‹ BotticelliChapitre 11 sur 42 · Politien, Stan^e, I, str · texte numérisé non relu

Politien, Stan^e, I, str

qui lance sa flèche au jeune homme distraitement occupé à cueiHir les fruits d'or du bosquet d'orangers, ne rappelle-t-il pas le passage du poème où Julien, « tout séduit par la splendeur du site, ne s'aperçoit pas, le pauvre, que derrière lui est l'Amour » ? Mais, ceci admis, comment expliquera-t-on que le peintre ait représenté le jeune Médicis sous le singulier déguisement de Mercure ? comment expliquera-t-on surtout qu'à la mystérieuse rencontre de la Giostra, il ait cru devoir donner tant de témoins inutiles, Vénus et les Grâces dansantes, et Flore poursuivie par Zéphyre, dont Politien ne dit pas un mot? Pour rendre compte de ces diverses figures, tout en rattachant la peinture au souvenir de Simonetta, certains critiques, tels que Jacobsen, ont raffiné plus subtilement encore. Pour cet écrivain, ce n'est pas une fois, mais trois fois, que Botticelli, dans le même tableau, aurait représenté la jeune femme : une première fois sous les traits de la nymphe, telle qu'elle figure dans la Giostra de Politien ; une seconde fois, dans le personnage en costume moderne qui occupe le centre du panneau, « telle alors qu'elle était de son vivant, avec l'expression de souffrance qui marque la fin de sa vie » ; et une troisième fois, enfin, « s'échappant, dans un élan de fuite désespérée, des bras d'un sombre démon ailé, et ressuscitée, s'éveillant à une vie nouvelle dans les Champs-Elysées' ». On trou-

I. Cf. l'article de Jacobsen dans l'Archivio storico delV Arte, 1897, p. 336, et dans l'Arte, t. II, p. 284.

vera sans doute que c'est là étrangement compliquer les choses, et qu'en ses allégories mêmes Botticelli a coutume d'être moins abstrus. Pour reconnaître dans le Printemps l'histoire de Julien et de Simonette, il faudrait vraiment des rapprochements plus démonstratifs et des théories moins hasardeuses. On verra plus loin que d'autres passages de Politien suflisent à rendre compte assez pleinement du sujet que le maître semble avoir voulu traiter. Et peut-être ne sera-t-il pas inutile d'ajouter deux remarques, qui achèveront de ruiner les interprétations que je viens d'analyser : l'une, que le tableau fut peint, non pour Julien de Médicis, mais probablement pour son cousin Lorenzo di Fier Francesco, possesseur de cette villa de Castcllo où l'œuvre était conservée au commencement du xvi^ siècle ; l'autre, que Vasari, lequel assurément n'est point infaillible, mais qui représente du moins une tradition assez ancienne, dénomme tout simplement ce panneau le Printemps. « On y voit Vénus, dit-il, que les Grâces fleurissent, et cela signifie le printemps ^ »

La plupart des critiques, toutefois, et ceux-là mêmes qui écartent résolument les h3'pothèscs que je viens de signaler, s'accordent à placer à la date de 1478 l'œuvre qui nous occupe. M. Supino presque seul, dans un livre récent, attribue le tableau à une époque assez postérieure. Très frappé des ressemblances qui, dans le rendu des feuillages en particu-

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