‹ BotaniqueChapitre 68 sur 206 · FLEUR EN GÉNÉRAI . DÉGÉNÉRESCENCES · texte numérisé non relu

FLEUR EN GÉNÉRAI . DÉGÉNÉRESCENCES

opposées aux pétales, et ceux-ci aux folioles calicinales, dans la fleur de l'Épine-Vinette; mais tout s’explique en observant que les verticilles sont réduits à trois parties, et en même temps chacun doublé, de manière que les parties doivent s opposer si on les prend six par six, comme on l'avait fait: c’est l'alternance de six en six qui ici eût été une exception à la règle.

§ 313. Dégénérescences et transformations des parties de la fleur. — Après avoir examiné comment la fleur peut varier d'après les combinaisons de nombre et de situation des parties qui la constituent, recherchons les différences qui peuvent dépendre d’un tout autre ordre de causes, des modifications de forme de ces parties. Ces modifications sont, trop variées pour que nous puissions ici les passer toutes en revue. 11 nous suffira d’indiquer que les organes prennent souvent la forme d’un autre (par exemple, l’étamine celle d'un pétale , ou qu’ils sont réduits à une partie d’eux-mêmes (par exemple, l’étamine à un filet). Mais la forme sous laquelle, ils se déguisent le plus souvent est celle de petites glandes ou d’écailles; et ces corps d’apparence différente étaient, pour la plupart, confondus par Linné et beaucoup de ses successeurs parmi ceux auxquels on donnait le nom de nectaires.

Dans tous les cas, et quelle que soit cette apparence, on détermine leur véritable origine parleur position. Ainsi, en trouvant dans le Samolus cinq petits filets, dans le Clavija cinq glandes au dedans des pétales et dans leur intervalle, précisément à la place qu’auraient dû occuper cinq étamines qui manquent, on n’a pas de peine à reconnaître, dans ces filets ou ces glandes, cinq étamines transformées.

§ 31 i. Lorsque les parties d’un même verticille se développent inégalement, de manière qu’elles ne sont pas toutes semblables entre elles pour la forme ou la grandeur, on dit qu’il est irrégulier. Il est donc d’autant plus régulier que cette similitude et cette égalité sont pl ii s parfaites; et quand elles le sont, il est clair que si l’on divise le verticille en deux moitiés, elles sont semblables, quelle que soit la direction suivant laquelle la division se fait. Une fleur irrégulière est celle qui a un ou plusieurs verticilles irréguliers : mais, en général, on lui donne ce nom seulement quand l'irrégularité porte sur les verticilles extérieurs, formant les enveloppes et beaucoup plus apparents que les intérieurs.

§■!!•). Il ne faut pas confondre les fleurs régulières et les fleurs symétriques. Les premières peuvent se partager dans tous les sens en deux moitiés exactement semblables; les secondes ne le peuvent que suivant un seul plan, et ce plan est généralement parallèle cl perpendiculaire, à celui de l’axe qui porte la fleur. On peut le véri-

fier sur les fleurs de Verveine et de Scabieuse [fig. 4 85, 190) que nous venons de citer ; et l'on verra que, par un plan ainsi mené, on les partage en deux moitiés tout à fait pareilles, l'une de droite, l'autre de gauche. Suivant tout autre plan, les deux moitiés cesseraient de se ressembler. C’est que, si les conditions étaient différentes en dehors et en dedans, en haut et en bas, pour les parties de la corolle, elles se trouvent précisément semblables à droite et à gauche.

Il peut donc y avoir des fleurs symétriques, quoique irrégulières, et c’est môme le cas le plus fréquent pour celles-ci : celui où il y a défaut de symétrie en môme temps que de régularité est beaucoup plus rare.

§ 316. Préfloraison. — Il y a une époque où tous ces rapports de position des parties de la fleur qui viennent de nous occuper sont le plus manifestes et le plus faciles à déterminer ; c’est dans le bouton, ce premier état de la fleur qui est pour elle ce que le bourgeon est pour le rameau. Alors la situation réelle des parties ne s’aperçoit pas seulement par leur point de départ plus ou moins bas, plus ou moins extérieur sur le torus, mais aussi par l’ordre dans lequel elles se superposent ou s’enveloppent l'une l’autre, puisque toute partie enveloppante est presque nécessairement extérieure à la partie enveloppée. Linné a appelé estivation ( œstivatio , d’où l'on a tiré le verbe œstivare ), ou état d’été, cet agencement des parties dans le bouton, comme il avait appelé vernation , celui des feuilles dans le bourgeon (§ 1 44). Ce nom a été conservé; mais on lui sub- -stitue souvent, et presque indifféremment, celui de préfloraison ( prœfloratio ).

