‹ BotticelliChapitre 20 sur 42 · I. Vasari, t. III, p · texte numérisé non relu

I. Vasari, t. III, p

et de style pour qu'on les puisse attribuer à une même époque de la vie du maître. J'incline au contraire, je l'avoue, à admettre un étroit rapport entre le Printemps et la Naissance de Vénus. Assurément, et je le sais, les deux tableaux ne sont point de mêmes dimensions ; de plus, le premier est peint sur bois, et le second sur toile, et j'accorde volontiers, en conséquence, que les deux panneaux n'ont pas été exécutés pour être les morceaux symétriques d'une même décoration. Mais, ainsi que M. Supino le remarque justement, il y a, — et cela est plus important, — un étroit rapport d'harmonie entre les deux œuvres. Non seulement les deux tableaux ont été peints pour le même personnage, probablement pour un cousin du Magnifique, Lorenzo di Pier Francesco, le propriétaire de cette villa de Castello où, dès le commencement du XVI® siècle, on admirait ces ouvrages de BotticelH * ; non seulement l'inspiration en est identique, et c'est aux mêmes sources littéraires, on le verra, que le peintre a emprunté les thèmes qu'il a traités, — ces deux raisons, je le concède, seraient à elles seules médiocrement décisives, — mais il y a en outre, dans les deux peintures, une telle identité d'inspiration artistique, une telle ressemblance dans la façon un peu maniérée de figurer les mouvements et de peindre les attitudes, une si étroite parenté

I. Cf. sur ce personnage, très épris d'art, de culture antique, et grand ami de Politien, Cartwright, Sandro BotticelH, p. 65-66.

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dans la mystérieuse expression des visages , un contraste si complet, enfin, et si tranché, avec les œuvres antérieures à 1480, qu'il me paraît impossible de séparer les deux œuvres, et qu'il faut les placer toutes deux au moment où Botticelli revenait de Rome, c'est-à-dire vers 1484 ou 1485.

J'ai déjà dit précédemment pour quelles sérieuses raisons le Printemps semble devoir être rapporté à cette date, plutôt qu'à celle de 1478, et comment aussi le sujet que le peintre y a représenté ne paraît avoir nul rapport avec l'aventure de Julien et de Simonetta. Si l'on veut savoir au vrai la signification de cette peinture fameuse, il faut bien se garder de compliquer si subtilement les choses. Ce que Botticelli a tenté d'exprimer par la couleur, c'est ce que tentaient d'exprimer dans leurs vers les poètes de son temps, le charme de ce printemps florentin que chantaient Politien et Laurent de Médicis, de la saison des fleurs, de la jeunesse, du plaisir et de l'amour.

La terre est en travail, écrit le Magnifique, elle produit au jour — les mille couleurs variées des fleurs nouvelles. — Les oiseaux font entendre une amoureuse harmonie, — en entendant son chant qui les remplit d'amour. — Les forêts font reverdir leurs rameaux desséchés, — en écoutant l'enchantement de sa douce parole.

L'Amour, dit Politien, s'en vient riant, — des roses et des lys sur la tête ; — il s'en vient vers vous en chantant. — Faites lui, belles, un bon accueil. — Qui de vous sera la plus prompte — à lui donner la fleur de mai ?

Ailleurs, dans des vers charmants, Laurent de Médicis célèbre de même la grâce de la saison nouvelle :

Que bienve«u soit Mai — avec son rustique étendard; — que bienvenu soit le printemps, — qui met l'amour dans tous les cœurs. — Et vous, jeunes filles, par troupes, — avec vos amoureux, — vous qui de roses et de fleurs — parez en mai votre beauté, — venez sous l'ombre fraîche — des tendres arbres verts. — Les bêtes, les oiseaux — s'enflamment d'amour en mai ; — que celle qui est jeune et belle — ne soit point avare de sa beauté. — On ne voit point renaître — la jeunesse comme l'herbe. — Que nulle ne soit hautaine, — en mai, pour son amoureux.

Mais pour ces humanistes, nourris de mythologie classique, le retour du printemps, c'est surtout le triomphe de Vénus. Aussi, pour traduire aux yeux la gloire de la saison nouvelle, c'est le royaume merveilleux de la blonde déesse que le peintre sera tout d'abord tenté de représenter. Or, dans un passage fameux de ses Stances, Politien avait longuement décrit ce pays enchanté, qu'ombragent le myrte et « le grand arbre au feuillage d'émeraude, aux fruits d'or ».

C'est, disait le poète, le royaume où se réjouissent les Grâces, — 011 la Beauté pare de fleurs ses cheveux, — où, amoureusement, derrière Flore, — Zéphyre vole, faisant à son souffle fleurir l'herbe verdoyante.

Et plus loin :

Jamais la parure du jardin éternel — n'est mouillée par la pluie ni blanchie par la neige. — L'hiver glacé n'ose y péné-

trer; — les saisons n'y déroulent point leur cours. — Mais le joyeux Printemps n'en est jamais absent, — le Printemps qui dénoue à la brise ses blonds cheveux bouclés — et enlace mille fleurs en légères guirlandes < .

Regardez le tableau de Botticelli (PI. p. 89) : pas un des traits n'y manque qu'a décrits le poète. Sans doute, dans la figure centrale de la composition, dans cette femme chastement vêtue d'un habillement florentin du xv^ siècle, il semble d'abord un peu difficile de reconnaître la déesse de l'amour. Je ne me charge point d'expliquer pourquoi le peintre, renonçant à la nudité classique, a représenté Vénus sous ce bizarre déguisement. On en a donné des raisons esthétiques fort ingénieuses-, qui me semblent pourtant, je l'avoue, insuffisamment convaincantes. Mais, quoi qu'on puisse penser de cette étrangeté, il est impossible, dans cette apparition un peu mystérieuse, de voir autre chose que Vénus : le Jeune Gupidon qui voltige au-dessus de sa tête, les Grâces dansantes qui l'accompagnent ne permettent guère de douter de l'intention de Botticelli.

Tout le monde connaît la composition de ce tableau célèbre, et ce qu'il offre, au premier regard, d'un peu déconcertant. Je n'ignore point que l'altération de la couleur est pour quelque chose dans cette impression ; le temps et des vernis trop épais ont terni la limpidité du ciel entrevu entre les arbres,

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