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I. Vasari, t. III, p. 3i

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lier, se manifestent entre le Printemps et la Madone de Sanlo Spirito, aujourd'hui à Berlin, il incline à rapporter les deux ouvrages à une même époque, et nous savons par documents authentiques que la Vierge de Berlin fut peinte en 1485. D'autre part, on peut constater des analogies assez remarquables entre la composition du Printe7nps et un poème de Politien, le Rusiicus, qui fut écrit en 1483. Et enfm il y a, dans ce tableau, un certain sentiment classique qui s'explique mieux après le séjour que Botticelli fit à Rome, entre 1481 et 1483.

Si ingénieuses qu'elles soient, ces raisons me paraîtraient peu convaincantes, si d'autres plus fortes ne les venaient confirmer. Il me semble que, dans l'évolution artistique de Botticelli, le Printemps atteste un point de développement auquel il n'était point parvenu à la date où nous sommes. Comparez le aux œuvres, à peu près sûrement datées, que nous avons de cette période : s'il est de 1478, il prendrait place entre le tableau de la National Gallery, qui est de 1476 environ, et la Pallas au Centaure^ qui est de 1480, entre l'Adoration des Mages, qui semble de 1477, et la Vierge du Magnificat, qui est antérieure à 1480 ; 'il précéderait la série des fresques de la Sixtine, exécutées entre 1481 et 1483. Or, il n'y a rien, ou presque, dans ces ouvrages, qui rappelle l'ondulation souple, presque maniérée déjà, de la ligne, par où se caractérisent si nettement les figures du Pi'intemps ; rÏQn, ou presque, qui rappelle l'exprès-

sion mystérieuse des minces visages, la grâce presque maladive des longues formes dansantes. Tout cela, au contraire, apparaît en germe dans certains détails des fresques de la Sixtine, par exemple dans ces filles de Jéthro, « sœurs des Grâces qui danseront pour fêter Vénus et Prbnavera ^ », et se montre pleinement épanoui dans les œuvres certainement postérieures à 1483, comme la Naissance de Vénus ou le tableau de la Calomnie.

En 1478, Botticelli est à la période de sa vie — on va le voir tout à l'heure — où le réalisme exerçait sur son art une puissante influence; et cette tendance se manifestait alors jusque dans ses ouvrages les plus inspirés de l'antiquité classique. Composé en 1478, le Printemps serait donc une anomalie étrange, une singularité presque inexplicable ; aux environs de 1485, il prend au contraire naturellement sa place dans l'évolution artistique de Botticelli. Et c'est pourquoi, malgré certaines analogies que l'on prétend reconnaître entre les figures du Printemps et quelques œuvres de la jeunesse du maître -, je crois devoir reculer la date de cette peinture fameuse à une époque ultérieure de la vie de l'artiste. C'est là que nous la retrouverons et que nous tâcherons d'en interpréter plus pleinement le sens et d'en analyser la complexe beauté.

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