Nous voyons se dessiner, dans les différents modes d’agencement des enveloppes de la fleur à ce premier état, les deux modifications principales que nous avons reconnues dans celui des feuilles aussi bien que des parties de la fleur, leur disposition en spirale ou à des hauteurs inégales, en cercle ou à une môme hauteur.

§ 317. La préfloraison spirale est aussi nommée imbriquée; cetlo dernière épithète, qui est très significative quand les parties se recouvrent seulement dans une partie de leur hauteur, à la manière des tuiles d’un toit (fig. 235 c), cesse de l ôtre lorsqu’elles s’enveloppent complètement, et alors quelques uns lui substituent l'épithète d’enveloppante ou convolutive ( convolutiva [fig. 237]). Souvent les parties ne sont pas assez larges pour envelopper ainsi entièrement toutes celles qui sont situées plus en dedans, mais seulement assez pour recouvrir par leurs bords celles do ces parties (fui sont placées immédiatement à côté d'elles ; et dans les Dicoty- / édoiiées, où le nombre des parties d'un verticille floral est si

fréquemment cinq, si leur préfloraison est imbriquée, il s'en trouve ordinairement deux placées plus extérieurement par rapport aux autres, et recouvrant les voisines par leurs deuxbords, deux placées plus intérieurement et recouvertes par les deux côtés, la cinquième toujours jdacée entre l’une des deux premières qui la recouvre par

le bord correspondant, et l'une des deux secondes qu’elle recouvre pareillement par l’autre. On a appelé quinconce cet ensemble de cinq parties ainsi disposées, et ce mode de préfloraison quinconcial (quincuncialifi). 11 est aisé de voir que c’est un résultat nécessaire de leur insertion sur une ligne spirale (fiq. 236) qui décrirait un double tour.

Mais dans la fleur où ces insertions sont si rapprochées, et où l'une d’elles peut si facilement se trouver portée un peu plus en dedans ou un peu plus en haut, il arrive assez souvent que ce rapport est interverti (/ ig . 238) : par exemple, que, par un léger changement de position, la foliole 2 est recouverte par le bord correspondant de la foliole 4 , au lieu do la recouvrir. C’est cette dernière disposition qu'on observe entre les pétales dans la fleur des Papiiionacées, et à laquelle on donne quelquefois le nom do vexillaire.

§ 3 I 8. 11 y a plusieurs autres Combinaisons d’après lesquelles les parties d’un môme verticillc se trouvent toutes dans le même rapport les unes relativement aux autres : on peut croire alors qu’elles sont toutes placées dans les mômes conditions, régulièrement en

235. Bouton du Camellia jnponica. — c Folioles du cnlieo imbriquées. — p Pétales à prélloraison convolutivo.

280. Coupe horizontale du calice dans le bouton du Liseron des baies (Cnnvolvuhts Kjnum). On a indiqué par une ligne de points la inarcbo de la spirale, qui passe par les insertions successives de ses cinq folioles.

237. Disposition de trois folioles extérieures (relies qui correspondent nu calice) dans le bouton du Magnolia grandi/lora, coupé transversalement et très diminué.

238. Disposition des cinq folioles du calice dans la flour du Multicr (Aiilirrliinuin inajiis). Ou les rt numéroté!» en rbrrespondttnbe ttvec la ligure 8811.

cercle el à la môme hauteur. Elles peuvent se toucher par les Lords contigus dans toute leur longueur, comme ceux des battants d une porte : c'est la préfloraison volvaire (p. valvata [pg. 240 c]).

D'autres fois, plus larges , elles se réfléchissent soit en dedans, soit, en dehors, sur les côtés ; et ceux qui se correspondent dans deux parties voisines s'appliquent l’un contre l’autre, par une portion plus ou moins étendue de leur face externe, dans le premier cas (pré/ loraison induplicative [pg. 240 p ] ), où le bouton offre toute l'apparence extérieure de la disposition valvaire; de leur face interne dans

le second cas, où le bouton est relevé extérieurement d’autant d angles saillants qu’il y a de parties ainsi accolées (p. réduplicalive | pg. 230, ! ; 241 c]). Ces cas doivent être considérés comme de simples et légères modifications de la préfioraison valvaire. Les folioles d'un même verticille, au lieu de former les arcs d’un cercle ou les côtés d’un polygone, ayant pour centre celui de la fleur, peuvent prendre une dircelion plus ou moins oblique relativement à lui, comme si chacune éprouvait une sorte de torsion sur son axe ; par là, un des côtés, le même pour toutes les folioles, est porté plus en dedans, l'autre plus en dehors, et, dans ce cas, les sommets, ordinairement élargis, doivent s’imbriquer en cercle, chacun recouvrant d'un côté un de ses voisins et recouvert de l’autre : c’est la préfloraison tordue (præp. contorta [pg. 239, 2 p; 241 p]).

