On a voulu retrouver un souvenir de l'œuvre de Botti
5o LES MAITRES DE L'ART
C'est de la même inspiration que procède le panneau de la National Gallery que l'on intitule à tort Mars et Vénus^ et il convient, pour cette raison, d'en placer la date vers ces mêmes années 1475-1476, où Julien adorait Simonetta et où Politien écrivait son poème. Ici encore, les stances de la Giostra nous donnent la clé de la composition. Dans un passage de son œuvre \ Politien montre Julien endormi; sa dame lui apparaît en rêve, revêtue de l'armure de Pallas, inaccessible aux assauts de l'Amour; mais la Gloire se lève au ciel, accompagnée de la Poésie et de l'Histoire, « et il semblait, dit le poète, qu'elle enlevait à sa dame l'armure de Pallas et ne lui laissait que sa tunique blanche». Selon l'ingénieuse conjecture de Richter-, c'est cet épisode qui a donné naissance à l'œuvre de Botticelli. Le Jeune homme nu endormi n'est autre que Julien, la jeune femme en longs vêtements blancs — i?i bianca gonna^ comme dit Politien — n'est autre que Simonetta ; au fond du tableau, des petits satyres rieurs emportent en se jouant le casque et la lance de la belle guerrière désarmée ; et l'un d'eux, avec une conque marine, souffle à l'oreille du dormeur, soit pour bercer ses songes de
celli dans une tapisserie, qui appartient au comte de Baudreuil (Mûntz, Histoire de l'Art pendant la Renaissance, t. II, p. 36i). La description minutieuse que nous avons maintenant de la toile de Sandro ne permet plus d'admettre cette hypothèse.