CIRCULATION. SÈVE ASCENDANTE
ment léger, le bout d'une branche nettement coupée, ce liquide pénètre par les orifices béants des vaisseaux, et monte immédiatement, par l’effet de la capillarité, jusqu’à un certain point. On conçoit que dans ce trajet l’action de l'endosmose s’exerce à travers les parois des vaisseaux et les cellules environnantes ; de sorte que ce bout coupé supplée à l’action absorbante des racines. C’est pourquoi en plantant un végétal dont les fibrilles et les extrémités radicellaires desséchées sont devenues incapables d’absorption, comme cela a si fréquemment lieu dans les transplantations, les jardiniers ont .soin de rafraîchir les racines, c’est-à-dire de les couper au point où ils voient leur fraîcheur et leur vitalité bien conservées. C’est encore la même cause qui permet de multiplier les plantes par bouture, eit fixant dans un milieu suffisamment humide l’extrémité d'une branche, qui pompe par sa section les sucs au moyen desquels sa vie se prolongera assez longtemps pour qu’elle puisse produire des racines adventives et rentrer alors dans les conditions d’une plante enracinée. La fraîcheur conservée aux bouquets, en laissant dans l’eau leurs queues, est un phénomène familier à tous nos lecteurs. La nécessité de couper bien nettement le bout qu’on met en rapport avec le liquide dans toutes ces expériences s’explique par celle de ménager l’ouverture des vaisseaux, qui se bouche ou s’obstrue lorsque le bout a été séparé par arrachement ou torsion. Les tubes capillaires des végétaux offrent un passage assez large au liquide pour qu’il y pénètre plus facilement qu’à travers les parois cellulaires. Ils peuvent donc admettre des liquides tenant en suspension une matière très ténue, une matière colorante, par exemple; et l’on s’est servi de cette propriété pour étudier dans leur intérieur la marche de la sève, (ju’on peut suivre sans trop de difficulté lorsqu’elle est ainsi colorée. Mais il faut être très réservé sur les conclusions qu'on en tire, puisqu alors les choses ne se passent pas de la même manière que dans la vie habituelle, lorsque l’absorption a lieu par los racines et do cellule en cellule en môme temps que par les vaisseaux.
§ 191 . Mais l endosmoso et la capillarité no sont pas los seules forces qui déterminent l’ascension continuelle de la sève. On prévoit en effet qu il doit arriver un moment où elles ont produit tout leur effet, et qu alors il dovrait s’établir une sorte d’équilibre et do stase dans toutes les parties liquides du végétal. Or, quoique cela ait lieu jusqu à un certain point , et qu’après une certaine période d’activité extrême ce mouvement se ralentisso considérablement et cesse entièrement dans certaines parties, cependant il continue dans d’autres, et 1 action absorbanto des racines se maintient dans la même proportion. On sait qu’en arrachant de terre une plante parvenue h 1 état parfait, elle ne se conserve vivante qu’un temps plus nu moins
court ; et qu’en plongeant dans l'eau ses racines entières, si elles sont fraîches, ou coupées, si elles s'étaient déjà desséchées, on la voit revivre rapidement et d’un bouta l’autre: il y a donc eu appel et transmission d’une quantité assez considérable d’eau de l’extrémité inférieure à la supérieure, et les liquides contenus dans la planten’étaient pas à un état d’équilibre d’où résultât leur immobilité définitive.
§ 192. Citons une observation intéressante qui peut se rattacher à ce sujet. Sous les tropiques un certain nombre de lianes, notamment celles du genre Oissus, voisin des Vignes, sont gorgées d’une sève abondante, fraîche et agréable au goût. L’eau qui coule copieusement de leurs bouts coupés peut servir de boisson, et les hommes, dans leurs courses au milieu des forêts, l’emploient pour se désallérer: ce qui a fait nommer vulgairement ces plantes lianes à eau ou lianes du chasseur. M. Gaudichaud, qui en a découvert au Brésil une de cette sorte à laquelle il donne le nom de Cissus hycli-ophora , a remarqué que, si l’on se contente de couper transversalement la liane à une seule hauteur, il sort des deux surfaces de la section très peu de liquide. Il continue à monter rapidement dans la partie supérieure, où l’on peut s’assurer que les vaisseaux se vident de bas en haut. Cette ascension ne peut êLre attribuée à l’action des racines, avec lesquelles la partie supérieure n’est plus continue, et ils sont d’un diamètre beaucoup trop gros pourque la capillarité ait ici quelque influence. Mais si l’on a coupé à deux hauteurs différentes, de manière à détacher un fragment de tige d’une certaine longueur, on voit aussitôt couler une sève abondante par celles des deux extrémités qu’on tient le plus bas, obéissant par conséquent aux lois de la pesanteur. Or, auparavant, la sève continuait à monter très activement. Ce ne pouvait donc être par une force exercée ni en bas ni latéralement; ce ne pouvait être que par une cause ayant son siège au-dessus de la seconde section et attirant d en haut le liquide.
