C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
avec Pébaucho thyroïdienne médiane non senlement les doux moitiés^ latérales originelles de la langue, mais encore les deux moitiés de l’os hyoïde et meme les derniers arcs aortiques. A mesure que l’embryon se redresse, la glande thyroïde descend dans le cou, mais,, dans sa migration, la formation médiane peut laisser des traces de son passage depuis la base de la langue, c’est-à-dire le foramen cæcum qui représente son siège primitif, jusqu’à l’isthme qu’elle constitue à son point d’arrivée. Ce sont, de haut en bas, un canal qui fait quelquefois suite au foramen cæcum [diictiis lingiiæ de Bochdaleck et de His), des débris glandulaires au voisinage ou dans l’épaisseur même de l’os hyoïde (glandes supra-hyoïdiennes de ZuckerkandU Kadyi, — glandes épihyoïdiennes etintra-hyoïdiennes de Streckeisen),. enfin la pyramide de Lalouette ou diicliis Ihyreoideus.
Sur tout ce trajet peuvent se trouver des glandes thyroïdes accessoires médianes (groupe supérieur ). Comme formations pathologiques elles donnent lieu à de véritables petits goitres parfaitement constitués, tels ceux observés à la base même de la langue par Lucke, H. Wolf, Kast et Uumpel, Power», au devant de la membrane thyrohyoïdienne ^ Kadyi) dans la pyramide de Lalouette. Mais les tumeurs de ce groupe les plus fréquemment observées sont ces kystes muqueux voisins de l’os hyoïde, rattachés le plus souvent à la surface de cel os ou à sa face profonde par un pédicule et que l’on a considérés tour à tour comme des hygromas de la bourse séreuse préhyoïdienne (Boyer), des kystes des glandes muqueuses glossoépiglotli([ues (Nélaton) ou des kystes branchiaux mucoïdes. Bien qu’ils soient tapissés par nn épithélium cylindrique, leur mode de formation doit les faire rattacher à des kystes thyroïdiens congénitaux ; parfois d’ailleurs, on trouve dans leur paroi des invaginations épithéliales entourées de follicules thyroïdiens parfaits (Haeckel (1), Seldowitsch) (2). Certaines grenouillettcs congénitales du plancher de la bouche ont vraisemblaldement pour origine les mêmes formations (Bochdaleck, Xenman).
11 existe encore d’autres glandes thyroïdes accessoires médianes (groupe inférieur), fragments thyroïdiens entraînés par la descente de la crosse aortique. On les trouve surtout chez le mouton, le chien, une fois sur cent chez l’homme d’après Gruber, mais il n’est pas démontré (iu’elles aient été l’origine de goitres.
Quant aux glandes thgroïdes accessoires latérales^ elles sont des restes des ébauches latérales. Gruber les divise en supérieures et inférieures. Les premières peuvent donner naissance à des goitres accessoires pharyngiens (Czerny, Weinlechner), intra-pharyngiens
(J) H. Haeckel, Eine cyste des Diictus thyreoglossus {Arch. für klin. Chir., B. XLVIII, 1894, p. 607).
(2) SELDO'N’viTbCH, Myxœdèmc consécutif à l’extirpation d’une glande thyroïde, accessoire de la langue {Sem. méd.^ 1897, n° 23).
GOITRES
et même intra-trachéaux. Les secondes se cantonnent entre la clavicule, romo-hyoïdien et la ligne médiane. Elles ne dépassent jamais au cou les carotides comme limite externe. Cependant Ssalistchew a publié une observation de trois goitres accessoires latéraux sur le même sujet, dont ITm était en dehors des vaisseaux.
Tous ces goitres accessoires sont des raretés pathologiques. C’est à peine si on en a publié un total de 40 cas, et le diagnostic en ■est rarement fait. Au point de vue macroscopique, on les reconnaîtrait d'après Madelung à ce caractère, qu’ils sont recouverts de grosses veines et ont toujours un pédicule vasculaire assez important.
Rapports du goitre avec les parties voisines. — Plans superficiels. — Je n’insiste pas sur les altérations cutanées que l’on peut observer dans les goitres anciens et volumineux et qui appartiennent à toutes les tumeurs. Quant aux plans fibro-musculaires, il est certain que la résistance de l’aponévrose moyenne et des sterno-mastoïdiens intervient pour brider la tumeur dans les goitres à allures rapides et aider ainsi indirectement à la compression des organes profonds. Sédillot et Dupuytren s’étaient bien rendu compte du rôle de ces plans en proposant d’en faire la section.
Trachée. — Les altérations de la trachée signalées par Aepli, Sœmmering (1820), Langenbeck (1834), ont été bien décrites pour la première fois par Bonnet et Philippeaux (1851) (1), puis par Demme (1861), Rose (1878), Kocher. On les rencontre environ dans la moitié des cas d’après la statistique de Roux (congrès de Wiesbaden 1891). Elles relèvent d’une double influence, l'une mécanique, l’autre trophique. La déformation mécanique (fîg. 93 et 94) à son premier degré consiste dans l’incurvation; puis c’est la dépression ou l’aplatissement dans le sens transversal par les lobes latéraux, ce qui donne au conduit la forme d’un prisme ou d’un fourreau de sabre. Si la compression ne se fait pas au même niveau de chaque côté de la trachée, il se produit une déformation en S ou en hélice, une véritable scoliose. Plus rarement on observe l’aplatissement antéro-postérieur (goitres rétro-sternaux). Enfin, d’anciens goitres, des goitres constricteurs, déterminent un véritable rétrécissement, quelquefois sur une grande longueur. Kônig, Maas, Poncet ont signalé l’allongement de la trachée. Les déformations d'ordre troptuqiie sont représentées par le ramollissement. Kocher, Bruns, Krônlein ne les admettent pas. Rose qui leur a fait jouer un très grand rôle dans l’asphyxie des goitreux les fait concorder avec les lésions congestives de la muqueuse et les rattache à la dégénérescence graisseuse des cerceaux cartilagineux. Plus rarement on a observé chez les vieillards la rigidité et l’infiltration calcaire. Enfin, tout à fait exceptionnellement, on a vu un bourgeon
(1) A. Bonnet et Philippeaux, Gaz. inéd., 1851, 48, 49, 50, 51.