MALADIES DU CORPS THYROÏDE
L’accroissement delà tumeur ne suit d’ailleurs pas une marche uniforme, l’établissement de la puberté, et, chez la femme la menstruation et principalement les grossesses, parfois la ménopause sont l’occasion de poussées congestives après lesquelles la tumeur garde toujours un volume supérieur à celui qu’elle avait auparavant.
On peut voir le goitre ne s’accompagner d’aucun trouble fonctionnel, tout en atteignant un volume considérable. Il en est ainsi des gros goitres colloïdes envahissant uniformément la glande et en général de tous les goitres dont le développement se fait vers l’extérieur. 11 en est ainsi également de certains kystes. Dans d’autres cas, à peine la tumeur est-elle apparente, qu’elle s’accompagne déjà de troubles précoces du côté des organes profonds, tels les goitres constricteurs, les goitres développés aux dépens de l'isthme et surtout ceux (pii descendent dans le creux sus-sternal ou qui envoient un prolongement rétro-pharyngien. Il est beaucoup plus rare de voir s'établir de bonne heure des troubles nerveux rappelant le syndrome de Dasedow. Les troubles fonctionnels sont caractérisés par des phénomènes de compression qui portent avant tout sur l’appareil respiratoire, par suite de la compression de la trachée et des récurrents. Nous avons déjà signalé l'œdème de la muqueuse trachéale et les diverses sortes de rétrécissement de ce conduit. Il en résulte que si le malade respire librement (juand il est au repos, dès qu'il se livre à un effort physique prolongé, course, ascension d'un escalier, des accidents de suffocation apparaissent. A un degré plus avancé, la dyspnée est continue, elle empc'che tout sommeil ; la mort peut alors survenir dans un accès de suffocation, ou par asphyxie lente dans la sonnolence et le coma. On comprend combien dans de semblables conditions les complications pulmonaires aiguës ou chroniques peuvent acquérir de gravité.
La compression des récurrents se manifeste par divers ordres de phénomènes que l'on peut classer au point de vue physiologique en trois degrés : le spasme des muscles adducteurs de la glotte, la contracture, la paralysie. Les premières manifestations sont caractéris’ées par de l'enrouement, la voix se voile (voix goitreuse), parfois se montre une toux quinteuse. Peu à peu une paralysie définitive limitée ordinairement à une des cordes vocales peut s'installer. Mais on a vu aussi la mort survenir dans un accès de spasme de la glotte, et Seitz dans son mémoire en rapporte des cas démonstratifs (1).
L’examen laryngoscopique difficile à faire chez beaucoup de malades à cause de la suffocation qu’il provoque permet de reconnaître l’état des cordes vocales et même la voussure trachéale correspondant à la partie comprimée de ce conduit. Widtler réunissant sa statistique à celles de Socin et de Billroth conclut qu'il existe des
(1) J. Seitz, Der Kropftod durch Stimimbandlahmung [Arch.für Klin. Bd, XXIX, p. 204).
GOITRES
troubles dans la mobilité des cordes vocales dans 12 pour 100 des cas.
Il est rare que la déglutition soit génée, cependant certains goitres rétro-pharyngiens à tendance scléreuse auraient pu étrangler l’œsophage au point de causer la mort par inanition.
Chez certaines malades, en dehors de tout phénomène d'excitation cardiaque, la face est vultueuse, cyanosée. On peut constater un véritable œdème uni ou bilatéral s’étendant même à la muqueuse buccale et à la langue. Ces troubles doivent être rattachés à la compression des jugulaires. Les goitres endo-lhoracique et rétro-claviculaire en comprimant le tronc veineux brachio-céphalique déterminent de l’œdème du membre supérieur.
Enfin nous avons déjà parlé à propos de l’anatomie pathologique des lésions du cœur droit qui peuvent conduire à l'asystolie. A côté de ces troubles cardiaques d’origine mécanique, il en existe d’autres auxquels on peut assigner une pathogénie différente. Chez quelques goitreux, on observe des palpitations fréquentes, revenant par accès, des troubles nerveux tels que l’insomnie, l’agitation, les bizarreries du caractère, en un mot certains éléments du complexus que nous étudierons à propos du goitre exophtalmique. Faut-il les attribuer à des excitations de voisinage dues à des tiraillements du grand sympathique et séparer absolument ces accidents de la maladie de Basedow ? Mais on les voit survenir avec des goitres de petit volume à propos desquels la compression ne semble guère être de mise. Dans des cas semblables, il nous paraît difficile de trancher la question alors que la pathogénie de la maladie de Basedow ellemême est encore discutée A’oy. p. fifiSL
L’état général des malades semble être également influencé d’une façon directe par le goitre. Chez la moitié des sujets environ, on pourrait constater un teint pâle, une peau flasque et de l’affaiblissement musculaire. Hayem a signalé l’augmentation des leucocytes dans le sang. Dans quelques cas très rares, on a vu ces troubles généraux, indice probable d’une insuffisance de la fonction thyroïdienne, conduire au myxœdème.
Les signes physiques ne peuvent être indiqués que d’une façon générale, et nous avons déjà suffisamment insisté au chapitre de l’anatomie pathologique sur les variétés de forme et de consistance de la tumeur. La palpation fera reconnaître les tuméfactions molles, régulières, comme spongieuses, formées par le goitre diffus. Certaines nodosités du goitre médian font une saillie apparente, d’autres profondément situées demandent à être tâtées par une palpation attentive. La fluctuation des kystes de petit volume est parfois difficile à reconnaître. Elle devient évidente dans les poches un peu volumineuses. Les battements n’appartiennent pas toujours à des goitres vasculaires; parfois, ils sont communiqués par la carotide; il faut alors, suivant le conseil de Boyer, faire pencher en avant la