SAINT- SEBASTIEN
(Musée de Berlin )
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est très bas; cette perspective lointaine, où remuent de petits archers, où se profilent de petites choses sommairement travaillées, c'est le fruit des leçons d'atelier. Le saint surtout paraît sorti de la bottega d'Antonio Pollajuolo : un beau bronze, d'académie exacte, de technique poussée. Le soin du relief, c'est-à-dire la succession des plans, y va jusqu'à la dureté : les muscles, la rotule y font des saillies qui sollicitent la caresse des doigts; cela tourne comme la forme sculptée, la lumière ou l'ombre y coulent comme sur le mêlai poli. Cet éphèbe nerveux est à mettre à côté des David de Donatello et de Verrocchio au Bargello. Mais ce supplicié ne souffre pas, ne seul pas les flèches figées dans sa chair; il ne regarde pas là-haut, mais vers la terre où vivent les belles formes. Esl-ce le souci que l'artiste a pris de l'exécution qui a amorti sa souffrance? Peut-être aussi que cet athlète élégant, peint pour Laurent, pense à l'antiquité où remontent ses lointaines origines. C'est déjà de l'art profane, que la cour des Médicis favorise : bonheur et beauté y composent un « euphémisme » selon l'idéal antique.
Mais chez Botticelli l'âme revient vile pénétrer la forme, même apprise. C'est donc l'expression qui, dans la Madone Chigi (1470-1475, musée Gardner à Boston), relève d'originalité les réminiscences, et décidément cette fois. La Vierge offre au bambino assis sur ses genoux un épi et des grappes qu'un adolescent au visage verrocchiesque lui présente. Pendant que l'enfant bénit le symbole eucharistique, la mère, les yeux baissés, songe au
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double myslère qui y est signifié : la mort et la résurrection de son fils. C'est la première fois que l'artiste essaie de rendre la complexité des sentiments que la prescience de l'avenir, douloureux ou triomphant, fait entrer dans son cœur. Les plis du vêtement se sont un peu détendus depuis la Fortezza ; le paysage, le ciel bleu, le soin des détails ont écarté l'angoisse. Cela reste jeune, frais, d'une douceur à peine attristée. Enfin le dernier pas vers la conquête de sa personnalité, il le fait vers la même date avecl' Histoire de Judith et d Holopherne, que Vasari ne cite pas, mais que décrit Borghini. Le plus significatif des deux panneaux est celui de Judith et de sa servante rapportant au camp la tête d'Holopherne. C'est une vraie miniature de format et d'exécution : excellent champ d'épreuve pour cet artiste concentré, qui aura toujours beaucoup à dire sans bavardage. Le paysage qui s'étend derrière Judith est à la fois menu et indéfini : de minuscules philistins fuient dans la campagne, scandée de haut en bas par la taille svelte de l'héroïne. L'artifice linéaire pour faire fuir l'espace saute aux yeux, mais le piquant du détail et le charme du coloris sauvent tout. Au premier plan les deux femmes avancent, ou plutôt glissent d'un pas allongé, rythmé, qui sera une caractéristique du style de Botticelli. La jeune femme tient d'une main le glaive qui a tranché la tête et de l'autre l'olivier de paix; même antithèse entre son expression virginale et l'acte héroïque qu'elle vient d'accomplir, entre sa petite moue boudeuse et ia tête vulgaire de l'esclave et surtout celle d'Holopherne,
Cliché Alinari.