' ont
P,ns petite. L’action do l’endosmose devra en général S'exercer de l’eau vers les
antres liquides, parce qu’elle est celui de tous qui a la chaleur spécifique la plus enusidéranlc. 1
J î»G BOTANIQUE.
substitue un à double courbure, l’inférieur rempli de mercure; celui-ci, en montant dans la partie extérieure et graduée du tube, indiquera, par la hauteur de sa colonne, la résistance que la colonne d'eau sucrée a dû surmonter. On constate par de telles expériences que la vitesse et la force de l’endosmose marchent ensemble, qu’elles sont considérables, et que l’action dure longtemps. Une solution aqueuse de 1 partie de sucre pour 2 d’eau fit, en deux jours, monter la colonne de mercure de plus d'un mètre ; et, au bout de ce temps, elle ne contenait encore que 3 d’eau pour \ de sucre.
§ 185. L'absorption exercée par les racines devient maintenant facile à expliquer. Les cellules qui forment leur tissu sont remplies de sucs plus denses que l’eau dont la terre est imbibée, et cette eau doit, par l’effet de l'endosmose, s’infiltrera travers leurs membranes, gonfler les cavités des cellules les plus extérieures, en diminuant la densité du liquide qui s’y trouvait, et passer de là dans les cellules plus intérieures. Si l’on croyait favoriser la nutrition de la plante en lui fournissant sa nourriture toute préparée, en mettant, par exemple, ses racines en contact avec une solution sucrée, loin de marcher plus vite au but, on s’en éloignerait, on empêcherait l'endosmose et par suite l'absorption.
§ 1 86. Par quels points de la racine celle-ci s'exerce-t-elle le plus activement? L’expérience nous apprend que c'est par ses dernières ramifications les plus nouvellement formées, par leurs extrémités , ainsi que par les fibrilles ou chevelu dont elles sont recouvertes. On sait que, pour assurer le succès d’une transplantation, on doit conserver la plus grande quantité qu’il est possible de ces fibrilles, en les maintenant dans cet état d’humidité et de turgescence qui leur est propre. Nous avons vu (§ 98), que, dans les premiers temps, elles se hérissent de poils mous qu’on peut supposer destinés à multiplier leur surface, et par conséquent les points d'absorption. Cependant l’observation nous apprend que l’action do ces deux surfaces est très faible, comparée à celle des extrémités mêmes. On peut en effet disposer les racines d’une plante à quelque distance au-dessus do l’eau, de manière que leurs extrémités seules y plongent, tandis que tout le reste est au dehors ; et, dans ce cas, on voit par l’activité de la végétation que celle de l’absorption a lieu à un haut degré. On peut disposer au contraire ces mômes racines de manière qu’elles plongent tout entières dans l’eau, excepté par leurs extrémités, qu'on maintient au dehors; et dans ce cas, lavégétatn n ne cesse pas tout à fait, mais languit : il est clair que l’absorption s’exerce encore, mais à un degré insuffisant. Cependant M. Ohlerl. auquel on doit de nombreuses expériences sur ce sujet, tout en reconnaissant que l'action absorbante, nulle vers le haut de la racine,
CIRCULATION. SÈVE ASCENDANTE. l.'>7
no s'exerce nue vers sa partie inférieure, conclut que c'est sur le;côtés et non à sa pointe.
Nous avons dit (§ 100) que l’élongation de la racine et de toutes ses ramifications a lieu exclusivement par leur bout, qui, par conséquent, se trouve à l’état de tissu naissant pendant tout le temps que se maintient l’activité de la végétation. Ce n’est donc pas par suite d une modification particulière du tissu gontlé et agissant à la manière d une éponge, comme on l’avait supposé, que les extrémités radicellaires pompent l’humidité qui les environne; c'est, au contraire, parce que leurs cellules naissantes, et comme telles déjà gonflées de sucs épais, se trouvent dans les conditions les plus favorables pour l’endosmose. Leur épiderme n'est pas encore formé; il l'est plus haut, et oppose à l’absorption une couche plus sèche, moins perméable.
§ 187. Le liquide environnant est absorbé d’autant mieux et en plus grande quantité qu’il est plus fluide. Dans la terre, c’est l’eau tenant en dissolution les diverses matières solubles qui s’y rencontrent et varient suivant les sols. La dissolution de ces matières doit être complète: et, si elles sont en suspension seulement, elles ne peuvent passer, si menues qu’elles soient. En mélangeant avec de l’eau une poussière, la plus fine, la plus impalpable qu’on peut obtenir, mais qui ne peut s’y dissoudre directement, celle de charbon, par exemple, et en l’offrant en cet état à l’absorption des racines, on observe que l’eau passe seule dans ces racines, et que tout le charbon reste au dehors, sans qu'il soit possible d'en retrouver un seul atome au dedans. Avec presque toutes les infusions colorées on obtient le môme résultat; l’eau, en passant dans l’extrémité radicellaire, se dépouille à son passage de la matière colorante, qui se dépose à la surface.