C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
tête du malade et on voit disparaître les battements communiqués.
Parmi les tumeurs développées aux dépens d’une partie delaglande seulement, celles qui descendent dans le creux sus-sternal et que nous avons décrites sous le nom de goitre rétrosternal sont les plus intéressantes. La tumeur limitée dans son accroissement par l’orifice supérieur du thorax comprime de bonne heure la trachée en déterminant des symptômes de rétrécissement de ce conduit et des accès de suffocation. Selon que le goitre est plutôt au-dessus ou au-dessous de la fourchette sternale, les crises de suffocation sont atténuées j^ar la flexion ou l’extension du cou. Parfois, une bosselure que l’on sent dans le creux sus-sternal reçoit des battements qui sont transmis par le tronc innominé et pourrait simuler un anévrysme delà crosse de l’aorte. Certains de ces goitres andjulants sont aspirés dans le thorax et descendent derrière le sternum à chaque inspiration. Il arrive alors parfois, à la suite d’une poussée congestive, qu’ils ne peuvent plus repasser dans le cou, et, bridés parle sternum, ils déterminent de graves accidents de suffocation.
Complications. — Nous avons déjà parlé des accidents du côté de la respiration. Il nous reste à envisager deux complications qui peuvent en peu de temps aggraver considérablement le pronostic de la maladie, ce sont les hémorragies et les inflammations. Les hémorragies ont ordinairement pour cause un effort, une quinte de toux, un traumatisme. Lorsqu’elles sont d’une certaine abondance, elles s’annoncent par une brusque augmentation de volume de la tumeur (|ui devient tendue, douloureuse avec de la rougeur à la peau.
S’il existait déjà un certain degré de compression des voies aériennes, la poussée congestive peut conduire à la mort à bref délai par suffocation. Quant au rôle curât if des petites hémorragies qui provoqueraient autour d’elle un processusde sclérose, il reste d’une valeur douteuse. Il faut faire une mention spéciale pour les hémorragies dans les kystes «l’iin certain volume. Le sang s’y épanche jusqu’à ce que le contenu kystique aitac(piis une tension égale à la tension intra-vasculaire; la tumeur devient dure et élastique, elle se développe au niveau de ses points les plus faibles; si la paroi cède du côté de la profondeur, l’asphyxie apparaît; si c’est du côté de la peau, sa forme primitive se modifie, elle proémine sous forme de bosselures parfois en prenant l'aspect d’un cône ou d’une poire renversée. Enfin, la peau se perfore, et les complications septiques viennent se mêler aux hémorragies répétées. Dès lors, la terminaison fatale ne se fait pas attendre.
IL inllammation du goitre ou strumite a les mêmes origines que celles qui surviennent dans une glande saine et que nous avons déjà étudiées au chapitre de la thyroïdite. Que l’apport des agents septiques résulte d’une auto-infection ou de tentatives chirurgicales mal conduites, il en résulte des foyers de suppurations d’autant plus graves
GOITRES
([ue la richesse veineuse du goitre facilite la phlébite, les thromboses et la septicémie.
A côté des fusées purulentes dans le médiaslin, il faut faire une large place à la broncho-pneumonie infeclieiise qui survient comme accident terminal plus particulièrement appelé sur le poumon par les conditions défectueuses dans lesquelles se fait la respiration.
On voit, d’après ce que nous venons de dire, qu’il est difficile de tracer un tableau général de la murc/ze du goitre. Celle-ci est éminemment variable, depuis la bénignité d’un lipome jusqu’aux plus graves complications (1). Bien plus, tel goitre resté longtemps stationnaire peut, à un moment donné, prendre tous les caractères d’une tumeur maligne. Nous parlerons de ces faits à propos du cancer.
Diagnostic. — Rien de plus simple que de reconnaître une tumeur goitreuse à son début : faire avaler une gorgée d’eau au malade, saisir pendant la déglutition la tumeur entre ses doigts en cherchant à l'immobiliser et constater son ascension franche et bien marquée, au même degré que celle du larynx, tel est le moyen classique. Il permettra de distinguer le goitre d’avec certaines tuméfactions gangtionnaires qui n’ont pas le siège carotidien habituel, que l’on voit notablement en dedans du sterno-mastoïdien, ovoïdes, allongées verticalement, en tout semblables à un lobe thyroïdien hypertrophié, molles et pseudo-fluctuantes comme lui. Encore arrive-t-il que cellesci suivent parfois à un certain degré les mouvements de la trachée. C'est alors qu’une investigation attentive des autres groupes ganglionnaires des régions sous-maxilliaire et sus-claviculaire, l’examen des amygdales et la recherche des prédispositions du sujet permettront de faire une distinction. On tiendra compte aussi en faveur du goitre des augmentations de volume qui peuvent se produire périodiquement à l’époque des règles.
Des abcès froids venus des vertèbres cervicales peuvent également faire saillie dans la région, et un certain degré de réductibilité empêche d’y sentir nettement la fluctuation. Mais il est rare dans ces cas que des symptômes douloureux n’attirent pas l’attention du côté de la colonne cervicale. Enfin certains tipomes sous-cutanés placés au-devant de la trachée seront reconnus sinon à leur consistance, du moins à leur grande mobilité.
Les tumeurs développées aux dépens des vaisseaux tels que les anévrysmes carotidiens, restent toujours très en dehors et ne sauraient être confondues avec les goitres vasculaires. Cependant, Syme a commis l’erreur et lié la carotide primitive, croyant avoir affaire à un goitre pulsatile. Il en est de même des kystes congénitaux du cou, cependantceux-ci peuvent se rapprocher de la glande thyroïde et même entourer le cou d’un collier simulant un goitre kystique congénital.
(1) Jaboui.ay, Les causes de la mort chez les goitreux. La responsabilité médicale dans le traitement des goitres [Arch. d'anthrop. criminelle, mai 1895).