§193.11 n’est pas difficile d’arriver à la connaissance do cette • force nouvelle. Le végétal, à une certaine hauteur, est muni d'un nombre plus ou moins grand de bourgeons. Dès qu ils commencent à se développer, ils tirent de la tige ou de la branche avec laquelle ils sont continus les matériaux destinés a les nourrir et dont la i quantité doit être en proportion avec le rameau qui résultera de ce développement. Les feuilles se montrent on même temps, s’étendent à l’air, et deviennent le siège d’une évaporation considérable par leur surface criblée de pores. Tout ce qui s évapore ainsi par lesfeuilles, et en même temps par la jeune écorce du rameau, tout ce ipii est employé à former et à nourrir ces parties nouvelles est autant de pris sur la masse du liquide de la tige, et il en résulte \ersla surface et I origine de chaque rameau, d une part un épaississe-
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CIRCULATION'. SÈVE ASCENDANTE, menl qui redouble l’activité de l’endosmose, de l’autre des vides qui sont aussitôt comblés par une quantité proportionnelle de sève enlevée à la tige, remplacée elle-même en même temps par celle des parties voisines, et déterminant ainsi de proche en proche un flux ascensionnel à partir de la racine, dont l’absorption doit compenser cette porte. 11 n'est pas besoin d’expliquer quelle influence 1 état d<> l'air, chaud ou froid, sec ou humide, la présence ou l’absence du soleil, son action directe ou à travers les nuages, doivent exercer sur l'évaporation des végétaux.
§ 194. Exposons maintenant, en cherchant à nous en rendre compte, les diverses phases qu’apporte la succession des saisons qui constitue notre climat dans ce mouvement ascensionnel de la sève. Avant que les feuilles se développent et puissent exercer par l’action évaporante de leurs surfaces ce puissant appel des liquides, l'endosmose doit être la force presque exclusivement agissante il cet effet. Continue-t-elle tout l’hiver à provoquer l’absorption des racines? Ce n’est pas improbable à une certaine profondeur, où elles sont plongées dans une terre humide à une température assez peu abaissée; c’est presque certain vers la fin de l’hiver, époque où le sol est déjà moins refroidi et en général imbibé d’eau. D’ailleurs la quantité de matières plus ou moins épaisses, formées par le travail de l’année précédente et conservées en dépôt dans l’intérieur du végétal pendant l’hiver, doit par l’endosmose activer cette absorption des racines, et les liquides montent ainsi dans le végétal avec une abondance extrême, telle qu’il finisse par en être saturé, d’autant plus qu’il continue toujours à gagner sans rien perdre, comme plus tard, par l'évaporation des surfaces ; et ces liquides tendront à s’échapper par toute voie qui leur sera ouverte à l’extérieur, ce dont on s'assure en voyant alors l'eau s’écouler comme d’une fontaine, do toute solulion do continuité pratiquée sur uno tige qui est dans cet état, qu’on appelle la sève du printemps. C’est ce qui forme l’ écoulement aqueux déterminé dans la Vigne par la taille, et connu sous le nom de pleurs de la Vigne. Comme ces pleurs coulent copieusement dans un bout de tige dépourvu de toute feuille et même coupé presque au niveau du soi, il est impossible d'attribuer dans ce phénomène une influence a I appel des liquides résultant de l’évaporation des parties aériennes, et I on n’y peut reconnaître que colle (pie détermine l'absorption des racines. En adaptant un tube à l’extrémité coupée, on voit la sève v monter à une hauteur qu'on peut ainsi déterminer, et qui est considérable. L’Anglais Haies, auquel on doit une suite d'expériences aussi précises qu’ingénieuses destinées à déterminer le mouvement des sucs dans les plantes, et consignées dans sa Statique végétale, avait applique a 1 évaluation de la force et de la vitesse ascension-
nelle de la sève le même appareil queM. Dutrochet dut ensuite employer pour évaluer la force de l’endosmose, c’est-à-dire ce tube à
double courbure dont une branche ascendante est adaptée au bout de la tige coupée mise en expérience , et dont la courbure inférieure est remplie de mercure qui , repoussé par la sève accumulée en montant dans les branches intérieures , monte lui-même dans l’extérieure, et indique par la hauteur de sa colonne les valeurs qu’on cherche ( fig . 176). Or, Haies a vu la colonne de mercure ainsi soulevée jusqu'à 1 mètre, ce qui équivalait à 1 4 mètres d'eau ; et il a calculé que la force qui pousse ainsi la sève dans la Vigne est cinq fois plus grande que celle qui pousse le sang dans une grosse artère d’un cheval.
§ 195. Les bourgeons se développent, les feuilles s’étalent, et leur action vient s'ajouter à celle de l'endosmose. Alors s’établit un courant qui entraîne les liquides vers toutes les surfaces évaporantes , et ne leur permet plus de s’accumuler dans les tissus en les saturant d’humidité. Aussi une solution de continuité latérale ne donnet-elle plus, à cette époque, lieu à un écoulement comme celui de la sève de printemps. L’inlluence que celte nouvelle force, agissant concurremment avec l’endosmose, exerce sur lomou-
170. c Cep île vigne coupé à 5 décimètres de terre. — t Tube do verre a double courbure ajusté sur une virole de cuivrer qui est adaptée et lulce à rextrémitc coupée i n rep, l'appareil /'tant recouvert ot maintenu par un morceau de vessie m. — W Niveau