CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES VÉGÉTAUX
Les Plantes peuvent être étudiées à différents points de vue ; ainsi on peut considérer leur organisation, leur structure, autrement dit, leur Anatomie , qui se partage en Or g ano graphie, Organogénie , Histologie ou anatomie proprement dite, selon qu’on se borne à l’examen de la configuration et des caractères extérieurs des organes, ou qu’on observe le mode d’apparition de ceux-ci, ou bien, enfin, qu’il s’agit de la connaissance des parties élémentaires ou éléments anatomiques qui entrent dans leur constitution.
On peut encore se placer à un autre point de vue, celui des fonctions] accomplies par les Végétaux, ou ce qu’on appelle leur Physiologie , c’est-à-dire, examiner comment ils se nourrissent, s’accroissent, se reproduisent, etc... (1).
Or, ces deux parties qui, au premier abord, paraissent si différentes, sont intimement liées l’une à l’autre, de sorte
(1) Nous laissons volontairement de côté un troisième point de vue, qui a également une grande importance en Botanique, à savoir la distribution méthodique des plantes et leur groupement en espèces, genres, familles, etc., auquel répond le programme de la Classe de Cinquième. (Voyez Notions élémentaires de Zoologie, Botanique, Géologie, rédigées conformément au programme officiel, pour les Classes de Sixième, Cinquième, Quatrième, par le docteur P. Maisonneuve.)
INTRODUCTION
que leur étude ne peut guère être séparée. Gomment, en effet, serait-il possible d’observer et de suivre les phénomènes dont les Plantes sont le siège, si l’on n’a pas, au préalable, pris connaissance de la disposition, de la structure des parties qui entrent en jeu? Pour observer comment fonctionne une machine, ne faut-il pas d’abord en connaître les rouages?
D’autre part, l’étude de la structure, si elle n’était pas suivie de celle de la fonction, n’arriverait pas à satisfaire l’esprit, car elle ne constituerait forcément qu’une notion incomplète ; ce serait quelque chose d’analogue à l’énoncé d’un principe dont on ne tirerait pas les conclusions. On n’apprendrait ainsi à connaître qu’une partie de l’être et non pas l’être lui-même, tel que la nature nous le présente.
Aussi le programme officiel de l’étude de la Botanique pour la Classe de Philosophie veut-il que, tout en insistant sur les questions de Physiologie végétale, l’élève ne néglige pas celles d’Anatomie, dont Futilité n’est pas douteuse pour qu’il puisse se faire des premières une idée juste et suffisante.
Nous suivrons donc de près les données de ce programme ; et toutes les notions anatomiques qui ont pris place au commencement de ce livre doivent être regardées comme une introduction indispensable aux questions relatives à la physiologie.
— Les Végétaux sont des êtres vivants, et leur étude rentre dans la Biologie, vaste science, qui comprend en même temps celle des Animaux, que tant de caractères, on doit le constater, rapprochent des premiers.
En effet, en sa qualité d’être vivant, la Plante naît, respire, se nourrit, se reproduit et finit par mourir : autant d’opérations que nous rencontrons également chez l’Animal, et qui séparent nettement, comme par une barrière infranchissable, les deux règnes organisés du monde des êtres inorganiques.
Bien plus, quoique la distinction entre la plupart des animaux et des végétaux paraisse, au premier abord, des plus faciles, un examen un peu approfondi des uns et des
INTRODUCTION
autres montre relativement à un groupe important de fonctions, celles qu’on appelle végétatives ou de nutrition, la similitude la plus frappante, au point que les différences que l’on peut noter dans ce travail de comparaison ne portent que sur des particularités de second ordre.
On ne sera pas étonné outre mesure de ce résultat, quand on aura appris que, chez les Végétaux comme chez les Animaux, l’organisme est formé d’éléments anatomiques ou cellules , contenant une substance spéciale, le proto-plasma , agent indispensable des manifestations vitales, et doué d’un grand nombre de propriétés communes aux uns et aux autres ; ce qui n’empêche pas toutefois de reconnaître que le protoplasma végétal, d’une part, le protoplasma animal, de l’autre, doivent posséder, en outre, des propriétés spéciales, mais que l’imperfection de nos sens et de nos instruments de recherche ne nous permet pas de mettre en évidence.
D’ailleurs, cette question ayant été déjà suffisamment traitée dans le Cours de Zoologie , nous n’y insisterons pas davantage ici (1).
C’est en vain que l’on chercherait dans la vie sédentaire des plantes un critérium absolu qui séparerait d’une façon rigoureuse le règne végétal du règne animal, car tandis que certaines plantes, d’ordre inférieur, il est vrai, se meuvent et se déplacent avec une rapidité variable suivant les espèces (Voy. C/iap. xiv), on connaît nombre d’animaux également sédentaires, fixés au sol comme les végétaux, ce qui les avait fait ranger pendant longtemps parmi ces derniers : leur nom même de Zoophytes (Ç&ov, animal, cpuxov, plante) rappelle l’analogie qu’ils offrent, à ce point de vue, avec les végétaux.
L’absence d’un tube digestif ou d’un appareil circulatoire véritable, etc., 11e fournit pas davantage le signe caractéristique que nous cherchons, car les fonctions auxquelles ces organes' se rapportent s’accomplissent chez les Plantes
(1) Cours de Zoologie, Anatomie et Physiologie animales, par le Dr P. Maisonneuve. Yoy. Introduction, p. xvi, et Chap. vu, p. 193 à 202.
INTRODUCTION
aussi bien que chez les Animaux ; et du reste si ces appareils eux-mêmes manquent chez les Plantes, il s’en faut bien qu’ils se rencontrent chez toutes les espèces animales.
Pour nous résumer, répétons que les [onctions végétatives ou de nutrition sont communes aux deux règnes organiques.
Si donc, nous voulons tenter d’établir une marque de séparation entre ces deux groupes, nous devons la chercher dans une sphère plus élevée, dans ces hautes fonctions qui sont l’apanage des seuls Animaux, et qu’on appelle, ’en raison de cette circonstance, les propriétés animales, à savoir, la sensibilité et le mouvement volontaire.
Et si, dans les Plantes, les manifestations extérieures d’une sorte dé irritabilité dont l’existence n’est pas contestable chez elles, semblent devoir faire illusion, du moins à un examen superficiel, nous espérons montrer, qu’en réalité, la Plante ne sent pas, de même qu’elle ne se meut pas volontairement. Aussi, malgré les rapports certains qui unissent les deux grands règnes vivants entre eux, devonsnous reconnaître qu’ils présentent, par contre, une différence fondamentale, bien qu’il ne soit pas toujours facile d’en faire sans hésitation l’application aux cas particuliers.
C’est pourquoi, avec Linné, qui avait cependant si bien saisi les nombreuses relations qui enchaînent les uns aux autres les divers êtres créés, ce qui l’avait amené à poser l’axiome célèbre : « N atura non facit saltus », on doit admettre que les trois règnes de la nature sont séparés l’un de l’autre par l’apparition d’un caractère d’ordre d’autant plus élevé que l’on va du règne inférieur au règne le plus parfait, et dire avec le grand naturaliste suédois : Mineralia crescunt ; Vegetalia crescunt et vivant; Animalia crescunt, vivmt et sentiunt.
ANATOMIE
ET