MÉTISSAGE ET HYBRIDATION. 30L
aussi particulièrement sujette; dans le Midi, il existe certains vignobles tellement exposés à cet accident, qu'on les désigne vulgairement sous le nom de coulards.
La coulure doit être attribuée à diverses circonstances ; les froids, les brouillards, et surtout tes pluies excessives ou prolongées qui entraînent le pollen sur le sol ou le font éclater avant que la fécondation puisse s'opérer, en sont quelquefois la cause; nous avons constaté qu'elle est due, le plus souvent, k une insuffisance d'alimentation delà plante; au moment de la fécondation du seigle, nous n'avons laissé qu'une lalle par touffe, 98 pour lOO des fleurs ont été fécondes, alors que dan» les témoins nous n'en comptions que 70 pour 100 ; elle peut aussi tenir à la faiblesse des plantes, à la mauvaise culture du sot.
Les causes de la coulure étant connues, les moyens préventifs le sont également ; on peut l'empêcher ou au moins en atténuer les effets, soit à l'aide d'abris, soit par des fumures, ou de bonnes façons données au sol. Les vignerons ont remarqué que l'incision annulaire et le pincement des bourgeons agissent dans le même sens.
Métissage et hybridation. — Jusqu'à présent nous nous sommes occupés de la fccondalion sans spécifier quelle pouvait être l'influence des deux parents sur le produit formé dans tes cas où il y avait croisement. Les produitsde croisements'appeilentm^/isou/i(/6riWes. 11 y a métissage quand l'union a lieu entre plantes diiîérentes de même espèce . Ce sont les cas que nous avons envisagés en parlant de fécondation croisée. Il y a hybridation quand les plantes appartiennent à deux espèces végétales différentes. Ainsi te croisement de l'amandier et du pêcher est une hybridation, celui du blé Rieti et du Bordeaux est un métissage.
D'une façon générale, la fécondation ne se produit qu'entre deux plantes ayant Tune pour l'autre une certaine affinité naturelle, et elle est d'autant plus facile que les plantes croisées se ressemblent davantage. Aus^i est-il beaucoup plus commode de faire un métis qu'un hybride.
La facilité avec laquelle certaines plantes peuvent se croiser devient en horticulture la cause de beaucoup de mécomptes. Des melons de bonne qualité tels que les cantaloups, par exemple, fécondés par le pollen de variétés insipides cultivées dans le voisinage, fournissetit des graines de qualité très inférieure. Ce sont les plantes à races et variétés nombreuses, telles que les melons, les courges, les choux et beaucoup de plantes d'ocnement qui s'abâtardissent le plus facilement. Les horticulteurs éloignent avec soin les porte-graines dont ils redoutent le croisement; quelquefois même l'inflorescence est enveloppée d'une gaze qui empêche la visite des insectes. Dans la culture soignée des mdons et des courges on opère toujours la fécondation artificielle.
Si la formation facile des métis est quelquefois à redouter, elle est aussi très souvent avantageuse. Les produits du métissage sont en effet plus forts, plus résistants, que les plantes dont ils sont issus. Ils sont aussi beaucoup plus féconds, produisent des fleurs, des fruits et des graines plus abondants et plus lourds. Ces avantages se conservent pendant plusieurs générations dans la descendance directe des métis si de nouveaux croisements ne viennent pas introduire d'autres modifications. Quand le métissage a lieu entre deux plants ayant des difTérences bien marquées, constituant ce qu'on appelle deux variéiés ou deux races de la même espèce, parmi les métis quelques uns seulement possèdent des propriétés intermédiaires à celles des deux parents. Toutes ces propriétés précieuses des métis ont été depuis longtemps utilisées par les horticulteurs, et c'est à leurs efforts que nous devons les nombreuses variétés de dahlias, de bruyères, de chrysanthèmes, de roses, d'arbres fruitiers qui sont l'ornement et le profit de nos jardins.
Les hybrides ont des caractères bien diflérenls. En premier lieu, ils se produisent difficilement et le nombre de ceux qu'on a réalisés jusqu'à présent esl relativement restreint. D'ordinaire, les divers caractères des deux
rents sont fusionnés dans leurs descendants, mais