FORMES ALTERNANTES CHEZ LES CHAMPIGNONS
unes, du côté de la face supérieure des feuilles, les autres, du côté de la face inférieure. Or, ces deux sortes de spores ne se comportent pas de la même façon. Les premières, logées dans de petites cavités en forme de bouteille, dont le fond est tout hérissé de poils disposés en un pinceau qui fait saillie à la surface de la feuille, sont, à un moment donné, emportées par le vent; et alors, celles qui tombent dans un milieu convenable germent et produisent à leur tour des sporidies, lesquelles semées sur les feuilles d’Épine-vinette se comporteront comme les précédentes.
Quant à celles de la face inférieure des feuilles, elles sont logées dans des cavités en forme de petites coupes assez larges; disséminées dans Tair, elles ne viennent à germer que si elles tombent sur une feuille ou une tige de Blé. Elles s’allongent en tubes ou filaments, qui s’introduisent par les ouvertures des stomates et s’y développent en un thalle, comme il a été dit au commencement de cette description.
Voilà donc toute une série de formes distinctes donnant chacune des spores reproductrices, bien que l’on se trouve en présence d’une seule et même espèce. Ces formes sont tellement différentes, qu’à l’époque où l’on n’avait pas encore suivi toute cette évolution compliquée, on se croyait en présence de genres distincts ; ainsi, l’état désigné sous le nom de rouille orangée, qui se voit sur les Graminées pendant l’été, s’appelait Uredo lineavis, et celui qui constitue la rouille noire, à l’automne, était le Puccinia graminis, seul nom qui ait été conservé définitivement pour désigner ce singulier végétal protéiforme; les productions en forme de bouteille des feuilles d’Épine -vinette étaient VÆci- (liolum exanthematum, et celles en forme de coupe, YÆcidium berberidis.
On pourrait citer bien d’autres espèces du même genre qui subissent des phases de développement analogues; citons-en quelques-unes: le Puccinia straminis , qui constitue une rouille des plus redoutées pour les Graminées et qui passe le printemps sur les Borraginées ; le Puccinia coro-
FORMES ALTERNANTES
nata, qui passe l’été sur l’Avoine, et le printemps sur la Bourdaine et le Nerprun.
D’autres espèces de Puccinies développent, au contraire, leurs quatre appareils reproducteurs successifs sur la même espèce de plantes, par exemple le Puccinia compositarum, sur les Composées ; le Puccinia discoidarum , qui depuis une vingtaine d’années cause en Russie, de grands ravages sur les cultures de Grand-Soleil, dont on retire de l’huile. Enfin, dans certains cas, l’évolution offre une moins grande complication, une, deux ou même trois des phases ordinaires étant supprimées, comme cela se voit, par exemple, pour le Puccinia prunorum, qui attaque les Pruniers et qui ne produit qu’une sorte de spores, celles d’automne, lesquelles passent tout l’hiver dans l’état de repos ; l’on n’observe plus, dans ce cas, qu’une seule forme, qui reste toujours la même.
La famille des Mucédinées renferme d’ailleurs bien d’autres genres dont le développement offre la plus grande analogie avec celui des Puccinies.
Alternance des formes chez les Phanérogames. — L’alternance des formes ne se rencontre pas absol ument que chez les Cryptogames. Les végétaux les plus élevés présentent des traces non douteuses de semblables phénomènes ; mais ce n’est plus, pour ainsi dire, qu’un souvenir, qui même passerait inaperçu si l’on n’y prêtait pas une sérieuse attention. Ce souvenir suffit cependant à établir un pont, une sorte de transition entre les phénomènes du développement de ces deux grands groupes, pourtant si différents du règne végétal, les Cryptogames et les Phanérogames, en passant, comme nous allons le voir, par les Gymnospermes ou Conifères.
Si l’on se rappelle les phénomènes de la reproduction chez ces derniers (Voy. p. 197 etsuiv.), on peut se figurer un de leurs grains de pollen comme une spore, l’analogue d’une microspore des Rhizocarpées ou des Lycopodiacôes, qui serait l’aboutissant d’une génération asexuée ou par gemmation, de même que le sac embryonnaire serait une