‹ BotticelliChapitre 2 sur 9 · L A F 0 II 1 E Z Z A · texte numérisé non relu

L A F 0 II 1 E Z Z A

(Florence, Musée des Office-.)

BOTTIGKLLI. 11 l'oratoire du palais do la via Larga, déroule le fastueux cortège des Mages-Médicis en marche vers la crèche, dans le paysage florentin. Dans l'atelier des Pollajuoli, les maîtres modeleurs, on moule sur le vif, on étudie le nu musclé, la perspective, et le problème souverain : donner sur la surface plane d'un tableau l'illusion des trois dimensions où le concret est saisi. Andréa Verrocchio, parle réalisme accentué de' ses anatomies sèches, révèle la puissante domination de Donatello sur cette génération d'artistes. Ainsi, recherches scientifiques, naturalisme passionné, goût de l'antiquité déjà, entraînent cet art ardent cl jeune, tout frais évadé du moyen âge. A côté, les œuvres de fra Giovanni da Fiesole, qui vient de s'endormir en 1455 dans la paix du Seigneur, maintiennent à peu près seules les droits de la vie spirituelle, et Filippo Lippi, moine sensuel, mêle à son christianisme un goût voluptueux de la vie.

Botticelli fait effort pour suivre ce maître souriant. Qu'il soit allé ou non raccompagnera Prato devant les fresques du Martyre de saint Etienne ou du Festin d'Hérode, il gardera le souvenir de ses madones au béguin transparent et de celte recherche du mouvement, qui enlève Salomé dansant, dans un tourbillon de gazes légères. Mais qu'il le dépasse par l'idéalisme, par l'intensité de la vie intérieure et le soin du dessin! Vers 1467, lorsque Filippo part à Spolète, il va finir son apprentissage chez les Pollajuoli, et peut-être, un peu plus tard, chez le grand Verrocchio. Certes, leurs méthodes positives lui en ont imposé : les madones

de sa jeunesse, surtout celle au buisson de roses des Ufïizi, s'efforcent au modelé vigoureux; les visages ronds ont cet air grave et pincé, où parfois Verrocchio insinue un sourire qui semble saisi dans l'airain. Mais déjà il y a chez lui quelque chose de plus intime, une sensibilité voilée, presque rêveuse. Est-ce chez Verrocchio qu'il aurait connu Léonard? Toujours est-il que chez l'élève appliqué de ces réalistes sourd un lyrisme secret.

Voyez la Fortezza peinte en 4470 pour la série des V ertus que les Pollajuoli devaient représenter à la Mercatanzia. Dans une niche sculptée, rutilante de la polychromie des marbres, elle est assise, massue à la main, avec cuirasse et brassards. L'eifort de perspective a trop allongé les jambes, l'orfèvrerie a enchâssé à la pointe des seins ces diamants bleus en cabochon, le travail du métal a modelé cette armure, ménagé ces durs reflets et sculpté ce manteau dont les plis ont la gravité du bronze : l'influence d'Antonio Pollajuolo est là. Mais le visage est bien doux pour une Fortezza! Elle a beau tenir la massue : sa petite tête ronde penche déjà avec une expression pensive, comme « en allée ». Dans cette œuvre d'éclat, de dessin rigide et de modelé trop ferme, il y a une détente, et c'est l'âme même de Sandro qui s'y est épandue. Pourtant, il craint encore de laisser trop voir de lui-même : aussi le Saint Sébastien, peint en 1473 pour Laurent de Médicis (musée de Berlin), est-il moins riche de nouveautés que de souvenirs. Lié au poteau, il barre de son jeune corps, que la douleur n'a point affaissé, le ciel et la campagne. L'horizon

Cliché Hanfstaengl.

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