C. LYOT. — MALADIES DU CORPS THYROÏDE
toute la surface du corps; au cou. elle forme parfois des pseudolij)Oiiies sus-claviculaires; à rabdomen, elle donne un volume considérable au ventre (pi’elle élargit sur les côtés. Aux pieds et aux mains, elle empâte les extrémités. Les cheveux, les poils tombent, les sécrétions sudorale et sébacée disparaissent. La muqueuse buccale elle-même participe au gonllement, et l’augmentation de volume de la langue et de la luette contribue à ralentir la parole, ({ue le cerveau lui-même formule avec peine.
L'intelligence en elîet, d’abord intacte, semble à son tour être envahie de la même torpeur, la pensée est ralentie comme la démarche et la mémoire affaiblie. Les mouvements s’exécutent maladroitement, lentement et sans énergie. La sensibilité tactile est diminuée.
En somme, l'état général des malades dénote une nutrition considérablement ralentie, la circulation est défectueuse, les extrémités violacées et froides, le sujet se plaint constamment d’une sensation de froid et ne se trouve bien qu’au jirès du feu. D’ailleurs, l’examen du sang montre une diminution notable des hématies avec augmentation des leucocytes, faits concordants avec les observations faites sur les chiens étliyroïdés, chez les([uels Formanek et llaskovec (1) ont constaté, outre la diminution des globules rouges, la destruction de l’hémoglobine et la jirécipitalion d’une (juantité considérable de fer dans les divers organes.
Tous ces troubles sont encore plus remarquables lorsque le myxœdème atteint des su jets jeunes. C’est alors que s’affirme le ralentissement de la nutrition, la croissan’ce s’arrête en longueur et seule la tête continue à augmenter de volume. La puberté ne s’établit pas. L’intelligence, d'abord peu modifiée, ne tarde pas à s’obnubiler, l’apparence est tout à fait celle du crétin.
Dans un certain nombre de cas, les plus rares il est vrai, les accidents myxœdémateux vont en s’aggravant, la déchéance physique et mentale devient de plus en plus profonde, et le malade finit par mourir cachecti({ue, de tuberculose pulmonaire ou de pneumonie. D’autres fois, après un certain nombre de rémissions susceptibles de durer plusieurs mois, on voit peu à peu s’atténuer la plupart des symptômes, et le malade recouvrer la santé. Ajoutons qu’il est des cas, bien décrits par Reverdin, où le myxœdème est loin de présenter le tableau complet (jue nous venons de rapporter : un certain degré de fatigue musculaire et d’essoufllement, un état persistant de faiblesse ou d’anémie anormale représentent toute la maladie. Ce sont là des cas friisles particulièrement bénins.
Ceci nous amène à nous demander si les accidents et leur gravité
(]) Formanek et L. IIaskovec, Beitrag- zur Lehre ueber Funktion der Schilddvuse {Klinische Zeit und Slreilfruyen, 1895, Heft 3 et 4). — Analyse in Centralhl. für chirurgie, 1896, n° 11, p. 246.
sonl toujours corrélatifs à la suppression plus ou moins complète de la glande thyroïde ; en d’autres termes, l’extirpation totale est-elle toujours fatalement suivie d’accidents, comme l’a pensé au début Kocher, et l’extirpation partielle à l’abri de ceux-ci?
La clinique nous donne difficilement la clef du j^roblème. Les statistiques de Kocher, de Gussenbauer, de la « myxoîdem commission » donnent des chilfres variables, mais on y voit toujours un nombre plus ou moins grand d’extirpations totales, de *20 à Ta p. 100, échapper aux accidents. Nous verrons tout à l’heure l’explication de ce fait quand nous saurons qu’une minime partie de thyroïde peut suppléer la glande entière, et (pie peut-être les glandes parathyroïdes encore mal déterminées chez l’homme jouent aussi un nile des jilus importants. D’autre part, s’il existe un certain nombre de cas de myxœdème consécutif à des extirpations manifestement partielles, il faut voii* là des cas exceptionnels, dans lesquels l’intervention a été suivie de l’atrophie du reste de la glande laissée en place (Uevordin, Wolller, Küster, Sonnenburgi. Seldowitsch a meme publié un cas de myxcjedème consécutif à l’extirpation d’une thyroïde accessoire delà base de la langue, qui était du volume d’une cerise. Quant aux faits tels que celui de Neudôrfer (1) qui a vu disparaître les symptômes myxœdémateux à la suite de l’extirpation d’un lobe lyroïdien seul malade, on peut admettre alors que la lésion entraînait })ar sa présence une perturbation de la fonction thyroïdienne dans la moitié saine de la glande.
La pathogénie du myxœdème a été d’abord incertaine. On a incriminé les troubles survenus dans la mécanique respiratoire (Kocher). l’irritation des filets nerveux du sympathique (L. Ueverdin). C'est Bruns qui le premier en 1884 accusa la suppression de la fonction thyroïdienne. Mais déjà, depuis longtemps, les physiologistes avaient reconnu la valeur vitale de la glande thyroïde, et c’est à leurs travaux que nous devons aujourd’hui la démonstration, on peut dire mathématique, de la nature des accidents d’insuffisance thyroïdienne. SchiiT, en 1884, après les communications de Ueverdin et de Kocher, reprend ses expériences antérieures de 1851, il opère sur des chiens et des chats et constate les jours suivants de la parésie, des tremblements, des convulsions sous forme d’accès clonicjues et toni({ues, accompagnés de dyspnée et se terminant par la mort. Ces exj)ériences sont bientôt répétées par Albertoni et Tizzoni, Ewald, Eiselberg, Sanquirico et Orecchio sur le renard, llossley sur le singe. Mais les rats et les lapins, les pigeons résistaient à l’opération et ne présentaient pas d’accidents. D’où venait cette immunité ? Gley démontra qu’elle était due à la conservation chez ces animaux des parathyroïdes ou thyroïdes accessoires qui suffisent à suppléer à la fonction
q) Neudürfer, Wiener med^ Presse., 1892.