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CHAPITRE PREMIER

Florence vers le milieu du xv^ siècle. — Naissance et formation artistique de Botticelli. — Le caractère. — Les premières œuvres (144^-1474).

ERS le milieu du xv^ siècle, entre les années 1440 et 1460, Florence, sous le gouvernement de Cosme de Médicis, était la capitale artistique et intellectuelle de l'Italie. Pour suffire à la multitude des constructions publiques et privées, religieuses et profanes, dont se couvrait alors la riche et orgueilleuse cité de l'Arno, les architectes les plus illustres, les sculpteurs les plus glorieux, les peintres les plus célèbres, rivalisaient de zèle et de génie créateur.

Après avoir achevé la coupole de Sainte-Marie-dela-Fleur, « le plus grand problème de construction, comme on l'a dit, qu'ait résolu le xv^ siècle», Brunellesco venait, à San Lorenzo et à Santo Spirito, de retrouver le type de l'ancienne basilique chrétienne ; il avait, à la sacristie de San Lorenzo et à la chapelle des Pazzi,

lo LES MAITRES DE L'ART

créé un modèle, admirable de proportions et de décor, de la construction en forme de croix grecque, couronnée d'une coupole circulaire; il avait édifié enfin, pour les Pazzi et pour les Pitti, deux des plus beaux palais de Florence. Auprès de lui, Michelozzo bâtissait pour les Médicis le superbe palais de la Via Larga, dont Donatello décorait la cour intérieure, dont Gozzoli enluminait la chapelle de fresques pittoresques et charmantes, et Alberti commençait pour les Ruccellai une élégante demeure, où se révélaient les goûts raffinés de la nouvelle société florentine. Tandis que Ghiberti achevait les portes de bronze du Baptistère, Donatello, associant à l'étude des monuments antiques l'amour passionné de la nature et de la vérité, créait pendant cinquante ans une succession de chefs-d'œuvre ; et, à sa suite, avec moins de fougue réaliste et de farouche grandeur, les Rossellino, les Desiderio da Settignano, les Luca délia Robbia continuaient, à un rang plus modeste, l'effort du maître puissant qui avait proprement renouvelé la sculpture en Italie. Et à tous Cosme de Médicis, l'habile et audacieux banquier qui dans son attitude de Mécène voyait un subtil instrument de règne, accordait avec une intelligente générosité sa protection, sa faveur, son amitié.

Dans son vaste et splendide palais, tout plein de collections merveilleuses, où il se plaisait à rassembler à prix d'or les marbres, les camées, les médailles antiques, les manuscrits précieux et les livres rares,

BOTTICELLI ii

il accueillait avec une égale bienveillance les artistes et les lettrés. Les grands humanistes de l'époque, les Léonard Bruni, les Marsuppini, les Niccoli, les Pogge étaient ses familiers ; quand le Grec Gémiste Pléthon lui révéla Platon, il institua, sur ses conseils, l'Académie platonicienne et il confia au jeune Marsile Ficin le soin de traduire en latin les œuvres du « divin » philosophe athénien. Et de môme, il eut pour amis et pour clients Brunellesco, Michelozzo, Donatello, Paolo Uccello et Andréa del Castagno, Fra Filippo Lippi et Gozzoli : homme véritablement supérieur, qui ne fonda pas seulement la grandeur politique de sa maison, mais qui, en encourageant les novateurs et en mettant sous leurs yeux les meilleurs modèles, assura à Florence, par son habile et prudent mécénat, un éclat incomparable et une incontestable suprématie.

Si l'on essaie de démêler les tendances caractéristiques de ce grand mouvement intellectuel et artistique, deux traits frappent surtout l'attention.

Ce qui apparaît avec une égale puissance, en tous ces esprits du milieu du xv^ siècle, c'est le goût de l'antiquité retrouvée, l'amour de la nature vivante et du vrai. On a rappelé bien des fois ce fameux voyage que firent à Rome, vers 1408, Brunellesco et Donatello, et où la vue des monuments antiques leur apporta la révélation d'un art inconnu, et tout le monde d'idées et de sensations nouvelles que dut la première Renaissance à la pensée gréco-romaine

réveillée par les humanistes. On a dit souvent aussi le grand essor que, sous l'influence des sculpteurs en particulier, le réalisme prit dans l'art du xv* siècle, et comment « l'étude attentive des manifestations de la vie, l'analyse émue des phénomènes naturels, l'amour naïf et profond de la vérité, deviennent alors le trait commun qu'on retrouve plus ou moins dans toutes les écoles ^ « . Pourtant, malgré l'affaiblissement apparent de la foi, malgré le tour païen des idées et des âmes, la tradition chrétienne du moyen âge mettait encore sur beaucoup d'esprits une empreinte profonde ; le mysticisme d'un Fra Angelico n'est point, dans la Florence du Quattroceyito^ chose aussi rare, aussi exceptionnelle qu'on le pourrait croire ; et ceci doit être retenu, si l'on veut comprendre comment au principat des Médicis a pu sans transition succéder, même temporairement, le dur gouvernement d'un Savonarole. Et c'est précisément ce double aspect, d'abord un peu contradictoire, ce mélange de paganisme et de christianisme, de réalisme et de mysticité, qui fait l'intérêt suprême de la Renaissance florentine.

Si l'on considère, comme il convient ici plus particulièrement, la peinture, si l'on tente de déterminer les courants principaux qui entraînaient les artistes florentins vers le milieu du xv"^ siècle, on y constatera les mêmes traits caractéristiques que je viens de signaler.

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