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I. Lafenestre, op. cit., p. i

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verve pittoresque et inépuisable, d'une grâce surprenante et d'une vivacité exquise. C'est un Pollaiuolo, peintre sévère et dur, poussant jusqu'à la brutalité la recherche de l'expression réelle, et dont la peinture rappelle la sèche précision des bronzes qu'il modelait. C'est un Verrocchio enfin, lui aussi sculpteur et orfèvre plus encore que peintre, lui aussi, comme les Pollaiuoli, épris de toutes les recherches savantes.

C'est dans ce milieu que grandit et se forma Botticelli.

Alessandro Filipepi — dont le prénom, selon l'usage rappelé par Vasari, fut abrégé de bonne heure en celui de Sandro — était le quatrième fils d'un tanneur florentin, appelé Mariano di Vanni dei Filipepi. On a longtemps, d'après des documents qui semblaient décisifs, placé en 1447 l'année de sa naissance; des recherches plus récentes ont prouvé qu'il vint au monde en 1444. Quant au surnom de Botticelli, sous lequel il est resté célèbre, il ne lui vint point, comme le veut Vasari, de ce qu'il travailla comme apprenti chez un orfèvre nommé Botticello; on sait, en effet, que son frère aîné Jean, tanneur comme leur père, avait déjà reçu de ses contemporains cette appellation quelque peu ironique : il Botticello veut dire « le petit tonneau ». C'est de

i6 LES MAITRES DE L'ART

son frère sans doute que le surnom passa à Sandro; en tous cas, c'est ainsi qu'il est désigné dans tous les écrits du temps, dans les rares pièces comptables où il est fait mention du peintre, comme dans les passages oià ont parlé de lui ses contemporains Léonard de Vinci ou Michel-Ange; et encore que, dans les très rares œuvres qu'il a signées ou dans les actes qui émanent de lui, il ait toujours gardé son appellation patronymique de Sandro di Mariano ou Alessandro di Mariano dei Filipepi, c'est sous le nom de Sandro Botticelli qu'il est devenu immortel. La famille Filipepi, qui habitait au Borgo Ognissanti, dans la Via Nuova, aujourd'hui Via délia Porcellana, était à l'aise ; le jeune Sandro fut donc élevé avec soin. Vasari raconte que son père « le fit instruire en toutes les choses qu'il est d'usage d'apprendre aux enfants de cet âge, avant qu'on les mette en apprentissage ». Mais, dès ce moment, se manifestait chez Botticelli cette àme un peu inquiète et mobile qui se révélera plus tard si fortement. Quoiqu'il apprît avec facilité, l'enfant, d'ailleurs délicat, ne prenait nul goût à l'étude; si bien qu'en désespoir de cause le père le fit entrer dans la boutique d'un orfèvre ; c'était le métier qu'il avait déjà fait apprendre à son second fils Antonio.

Il y avait en ce temps, continue Vasari, une très grande familiarité et des relations presque constantes entre les orfèvres et les peintres : de sorte que Sandro, qui était un garçon adroit et s'était tout entier adonné au dessin, se passionna

Cliché Anderson.

La Madone Chigi (entre 1470 et 14-4). Musée Gardner, Boston.

pour la peinture et résolut de s'y consacrer. S'en étant franchement ouvert à son père, celui-ci, quand il connut la véritable inclination de son fils, le conduisit chez Fra Filippo del Carminé, un des plus excellents peintres de l'époque, et celui-ci consentit à lui apprendre son art, comme c'était le désir de Sandro. S'étant donc donné tout entier à cette étude, il suivit et imita si parfaitement son maître, que Fra Filippo le prit en affection et le forma de telle sorte qu'en peu de temps il en vint à un point où personne ne pensait qu'il atteindrait '.

Vers l'année 1469, date probable où le Jeune Botticelli entra à l'atelier de Fra Filippo Lippi, le maître travaillait, de façon d'ailleurs assez intermittente, à la grande série de fresques qui décorent le chœur de la cathédrale de Prato. On a noté plus d'une fois déjà, pour montrer l'influence que le peintre exerça sur son disciple, les traits qui, dans ces œuvres fameuses, font pressentir l'art futur de Botticelli. Il est certain en effet que, dans le Festin d'Hérode^ la Salomé dansante semble, par sa stature un peu longue, son souple mouvement, la grâce de sa robe flottante, annoncer quelques-uns des motifs qu'aima le plus Botticelli et que, dans les Funérailles de saint Etienne^ on trouve, dans la gravité des expressions et la douleur des attitudes, quelque chose de cette expressive mélancolie que Sandro mettra si volontiers sur la figure de ses personnages. Il est également incontestable que, par la

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