‹ BotticelliChapitre 10 sur 42 · Richter, Lectures on thc National Gallery, p. 56 et suiv · texte numérisé non relu

Richter, Lectures on thc National Gallery, p. 56 et suiv

BOTTICELLI 5i

ce léger murmure, soit pour l'éveiller et lui montrer son rêve réalisé (PI. p. 23.)

On voit comment, ici encore, Botticelli a brodé sur le thème fourni par Politien. Sans doute, on ne remarque point que dans les traits du jeune homme endormi il ait tenté de reproduire les traits de Julien, et rien ne prouve non plus que, dans la figure de femme, il faille reconnaître, comme le veut Richter, « un portrait authentique de Simonetta, et le seul » ; mais le sens allégorique de la composition semble indiscutable, et par là elle apparaît en quelque sorte comme la contre-partie de la bannière peinte en 1475.

En tout cas, l'œuvre offre des qualités d'art tout à fait remarquables : la ligne onduleuse du jeune homme endormi, le raccourci hardi de son visage sont des morceaux d'une technique achevée, où s'atteste tout ce que Botticelli avait appris à l'école des Pollaiuoli; et il y a par ailleurs, dans la grâce souple des satyres joueurs, dans leurs visages espiègles, quelque chose qui rappelle les enfants que peignait Filippo Lippi. Ce qu'il faut noter en outre, c'est le fini de l'exécution, trait caractéristique, au reste, des œuvres de cette période^ et une recherche de la couleur, assez rare chez l'artiste, qui se manifeste dans la sombre coloration des feuillages du fond, sur lesquels les figures s'enlèvent en clarté. Mais la beauté des lignes surtout est admirable, cette beauté que Botticelli a poursuivie essentiellement, et qui a fait dire à un juge difficile qu'il a été, « pour le dessin de la ligne,

le plus grand artiste que l'Europe ait jamais eu * ».

A ce même épisode des amours de Julien et de Simonetta on a tenté à plusieurs reprises de rattacher une autre œuvre de Botticelli, le célèbre et énigmatique tableau connu sous le nom du Printemps (PI. p. 89).

Il faut avouer qu'il y a une ingéniosité assez séduisante dans la conjecture de Steinmann qui veut, dans cette peinture fameuse, reconnaître l'illustration d'un passage de la Giosira^ celui où Julien, égaré dans la forêt profonde, rencontre pour la première fois Simonetta. « Dans un pré verdoyant et fleuri », elle lui apparaît sous les traits d'une nymphe.

Elle est blanche, dit le poète, et blanche est sa robe, mais diaprée de roses, de Heurs et d'herbes. Les boucles de sa chevelure descendent de sa tête d'or sur son front candide et fier. La forêt tout entière lui sourit... Dès qu'elle aperçut le jeune homme, un instant craintive, elle leva la tête, puis de sa blanche main elle reprit le bout de sa robe, et se leva en pied, le giron plein de fleurs -.

Dans cette description, il est aisé de retrouver quelques-uns des traits de l'adorable figure du Prinlemps, et, sur les lèvres de sa nymphe, Politien aussi a mis ce doux sourire, // Aoke e vago riso, qui éclaire le visage de la jeune femme de Botticelli. Et de même l'Amour, volant dans le haut du panneau, et

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