‹ BotticelliChapitre 23 sur 42 · I. Alberti, op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Alberti, op. cit., p

De même qu'il y a quelque chose de troublant dans la Vénus en costume florentin, ainsi on s'explique mal la signification du Mercure qui, sur la gauche du tableau, drape d'une étoffe rouge son élégante nudité, et qui semble, indifférent à tout le reste, ne penser qu'à faire, avec son caducée, tomber des arbres leurs fruits d'or. Et pareillement il y a quelque chose d'étrange dans le coloris verdàtre que le maître a répandu sur le groupe de Zéphyre et de Flore. Mais ce n'est point d'expliquer qu'il faut se préoccuper surtout en face du Printemps : l'œuvre qu'a voulue Botticelli est essentiellement une œuvre décorative, où, par l'exquise beauté des lignes expressives, il s'est efforcé de traduire les visions radieuses qui flottaient dans son imagination charmée. C'est ce conte de fées qu'il a rêvé qu'expriment la Primavera mystérieuse et le groupe adorable des Grâces dansant dans le jardin enchanté, conte poétique et charmant, qui n'a rien de réel ni rien d'antique, mais qui demeure, avec ses défauts mêmes, une des créations les plus séduisantes qu'ait produites la peinture de tous les temps.

J'ai insisté à dessein sur ce tableau du Printemps^ parce que, pour beaucoup de personnes, il résume à lui seul l'essentiel de l'œuvre de Botticelli. J'ai indiqué déjà combien, en fait, le peintre fut plus varié, plus complexe et plus souple, et comment cette peinture fameuse, quel qu'en soit le charme, ne nous montre qu'un des aspects de son génie. Mais, cela dit, il faut reconnaître que peu d'ouvrages sont plus

Cliché Alinap,'.

Les trois Grâces.

Détail du Printemps. — Académie des Bcaux-Aris, l'iorence.

instructifs pour nous. On y voit clairement, par un exemple illustre, tout ce qu'il y eut de littéraire dans l'inspiration du maître, et aussi avec quel sentiment d'art profond et subtil il sut choisir, simplifier, interpréter les données que lui fournissaient les humanistes de son temps. On y voit quelle vision personnelle son imagination poétique se fit de ce monde antique qu'ils lui révélaient, et tout ce que, sur les thèmes proposés, broda sa fantaisie créatrice. On y voit surtout quelles rêveries délicieuses hantaient cette âme charmante, et comment, rendu à lui-même,, pleinement dégagé des influences d'école, Botticelli, au retour de Rome, donnait, dans la Florence des Médicis, libre essor à son génie.

Les mêmes tendances, les mêmes qualités, les mêmes influences se manifestent dans la Naissance de Vénus (PI. p. loi).

Politien, dont le poème semble avoir fourni à Botticelli la plupart des sujets antiques qu'il traita, a joliment décrit, dans un passage des Stan^e^ la naissance de l'Anadyomène. Paraphrasant le texte de l'hymne homérique, il a montré « la jeune femme au divin visage — dont les Zéphyrs lascifs poussent rers la terre — la conque flottante; et le ciel en paraît tout joyeux. » Sur le rivage, les Heures en robes blanches, « dont la brise fait boucler la souple et flottante chevelure», accueillent la déesse et lui tendent un vêtement parsemé d'étoiles. Debout sur

sa conque marine, au milieu des eaux écumantes, l'immortelle d'une main retient ses longs cheveux, de l'autre elle couvre sa poitrine charmante, « et partout où se pose son pied sacré et divin — la grève se pare d'herbe et de fleurs ' ». Il est aisé de retrouver dans ces vers le décor, les figures, et jusqu'aux attitudes du tableau de Botticelli. Et de même on 3^ reconnaît l'influence évidente d'une phrase d'Alberti : « Les étoffes, écrivait le célèbre théoricien, sont naturellement lourdes et tendent à tomber vers le sol. Il sera donc bon d'introduire dans la peinture la figure des vents Zéphyre et Auster, soufflant à travers les nuages, de manière à faire flotter les draperies" ». Avec un art consommé, le maître a donné dans sa toile cette sensation, que réclamait Alberti, de l'air et du mouvement. Regardez la variété, si habilement contrastée, des attitudes, les Zéphyrs enlacés flottant doucement dans l'espace, la blanche nudité de Vénus se dressant sur les flots, et sur la droite, en avant d'un bouquet de lauriers — allusion peut-être au prénom de Laurent de Médicis — la Nymphe vêtue, comme Pj^imavei^a^ d'une robe blanche diaprée de fleurs, et qui semble, dans sa marche légère et glissante, toucher à peine la terre. Regardez surtout la manière, conforme, elle aussi, aux conseils d'Alberti, dont sont traitées les étoffes et les chevelures. Dans les cheveux d'or de Vénus,

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