§ 319. C’est un cas très fréquent qu'on observe dans deux verti-

23!). Boulon de Dose trémièro ( Althœa rosca). — 1. Encore peu avancé, lorsque le calice enveloppe complètement les autres parties, et que les bords de scs divisions se touchent. — 2. Plus avancé , lorsque les bords des divisions calirinalcs c se sont écartés pour laisser passer la corolle , dont les pétales p sont tordus. Le diagramme est figuré /if/. 211.

240. Diagramme du calice c et de la corolle p dans le bouton du Cunsuma ulinifolin. La préfioraison des folioles du premier est valvaire ; celle des pétales, induplicative.

241 . Diagramme du calice r et de la corolle p dans le boulon de la Dose Iremiero f Mlliirn mien). La préfioraison du calice c est réduplicalive ; celle des pétales p, tordue

ciliés successifs un mode de préfloraison différent : ce changement est constant et caractéristique dans plusieurs familles. Ainsi, par exemple, dans les Malvacées (fig. 239, 241 ), les Convolvulacées, la plupart des Caryophyllées (comme dans 1 Agrostemma githago), la prétloraison de la corolle est tordue; celle du calice est néanmoins calvaire dans les premières [fig. 241 c), imbriquée dans les autres. Ce dernier exemple suffit pour nous démontrer que, dans la même fleur, les parties d'un verticille peuvent être disposées en spirale, celles du voisin en cercle.

§ 320. La préfloraison ne fait qu’accuser plus nettement des rapports de position entre les parties de la fleur et permet de les déterminer plus facilement : c'est à leur importance qu elle emprunte toute la sienne. Dans beaucoup de fleurs, l'épanouissement écarte ces parties, qui cessent de se recouvrir, de se toucher, et ces relations si manifestes dans le bouton s’effacent alors plus ou moins complètement. Mais il y a aussi un grand nombre de fleurs où elles persistent jusqu'à un certain degré. Ainsi la disposition quinconciale peut encore s'observer sur beaucoup de corolles de Rosacées ; celles des Apocvnées restent toujours fortement tordues, et il n’est pas rare que celles des Malvacées conservent aussi des traces de cet agencement antérieur.

§321. Nous avons appris à déterminer, autant que le permet l’état actuel de la science, la position relative des parties de la fleur les unes par rapport aux autres; il convient de plus de la déterminer par rapport au reste de la plante Pour y réussir, on cherche comment elle est placée relativement à l’axe d'où part son pédicelle. En prenant une partie quelconque de cette fleur pour point de repère, sa foliole la plus extérieure, par exemple, on peut supposer cette foliole tournée du côté de Taxe , ou du côté diamétralement opposé, ou a droite, ou à gauche. Or, il est ii remarquer qu’une de ces positions, quelle qu’elle soit, lorsqu’elle a lieu pour une fleur, a généralement lieu également pour toutes les autres fleurs de la même plante; et même on a constaté que celte uniformité s’étend quelquefois à toutes celles d’une même famille. Ainsi, dans les Scrofularinées, et dans d’autres groupes voisins, il y a doux carpelles tournés, I un du côtéde l'axe, l’autredu côté opposé ; si l'on trouve une lleur conformée en apparence comme celle des Scrofularinées, mais les deux carpelles tournés l'un à droite et l'autre à gauche, on pourra prononcer que la plante n’appartient pas à l’un de ces groupes. Ainsi I unique étamine qu'on voit se développer dans les Cannées et dans les Scitaminées, regardant, dans les unes en haut, dans les autres de cote, suffit pour faire distinguer au premier coup d'œil ces deux familles voisines

En général , les folioles du calice se coordonnent sur la bractée qui accompagne la Heur, ou, à son défaut, sur le point de l’axe où elle eût dû se développer, de même que la série des feuilles d'un rameau se coordonne sur la feuille de Faisselle de laquelle part ce rameau. Lorsque le pédicelle se tord sur lui-même, ou lorsqu'il est allongé, grêle ou flexible, la position primitive de la fleur , par rapport à 1 axe d où part ce pédicelle, peut être plus ou moins dissimulée. C est encore un cas où l’étude du bouton peut nous éclairer, parce que le pédicelle s’est d’autant moins tordu, d’autant moins allongé et aminci, que la fleur est plus jeune.

Cet ensemble de caractères qui résulte de la position des parties de la fleur relativement au rameau qui la porte, et les unes relativement aux autres , est ce qu’on appelle sa symétrie : mot pris ici dans une tout autre acception que celle dans laquelle nous avons précédemment parlé (§ 315) de fleurs symétriques:

Page 1