‹ BotticelliChapitre 21 sur 42 · Streeter, op. cit., p · texte numérisé non relu

Streeter, op. cit., p

BOTTICELLI gS

foncé le ton des feuillages verts, éteint l'éclat de rherbe et des fleurs ; en sorte que, sur ce fond un peu dur, les figures se détachent avec une moindre harmonie. Mais il y a autre chose encore qui trouble dans cette œuvre fameuse, et dont Botticelli seul doit porter la responsabilité. Le peintre, on le sait déjà par les fresques de la Sixtine, n'avait jamais pris très grand souci de la composition : il a porté à cet égard, dans le Pi^intemps, une extraordinaire indifférence. Les personnages sont juxtaposés, sans que rien semble les rattacher à une action commune ; ils sont comme étrangers les uns aux autres, isolés chacun dans un geste particulier, ou tout au plus réunis par deux ou trois en groupes distincts, sans lien avec le reste de la scène. Il serait puéril, je pense, de vouloir dissimuler ou expliquer cette évidente faiblesse, que rend peut-être plus sensible encore le changement de la couleur que j'ai signalé, en ce qu'il a épaissi l'atmosphère dont s'enveloppent les figures. Mais considérez, en les prenant à part, chacune de ces figures, chacun de ces groupes : il y a peu d'œuvres, même parmi celles de Botticelli, qui soient d'un charme plus prenant, d'une distinction plus exquise, d'un art plus savant et plus achevé.

A droite de Vénus, au premier plan, c'est Primapera, une svelte et élégante jeune femme, à la robe légère toute parsemée de fleurs ; des fleurs encore, marguerites et bleuets, couronnent ses cheveux blonds où traînent des reflets d'or ; une guirlande

de fleurs au cou, une ceinture de lierre à la taille, elle s'avance, touchant à peine la terre, prête à semer les fleurs sous ses pas. Telle Politien, dans ses Stances, avait représenté jadis la nymphe de la forêt. J'ai déjà cité le passage charmant où il la peint, blanche dans sa robe blanche diaprée de fleurs, avec ses cheveux d'or descendant en boucles sur son front pur.

Ses yeux brillent d'une douce sérénité; — sonvisage est plein d'une céleste allégresse ; — la brise se taît à son parler divin... De sa blanche main elle relève un pli de sa robe — et se tient debout, son giron plein de fleurs <.

Et, d'un mot presque intraduisible, le poète vante sa démarche glissante et suave, « il dolce andar soave » ^. Visiblement, c'est à ce modèle que Botticelli a emprunté les traits essentiels de sa figure, et c'est en lisant Politien qu'il a vu flotter devant ses yeux la merveilleuse image du Printemps. Mais dans ce personnage isolé, aussi bien que dans la conception générale de l'œuvre, son âme d'artiste a su, dans l'abondante description où se complaît le poète, dégager, retenir les détails vraiment caractéristiques ; et c'est par ce libre choix qu'il a été proprement créateur.

De même, c'est à Politien et à Laurent de Médicis, imitateurs l'un et l'autre des beaux vers de Lucrèce et d'Ovide, que Botticelli a dû l'idée de Flore poursuivie

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